Jusqu’à tout récemment, je n’avais pas d’avis sur le déconfinement dans le contexte des Îles. Aujourd’hui, je n’en ai pas encore vraiment, du moins pas sur le détail des mesures à privilégier. Mes connaissances sur le sujet sont limitées. J’ai plutôt tendance à faire confiance à ceux à qui ils incombent de décider et d’agir pour la collectivité, persuadée que leurs motivations sont bonnes, que leur tâche n’est pas facile et qu’ils ne ménagent aucun effort pour agir dans l’intérêt supérieur des Îles. S’ils doivent plus que jamais jongler avec une bonne part d’imprévisible, contrairement à la plupart d’entre nous, ils ont en main toutes les données à jour disponibles à prendre en compte dans le contexte particulier des Îles. Et surtout, je me méfie des gens qui, plutôt que de poser des questions ou de faire des propositions, présentent tout comme des évidences et des certitudes.

Je comprends aussi que la situation exacerbe les intérêts et provoque certaines tensions. Ce n’est pas une raison pour s’autoriser des dérapages dans notre manière de mener le débat public. Ici, je dénonce clairement et simplement la démagogie dans laquelle versent certains Madelinots sur les réseaux sociaux. J’en veux pour preuve un citoyen qui suggère au maire Jonathan Lapierre qu’à partir du moment où il entre dans un plan de déconfinement, il aura les futures victimes madeliniennes de la Covid-19 sur la conscience. Rien de moins ! Haro aux propos de ceux qui suggèrent de profiler les candidats à une entrée prochaine aux Îles sur la base de leur origine. Autre exemple odieux :  ceux qui, hier encore, mettaient comme point de départ à la participation des partisans du déconfinement à une discussion sur Info-Madelinot qu’ils publient le nom de deux personnes de leur entourage qu’ils sont prêts à sacrifier au virus. Ayoye ! Tiens, en voici unCapture d’écran, le 2020-05-15 à 13.23.24 autre :

Extrait d’un message envoyé à Jonathan Lapierre, maire des Îles-de-la-Madeleine, sur un réseau social le 15 mai 2020

Que les auteurs de ces commentaires en soient conscients ou pas, voilà des déclarations carrément malhonnêtes. Dans un contexte où un peu tout le monde est plus à fleur de peau, je regrette profondément le sentiment de culpabilité et de panique que suscite ce genre d’intervention, un ingrédient carrément toxique dans un débat par ailleurs légitime. Comment ces personnes qui exigent des autres un comportement respectueux en ces temps de Covid peuvent-ils tenir des propos aussi irrespectueux vis-à-vis du maire ou de citoyens madelinots ou d’ailleurs, simplement parce qu’ils ne sont pas de leur avis ? Tous méritent le respect. Leur seule excuse :  la peur, qui leur fait perdre le sens des proportions et des réalités.

***

Cela étant dit, le débat est légitime.

Je comprends que, pour toutes sortes de raisons toutes aussi valables les unes que les autres, certaines personnes aient peur du virus. Moi aussi, bien bien portante, ce coronavirus me fait peur. Je comprends que les gens des Îles se questionnent sur l’éventualité de nouveaux cas de Covid favorisés par une réouverture de nos portes d’entrée. Comme à peu près tout le monde, j’ai à coeur la santé et la sécurité de mes parents hébergés en résidence pour personnes âgées et d’amis que leur état de santé rend plus vulnérables. Et je comprends qu’on craigne une saturation rapide de nos petites infrastructures locales de santé, si la pandémie faisait des victimes aux Îles. Encore là, plutôt que de s’opposer purement et simplement, il me semble plus constructif de bien mesurer la capacité des services de santé locaux et nationaux de garantir la mise en place de solutions pour un dégagement rapide d’éventuels malades madelinots. N’est-ce pas le plan des autorités locales de la santé ?

Je constate aussi que, pour justifier une poursuite du confinement, on oppose la santé et l’économie. Faux débat. La santé et l’économie ne s’opposent pas ; au contraire, ils vont de pair. Si, aux premières heures de l’arrivée du virus au pays, on a eu raison de se confiner, de faire un pas de recul pour mieux s’en protéger dans l’immédiat, c’est une attitude dans laquelle les Madelinots, comme les Québécois, les Canadiens et les gens de partout dans le monde, ne peuvent pas rester indéfiniment. Aucune société avec le moindre sens des réalités, des responsabilités et de la solidarité ne peut se le permettre. Au contraire, au-delà d’une courte période déjà pas mal jouée, on doit se préparer à faire face en mettant en place des mesures de protection favorisant une reprise progressive de nos activités. Donc, on doit apprendre à travailler et à vivre tout en se protégeant du virus. C’est ce que n’ont jamais cessé de faire tous ceux qui sont aux premières lignes, dans nos services de santé, dans nos épiceries et nos pharmacies, sur le bateau, dans les services entourant nos personnes âgées en résidences…

Il n’est absolument pas question de choisir entre protéger des Madelinots de la Covid ou, comme… favoriser « des gens qui s’en mettront plein les poches avec les étrangers », comme l’expriment certains, de manière outrageusement simplificatrice, sur Facebook. Comme partout ailleurs, les Îles ont besoin d’une économie qui fonctionne. Refuser de se déconfiner tant que le virus n’est pas disparu ou qu’un vaccin n’est pas trouvé, à fortiori alors que les sociétés autour de nous le font, c’est risquer de causer des dommages irréparables à notre économie locale et annoncer des heures sombres pour bien des familles des Îles dans les années à venir. Plus rapidement on remettra nos activités en marche, de manière sécuritaire et contrôlée, dans le respect des directives de la Santé publique, mieux nos entreprises, notre économie et notre société s’en porteront. Et nous aussi.

Le déconfinement repose évidemment sur les gestes posées par nos institutions, mais plus encore sur le sens des responsabilités de chaque citoyen. Gardons-nous de faire reposer toute la situation sur les autorités. Chacun, nous portons notre part de responsabilité. Comme le disait justement Paul Thériault dans sa chronique « Plogueuil ou homard » du 7 mai dernier sur les ondes de CFIM, lui-même fragilisé par son état de santé, si j’ai peur, si je suis plus à risque, c’est un choix plus que légitime de me confiner moi-même. Mais je ne peux demander à toute la population des Îles, du Québec, de se confiner indéfiniment.

Jusqu’à maintenant, on doit se compter « chanceux » de vivre cette pandémie aux Îles. Mais si on est réaliste, on sait que le virus va probablement finir par arriver ici. Profitons donc de la période actuelle pour s’y préparer. Pour cela, on a du chemin à faire. Comme d’autres, je vois bien qu’actuellement, comme partout ailleurs, tous les gens ne suivent pas à la lettre les mesures pourtant maintes fois répétées. Plusieurs se soulagent probablement la conscience du fait que les Îles n’ont actuellement pas de cas actifs de Covid. Ce n’est pas une bonne excuse. Il faut apprendre à bien se comporter en contexte de pandémie. Moi-même, je me suis fait remettre à l’ordre dans un commerce de Cap-aux-Meules, à raison (j’avais gardé mes gants) ; j’apprends. C’est ce qu’il faut :  faire preuve de civisme en apprenant à se comporter de manière à se protéger et à protéger les autres. Pourquoi pas une brigade sanitaire qui se promène dans les lieux publics pour faire l’éducation des citoyens et corriger les comportements fautifs ? Et mettons en place des mesures encore plus strictes et les services nécessaires à la protection des personnes les plus vulnérables, au premier chef les personnes âgées ou immuno-déprimées.

En même temps que notre géographie insulaire nous expose à certains risques, elle nous donne un peu plus de temps pour nous préparer et un peu plus chances d’exercer un certain contrôle sur la situation au fur et à mesure qu’elle évoluera. Pour le moment, la voie du déconfinement ayant été décidée par le gouvernement du Québec, il me semble que la stratégie de l’ouverture progressive et contrôlée mise en oeuvre par les autorités locales est celle qui s’impose. Jusqu’à preuve du contraire, chaque secteur (municipal, santé, transport, commerces, éducation…) paraît jouer correctement sa partition. À chacun de s’assurer de mettre en place les mesures nécessaires, dans son secteur, pour s’assurer que les Îles pourront sortir de leur cloche de verre avant que le risque soit complètement disparu.

Au final, je parie que notre capacité à bien nous déconfiner nous conférera collectivement une force qui jouera pour nous, pas contre nous.

Publié par : Yvonne Langford | 11 janvier 2020

Souvenir du monde

Souvenir du monde : le calendrier accroché dans l’entrée de la maison familiale. 1966. Révélation.

Derrière moi, la maison, la famille, chez nous, tout ce que je connais, la pénombre, ma vie, mon refuge. Devant moi, dans la lumière aveuglante du jour, la porte ouverte, le dehors, le monde, que je ne connais pas encore, tout ce qui m’attend, l’infini.

Je suis excitée par ce que je viens de découvrir : le temps. Le temps dans lequel on est. Le temps qui passe. Le temps qui viendra.

J’ai hâte de vivre.

Publié par : Yvonne Langford | 3 janvier 2020

Adieu, au revoir, bienvenue

Adieu

les jeunes années

l’enfant adolescent

l’ami

des capacités

les engourdissements

l’inaction

les faux espoirs

les peurs

ceux qui sont partis

le temps perdu, le temps infini

 

Au revoir

les joies et les peines

mes amis étrangers et leur monde

les pulsions de toutes sortes

les pensées fugitives

les leçons de la vie

 

Bienvenue

la joie d’apprendre

les rivages encore jamais abordés

les projets à commencer demain

le travail à n’en plus finir

les nouvelles années

les nouveaux nés

les amis inespérés

l’amour inextinguible

les baisers rendus

le métissage de nos sociétés

les beaux poèmes, les œuvres d’art déstabilisantes

les pages à dévorer

les pensées inspirantes

les agissants motivants, avec leurs idées neuves

les sentiments océaniques, la joie

l’Universel

chaque jour

tous les possibles

Publié par : Yvonne Langford | 29 juin 2019

Verticalité de bord de mer

Je monte.

Je monte.

Je monte.


Je regarde.


Je m’assois.


Je vois.

Le ciel.

L’infini entre moi et le ciel.

L’immense entre moi et la mer.

Le vaste entre moi et la terre.

Je me sens plus petite.

J’absorbe un peu de l’immense.

Je suis un peu plus hors de moi.

Je ferme les yeux.

Je respire.


À mes pieds, tout est plus petit.

Autour de moi, tout est plus grand.

Je consens à être fibre vibrante dans la nature, un peu affranchie de moi-même.


Sons naturels.

Vastitude.

Profondeur.

Apaisement.

Instant d’éternité.

J’essaie d’emmagasiner ce sentiment de l’espace et du temps.

Je me lève.

Je laisse le vent se buter contre moi, me découper à chaque seconde, m’envelopper, me fouetter.


Je redescends.


Je reviendrai chercher encore un peu d’espace et de temps déployés, un peu de grandeur, en dehors et en dedans.  

Publié par : Yvonne Langford | 28 décembre 2018

La peur du noir

Quand j’entre au Loutcha, il fait encore jour. Je suis avide de connaître ce restaurant tenu par des Cap-Verdiens. Pendant que je feuillette les cinquante pages du menu, que je commande un mafé poulet, que je le reçois et que je le mange, l’obscurité gagne le dehors. Comment n’y ai-je pas pensé ? Je sais pourtant qu’en Afrique de l’Ouest, le soleil tombe vite, à peu près toujours à la même heure, et que la nuit est peu éclairée.

Seule à ma table, j’étire mon repas. Mes pensées divaguent. Je veux être rassurée. Ce que je vois me divertit et m’apaise : l’atmosphère joyeuse et détendue des conversations, le bal des serveuses plus colorées les unes que les autres, les beaux Sénégalais, la décoration clinquante de ce restaurant familial populaire, les poissons dans l’aquarium géant. Puis, tout me ramène au danger qui me guette. À l’idée de m’engouffrer dans le noir Dakar, j’ai peur.

Le jour, je me pense à l’aise dans ces rues. Le jour, je m’y promène avec une attitude que je veux indifférente pour paraître moins vulnérable à toutes les sollicitations possibles et impossibles comme autant de pièges tendus à la toubab que je suis. Le jour, je vois les gardes de sécurité postés un peu partout aux abords des banques, des hôtels, des immeubles. Le jour, ma plus grande difficulté, c’est de me défaire des Dakarois baratineurs ; ils sont collants, achalants, mais pas dangereux. La nuit, qu’en est-il ? Je n’en ai aucune idée.

J’essaie de contenir mon anxiété. À quel point la rue sera-t-elle sombre quand je sortirai ? Quels dangers me menacent réellement ? Des voleurs ? Des agresseurs ? Des violeurs ? Comment rentrer ? Mon hôtel n’est-il pas situé un peu loin pour m’y rendre à pied de nuit dans ce Dakar que je connais à peine ? Combien de temps cette marche me prendra-t-elle ? Quinze minutes ? Dix, si j’y vais d’un pas rapide ? Encore devrai-je retrouver mon chemin à travers les rues sombres, moi qui ai le don de me perdre en plein jour dans ce quartier du Plateau qui m’apparaît comme un labyrinthe. Je parviens mal à gagner en confiance. Je ne suis peut-être pas cette femme forte et libre que beaucoup voient en moi. Et ce soir, l’amour romantique que j’éprouve, depuis mon arrivée en terre africaine, pour le continent au grand complet ne m’aide pas à grand-chose.

Le trajet me semble court pour prendre un taxi. Prompts à solliciter tout client potentiel, les taximans ne se feraient pas prier pour m’embarquer, encore moins si j’acceptais sans discuter le montant proposé pour la course. Ce serait l’option facile. Je la rejette. J’aurai souvent à me déplacer seule dans les pays du Sud. Je me refuse à voyager à moitié enfermée, la peur au ventre. Ou à laisser la peur gagner, à m’arrêter de courir le monde, à m’empêcher de vivre.

Que j’aimerais, ce soir, être accompagnée par un Sénégalais beau et fort ! Ce ne sont pourtant pas les propositions qui manquent.

Je devrai bien finir par sortir. Je paye et je quitte le Loutcha. Sur le pas de la porte, j’hésite. Je me sens nerveuse. Mon cœur palpite. Mon ventre se noue. Je n’arrive plus à réfléchir. Tête première, je plonge dans la nuit.

* * *

Je connais la nuit noire, pourtant. J’habite une contrée loin de tout. La nuit est toujours là, étoilée, lumineuse, bleue, ombragée, nuageuse, venteuse, tempêteuse, blanche, silencieuse, ténébreuse, obscure.

Mes voisins aiment à croire que leurs lumières chassent la nuit. Quête futile. Au contraire, les lumières rapprochent la nuit, enferment les gens sur eux-mêmes. Elles rétrécissent leur espace. Elles rendent le noir plus noir. Autour d’eux, la nuit devient impénétrable. Mieux vaut s’habituer à vivre dans la noirceur. Et aimer ça. On y voit plus clair.

Jamais je n’ai vu la nuit comme dans les îles du Saloum. Je me rappelle être revenue toute seule du village après une soirée de lutte, malgré l’insistance des Sénégalais pour me raccompagner. Dans la brousse, en levant les yeux, j’ai vu, grandeur nature, les anciennes cartes de Noël au ciel violet, étoilé, découpant, dans la nuit de Bethléem, l’ombre des palmiers. Ah ! Le bonheur de passer la nuit la tête dans les étoiles !

En ville, c’est tout autre chose. La nuit, il doit faire clair. Noir égalerait danger. Lumière et sécurité iraient de pair. L’éclairage ferait reculer la barbarie. Alors, on ne se gêne pas pour éclairer les rues de manière exubérante. Il est vrai qu’au Québec, l’électricité nous sort par les oreilles.

* * *

Je marche. D’instinct, je prends à gauche, d’où je crois être venue. Mes yeux s’écarquillent et mes oreilles se dressent, à l’affût de la moindre menace. Il fait noir comme dans la gueule d’un lion. La ville n’est pourtant pas affligée d’une coupure électrique, comme cela arrive. Je n’y vois presque rien. Je trébuche. Mon cœur bondit. Attrapant mon bras, un passant me retient de tomber. Je me remets en mémoire les rues et les trottoirs accidentés de Dakar que j’ai observés le jour. Attention où je mets les pieds !

J’entends toutes sortes de sons suspects. De quoi s’agit-il ? Un bruit de pétard me fait sursauter. Je me contracte un cran de plus.

J’essaie de ne pas montrer ma peur. Je fonce tout droit, même si je ne suis pas certaine d’aller dans la bonne direction. Je cherche des indices pour reconnaître mon chemin.

À cette heure, il y a du monde dehors. Une marchande offre les fruits qui lui restent aux gens qui passent. Dans son petit atelier grand ouvert sur l’extérieur, un tailleur coud encore à la lumière d’une lampe branlante. Plus attentif à l’action de la rue qu’à sa manœuvre expéditive, le coupeur que j’ai vu le matin continue de trancher des oignons sur sa planche de bois. Face à la chaussée, sur leurs tapis, quelques messieurs font leur prière ; plus tôt, j’ai entendu l’appel du muezzin de la mosquée toute proche. La boutique et la boulangerie accueillent encore des clients. Quelques mètres plus loin, une dizaine d’hommes assis sur ces petits bancs qu’on voit partout partagent un plat. Ils bavardent joyeusement. Ils mangent avec appétit. Derrière eux, encore debout, des enfants jouent au ballon dans la rue presque désertée par les voitures impétueuses de la journée.

Dans l’immédiat, ma vie n’est pas menacée. Trop de gens circulent pour que quelqu’un s’en prenne à moi. À ce qu’on m’a dit, il suffirait de crier « Au voleur ! » pour que les Sénégalais s’empressent de porter secours à une femme mal prise. Sans tout à fait m’orienter, je reconnais ces rues serrées et animées du Plateau. Je me sens moins crispée, plus décontractée. Perplexe, j’essaie de mieux observer ce qui m’entoure, d’être à l’écoute de la réalité plutôt que de dangers imaginaires.

Presque invisibles, des petites scènes de vie nocturne se succèdent, plus paisibles les unes que les autres. Sur le trottoir, dans la rue, dans l’encadrement des portes ouvertes, les gens vivent dans le calme de la nuit. Ils travaillent, ils discutent, ils rigolent, ils font passer le temps. Leur wolof est de la musique à mes oreilles. De faibles lumières sont allumées, ici pour faire le thé, là pour trier les arachides ou jouer aux dames. Quelques taxis me sollicitent, plus poliment que le jour. À même le trottoir, celui qui cuit des viandes sur le barbecue est bien entouré. Ça sent bon.

« Na nga def » ? Comme à leur habitude, les Sénégalais me saluent. Je souris. De nuit comme de jour, Dakar vit dehors. Insufflée par le soleil et la chaleur, l’énergie africaine continue de rayonner la nuit.

Maintenant, je sais que je suis dans la bonne direction. Ma peur s’est envolée. Je me sens bien. Je suis dans le bonheur d’être là, de vivre ce moment. Je découvre cette nuit urbaine dans l’émerveillement, dans l’éblouissement. Je lève la tête. Je vois les étoiles. En plein milieu d’une ville de trois millions d’habitants ! Une joie intense m’irradie.

Je suis déçue d’arriver à mon hôtel. Je suis à la fois un peu honteuse d’avoir connu la peur et contente d’avoir été plus forte qu’elle. Demain, j’irai me promener dans la nuit dakaroise.

Publié par : Yvonne Langford | 2 octobre 2018

Un candidat qui s’est mal conduit

La période électorale relative à l’élection du 1er octobre 2018 étant terminée, voici le texte d’opinion que j’ai écrit et que le journal Le Radar a publié dans son édition du 14 septembre dernier. Pour mémoire.

Comme je le précise dans une réponse à un commentaire au bas de cet article, si j’ai attendu au lendemain de l’élection pour publier mon texte sur mon blogue, c’est que, si j’ai bien compris, je ne pouvais pas le faire sans contrevenir à la loi électorale. En effet, la loi stipule qu’il est « interdit d’engager des dépenses qui pourraient, directement ou indirectement, favoriser ou défavoriser un parti ou un candidat ». Comme mon blogue a un coût, j’aurais été réputée engager des dépenses électorales, ce que je n’avais pas le droit de faire. Maintenant que la période électorale est terminée, je n’ai plus cette contrainte. Comprenons-nous bien : ce n’est pas le contenu favorable ou défavorable de mes propos qui auraient pu être jugé illégal dans le sens de cette loi, mais le seul fait de les publier.

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Au-delà de la partisanerie

UN CANDIDAT QUI S’EST MAL CONDUIT

Lors d’une élection, nous avons non seulement le droit, mais le devoir d’apprécier la valeur des candidats. Joël Arseneau ne se montre à la hauteur ni de la charge qu’il convoite ni de la confiance des gens des Îles.

Comme maire, entre 2007 et 2010, s’est-il bien conduit quand il aurait pris le temps, mois après mois, de présenter 78 comptes de dépenses à la CRÉ, au CLD et à la FQM[i], pour la plupart payées avec la carte de crédit de la Municipalité, et encaissé l’argent que ces instances lui avaient remboursé, mais qu’il n’aurait pas trouvé le temps de rembourser la municipalité[ii] ? S’est-il bien comporté quand, pendant presque trois ans, il aurait accumulé et retenu dans son compte personnel une rondelette somme de presque 26 000 $[iii], puis qu’il l’aurait utilisée pour le paiement de ses factures personnelles plutôt que de rembourser la Municipalité[iv] ? A-t-il bien agi quand il aurait fait la sourde oreille aux demandes répétées de la directrice des finances et du directeur général de rembourser ces dépenses ? Ainsi, ne s’est-il pas placé au-dessus des règles de bonne administration, jusqu’à ce que le vérificateur externe et même le Conseil municipal lui imposent le remboursement des sommes qu’il devait ?

Comprenons-nous bien. Je ne parle pas ici des accusations criminelles – son intention de vol et de fraude – pour lesquelles il a été jugé non coupable en 2013, mais des gestes qui ont motivé le dépôt de ces accusations par le Directeur des poursuites criminelles et pénales. D’accord, son comportement n’a pas été jugé punissable d’une peine de prison pour vol et fraude en vertu du Code criminel. Mais en vertu du Droit public, la faute demeure. Sa gravité a même amené la Procureure générale à déposer une requête en déclaration d’inhabilité pour abus de confiance ou inconduite. Est-ce parce qu’il s’est bien conduit qu’en 2015, pour les gestes qu’il a commis, un juge de la Cour supérieure l’a déclaré inhabile à siéger à tout conseil municipal pour cinq ans[v] ? Comment Joël Arseneau peut-il se juger lui-même sans aucune tache[vi] ? Comment peut-il légitimement se croire à la hauteur de la fonction de député, alors qu’il est actuellement, pour ses agissements, jugé inhabile à occuper une charge municipale ? En somme, ce n’est pas parce qu’en dehors de tout doute raisonnable, il n’a pas été reconnu coupable au criminel ou parce que la loi ne lui interdit pas de se présenter à une élection provinciale que cela légitime sa conduite et le décharge complètement sur le plan de la morale et de l’éthique. Le cimetière des carrières politiques est rempli d’anciens politiciens qui ont perdu leur fonction élective pour beaucoup moins que ça.

S’est-il bien conduit quand, plutôt que d’admettre ce grave manquement, il n’a, depuis, cessé de se présenter en victime d’un supposé complot mené par des ennemis inventés, alors que ces accusations ont été portées par des autorités judiciaires indépendantes sur la base des faits que le procès a révélés à la population ? Depuis tout ce temps, n’a-t-il pas perdu une chance puis une autre de reconnaître son inconduite et faire amende honorable quand, par exemple, le 1er juin 2015, selon les mots de son propre communiqué, il a continué de « réfuter catégoriquement les allégués susceptibles de mettre en doute son intégrité et sa bonne conduite dans ses fonctions de maire » ? Et encore une fois quand, le 30 mai dernier, annonçant sa candidature, il a banalisé sa mauvaise conduite, en parlant comme d’un « dossier administratif qui a été réglé au plan administratif »[vii]?

S’est-il bien conduit quand, depuis sa défaite aux élections municipales de 2013 consécutive à la médiatisation de ses agissements, en tant qu’éditorialiste, il s’en est pris de manière gratuite et répétée, bien au-delà du raisonnable, au conseil municipal et au maire ? Comment imaginer que, s’il était élu, au contraire de cette attitude revancharde, il saurait se montrer respectueux et à l’écoute de ce conseil municipal qu’il dénigre publiquement depuis tout ce temps ?

Tant que Joël Arseneau reste dans la sphère privée, on n’a pas besoin de revenir sur cette affaire. À partir du moment où il sollicite une charge publique, on a l’obligation de le faire. Et si on doit parler encore aujourd’hui, c’est parce qu’il refuse toujours de reconnaître les faits et d’admettre son inconduite. Mettant son énergie à s’absoudre lui-même plutôt qu’à présenter des excuses à la Municipalité et à la population[viii], il nous répète ad nauseam que son intégrité est intacte et qu’il n’a « aucune leçon à recevoir (…)[ix], avouant ainsi cyniquement que cette affaire ne lui servira même pas de leçon. Certains refuseront de reconnaître les faits et accorderont du crédit à sa théorie du complot, d’autres se feront croire qu’il n’y a rien là ou se fermeront les yeux. Il n’en demeure pas moins que les faits sont là, vérifiables.

Aujourd’hui, Joël Arseneau se soumet à l’appréciation de ses concitoyens. La parole sera bientôt aux électeurs. Accepterons-nous d’élire comme député un candidat qu’en vertu du Droit public (voir note 5), la cour a jugé inhabile à occuper une charge municipale en faisant droit à la demande démontrant, pièces à l’appui, un « abus de confiance ou une inconduite »[x] posé « alors qu’il était le 1er gardien des finances municipales »[xi] ? Ce n’est pas une question de légalité, mais, encore plus important, une question de légitimité et d’intégrité.

________________________________

[i] Selon ce qu’a révélé son procès et mis en lumière la requête en déclaration d’inhabilité déposée par la Procureure générale, pièces à l’appui : « Entre 2007 et 2010, le défendeur a donc participé à 78 activités et produit pour chacune d’elles un compte de dépenses auprès de l’organisme concerné. (…) Ces demandes de remboursement ont été soumises dans un délai moyen de 27 jours suivant la tenue de l’activité. » Cour supérieure du Québec, Requête introductive d’instance en déclaration d’inhabilité, page 3.

[ii] Idem : « (…) le défendeur a affirmé qu’il n’avait pas remboursé la municipalité avant le mois de juillet 2010, car il avait été négligent quant à ses demandes de remboursement auprès des organismes tiers (…) alors que les faits démontrent précisément le contraire. » Ibid., page 10.

[iii] https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/614960/gaspesie-joel-arseneau-proces

[iv] Toujours selon la preuve présentée, pièces à l’appui, lors des deux démarches entreprises par la Justice : « Le défendeur a d’ailleurs dépensé ces sommes au fil des jours, des semaines et des mois. », Cour supérieure, op. cit., page 8. « Le défendeur a également affirmé qu’il conservait les sommes en attendant de les remettre à la municipalité, toutefois, les faits démontrent précisément le contraire, son solde bancaire ayant été souvent inférieur à ce qu’il devait à la municipalité. », Ibid., p. 9.

[v] En vertu de l’article 306 de la Loi sur les élections et les référendum dans les municipalités : « Est inhabile à exercer la fonction de membre du conseil de toute municipalité la personne qui sciemment, pendant la durée de son mandat (…), profite de son poste pour commettre une malversation, un abus de confiance ou une autre inconduite. »

[vi] https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1103942/joel-arseneau-brigue-linvestiture-pequiste-aux-iles

[vii] Ibid.

[viii] S’il l’a fait, c’est si timidement qu’on ne s’en est pas aperçu.

[ix] http://cfim.ca/joel-arseneau-candidat-a-linvestiture-pq/.

[x] Cour supérieure, op. cit., p. 8.

[xi] Ibid., p. 9.

Publié par : Yvonne Langford | 1 avril 2017

Imaginer l’été

Cet hiver n’aura pas de fin

Je ne sais plus le compte des jours ni des gestes

Dans l’entrée, dans le garde-robe et dans le coffre

Edens des tuques, des mitaines, des manteaux et des bottes

Ils sont tous là, encore utiles, nécessaires

J’attends de voir l’asphalte, l’herbe, de les sentir chauffés au soleil

Que mon vélo et la plage m’appellent

D’être gorgée de soleil et de vagues

Je vis encore à l’intérieur, de l’autre côté de la vitre

Depuis toujours, il me semble

J’imagine la chaleur

L’ai-je déjà connue

Jamais les froids ne se termineront

(Écrit un jour d’avril, alors que j’en avais marre de l’hiver, sans prétention, comme un jeu de miroir avec le poème d’Aragon Imaginer l’hiver.)

Publié par : Yvonne Langford | 16 août 2016

Hugo Barrette, athlète olympique !

Havre-aux-Maisons, le 16 août 2016

Cher Hugo,

Tout à l’heure, en prenant ma marche, comme souvent ces derniers jours, j’ai pensé à toi. Hier soir, je me suis demandé « Comment arrivera-t-il à s’endormir, sachant que son épreuve se déroule demain ? » En me réveillant ce matin, ma première pensée est allée pour toi : « A-t-il eu une bonne nuit ? » D’autres m’ont dit qu’ils avaient eu les mêmes pensées. Aujourd’hui, comme beaucoup d’autres Madelinots, Québécois et Canadiens, j’ai suivi ta performance, des papillons dans l’estomac. Constatant que tu ne te qualifiais pas pour les demi-finales, je me suis dit « J’espère que ce résultat ne gâchera pas ses jeux ». You dit it, Hugo ! Comme une femme qui se dit, tout juste après avoir donné naissance à son premier enfant : « Je suis maman », aujourd’hui, tu as fait les Olympiques ! Comme j’entendais ta sœur le dire très justement, pour toujours, tu es un athlète olympique ; personne ne pourra jamais t’enlever ça.

Cette réalisation personnelle exceptionnelle pour tous ceux qui la mènent à bien l’est un peu plus pour toi. Grandir aux Îles-de-la-Madeleine, c’est formidable, c’est vrai. Mais à l’évidence, pour celui ou celle qui nourrit le rêve de devenir un athlète de haut niveau, cela implique de surmonter quelques obstacles de plus. Se développer comme athlète sérieux dans un sport à partir de l’âge de 17 ans, c’est un tour de force. En plus, pour réussir ça, le jeune doit s’exiler… Ça coûte souvent pas mal plus cher aux parents… Il faut en faire, des sacrifices ! Il a fallu que tu tiennes très fort à ce rêve devenu projet, objectif et aujourd’hui accomplissement.

Dans une entrevue qu’il a donnée récemment à l’occasion de la parution de son livre, Stéphane Garneau identifiait quelques caractéristiques des grands athlètes : déterminés, engagés, résilients, qui carburent au défi et au dépassement de soi, non seulement dans le sport, mais dans l’ensemble de leur vie, qui s’attaquent à toutes les tâches avec la même intensité. Ces qualités, tu les incarnes parfaitement, comme l’idéal olympique, exprimé par la devise « Plus vite, plus haut, plus fort », si inspirant pour le commun des mortels que nous sommes.

Dans quelques jours, les caméras et les micros vont s’éteindre. Toi, jour après jour, tu vas continuer de te dépasser, de fournir l’effort supplémentaire, de pousser plus fort. Je sais que tu as d’autres rêves, Hugo. Avec beaucoup, beaucoup d’autres supporteurs, je serai derrière toi. Go, Hugo !

Publié par : Yvonne Langford | 12 mars 2016

Haro sur le mépris des pêcheurs

Ce qui m’achale dans le débat actuellement en cours dans le monde de la pêche côtière aux Îles, c’est le mépris affiché par les « appimistes » pour les pêcheurs. Ces derniers mois, dans le Bearing (le journal interne de l’APPIM), sur les ondes de CFIM et de Radio-Canada et sur les pages Facebook de supporteurs(euses) du point de vue de l’APPIM, j’ai lu et entendu que les pêcheurs ne comprendraient pas les enjeux en cause et qu’ils n’auraient pas conscience de ce qu’ils font. La palme revient à M. Léonard Poirier, directeur de l’APPÎM, quand il a affirmé sur les ondes de CFIM le 24 février 2016 que les causes de la désaffection de l’APPIM par les pêcheurs et le succès du Rassemblement seraient « du côté de la communication ou du côté de la compréhension, de la capacité de comprendre » des pêcheurs. À travers les propos de ces appimistes, on comprend que ces pêcheurs ne sauraient pas ce qu’ils font quand ils prennent une décision individuelle ou collective, par exemple quand ils signent une pétition ou quand ils décident d’adhérer à un mouvement. Et plutôt que d’être représentés par les gens du Rassemblement dûment mandatés pour exprimer leur point de vue (sur le journal de bord, sur l’Office, etc.), ils seraient manipulés, abusés par ces derniers, encore une fois suivant cette même logique selon laquelle ils seraient facilement influençables. Quel mépris !

Faudrait-il comprendre que ces appimistes auraient pris plein de décisions au-dessus de la tête des pêcheurs pour leur bien, même au détriment des pêcheurs eux-mêmes ? Que c’est parce que les pêcheurs ne seraient pas capables de comprendre les enjeux qu’il leur faudrait les défendre malgré eux, en allant à l’encontre leur point de vue ? Comment accepter que ces gens-là aillent à l’encontre des positions et des décisions de ces pêcheurs en prétendant représenter leurs intérêts mieux que les pêcheurs ne le font par eux-mêmes pour eux-mêmes ? Quelle condescendance ! Quelle absurdité !

Cette attitude méprisante me met en colère. Je m’étonne d’ailleurs que les journalistes eux-mêmes n’aient pas réagi illico à ces déclarations fracassantes. Ça va faire de tirer sur le pêcheur supposément ignorant ! Ce n’est pas parce que certains ne sont pas allés à l’école aussi longtemps que d’autres qu’ils n’ont pas la capacité de réfléchir et de décider ce qui est bon pour eux. (On sait d’ailleurs très bien que l’intelligence n’est pas directement proportionnelle au temps passé sur les bancs d’école.) Il faut que nos pêcheurs sachent que lorsqu’ils ne comprennent pas le propos qu’on leur sert, ce n’est pas parce qu’il contient un ou deux mots dont ils ne comprennent pas le sens. C’est tout simplement parce que le propos lui-même n’est pas clair, pas comprenable. Si des gens veulent que les pêcheurs comprennent leur point de vue, à eux de s’organiser pour se faire comprendre. C’est une règle de base en communication que de s’adapter à son public cible. C’est aussi simple que ça.

Il n’y a qu’à écouter les pêcheurs pour comprendre qu’ils savent très bien ce qu’ils font. Ils sont les experts de leur métier de pêcheur de homard. Ils ont une tête sur les épaules. Ils sont intelligents en soi et ils sont brillants dans leur façon de pratiquer leur métier, leur gagne-pain. Chaque fois que je vais à la pêche, je suis émerveillée par la grande intelligence de leurs gestes, de leurs décisions, de leurs propos. Ils connaissent la mer, la nature, les fonds de pêche, la ressource, la météo, les engins, la mécanique… Ça ne les empêche pas de comprendre les enjeux du prix, de la mise en marché, de la gestion des pêches ou de toute autre question touchant la pêche au homard. Au contraire, leur point de vue est incontournable et irremplaçable. Par exemple, ils sont en masse capables de réfléchir aux questions touchant la protection de la ressource et de prendre les bonnes décisions pour la durabilité de la ressource qui les fait vivre et qui fera vivre leurs descendants. Ils l’ont maintes fois fait et prouvé. Qu’on arrête de les prendre pour une bande d’innocents et qu’on les respecte pour ce qu’ils sont et pour leur capacité à savoir où est leur propre intérêt. Ils savent très bien ce qu’ils pensent du journal de bord, de la gestion de l’Office et de toutes les questions entourant la pêche côtière. Et comme on l’a vu ces derniers mois, ils sont capables de s’organiser pour le faire valoir.

J’appelle les gens des Îles à écouter et à respecter ce que les pêcheurs ont à dire. C’est à eux seuls de décider où résident leurs intérêts et de déterminer comment ils entendent en faire la promotion. Personne d’autre n’a le droit de le faire à leur place. Quand ils décident de se regrouper dans une nouvelle association, ici le Rassemblement des pêcheurs et des pêcheuses des côtes des Îles, et que ce rassemblement regroupe la grande majorité des pêcheurs de homard des Îles, les représentants qu’ils ont mandatés expriment leur point de vue collectif. Qu’on s’enlève de la tête qu’ils ne savent pas ce qu’ils font et qu’ils sont manipulés et qu’on ramène au plus sacrant le débat sur les vrais enjeux. On n’est pas obligé d’être d’accord avec eux, mais qu’on cesse d’attaquer leurs points de vue en prétendant qu’ils ne comprendraient pas ce qui se passe.

Avec ce Rassemblement, on assiste à une reprise en main par les pêcheurs de leurs affaires, y compris des organismes qui les représentent, incluant l’Office qui gère le Plan conjoint, dont ils étaient depuis trop longtemps écartés par une gestion qui prenait des décisions au-dessus de leur tête. Ça fait longtemps que les pêcheurs ne s’étaient pas donné une voix aussi forte et unie. Ça se pourrait qu’ils aient encore pas mal de choses à dire. On n’a pas fini de les entendre ! C’est tant mieux !

À bon entendeur, salut !

***

Pour l’essentiel, j’ai publié ce point de vue sur ma page Facebook en reprenant la réplique publiée par Félix Cormier à un statut Facebook publié par Annie Landry affirmant que le Rassemblement trompait les pêcheurs. À ma connaissance, c’est la deuxième fois en quelques jours que madame Landry supprime un de ses statuts Facebook sur le sujet qui provoquait les réactions de ceux qui n’avaient pas le même point de vue qu’elle. Une des règles du débat, n’est-ce pas d’écouter celui qui n’a pas la même opinion que nous, de lui permettre de l’exprimer ?  /  Après vérification, il est plus probable que madame Landry nous ait interdit l’accès à sa page Facebook, à Félix et moi, ce qui a eu pour effet de supprimer son post que nous avions partagé sur notre propre page.

Publié par : Yvonne Langford | 9 février 2016

Litanie des tempêtes

En ce jour de tempête, je ressors de mes tiroirs ce texte écrit en 2014.

* * *

Avoir le nez plus souvent dans la fenêtre que sur l’écran de son ordinateur pour tenter de voir arriver la tempête annoncée.

Tenter sans succès de dompter son esprit, malgré l’onde de tempête qui fait son effet, sur soi comme sur les autres.

Voir la neige et le vent arriver par deux, en folie, comme larrons en foire.

Sentir l’excitation monter au rythme de la nature qui se déchaîne.

Résister jusqu’à la dernière minute à l’ordre de partir. Le Cégep ferme.

Avancer dans la poudre blanche, sans savoir où l’on est, où l’on va, ce qu’il y a devant.

Se guider sur les poteaux, les fils d’électricité et les lignes sur l’asphalte, quand on les aperçoit.

Écouter la radio pour se rendre compte que c’est une bonne, une vraie, que tout est fermé, et que ça va durer.

Se jurer que c’est la dernière fois qu’on prend son char pour rentrer à la maison par une tempête de même.

Se donner de l’air pour fourrer son char dans la cour enneigée de la maison.

Rentrer dans la maison en enjambant les coteaux à travers les bourrasques.

Soupirer de soulagement après que la rafale eut refermé la porte derrière soi avec fracas.

Constater qu’à la maison, on n’a pas d’électricité.

Regarder par les chassis pour se rendre compte qu’on ne voit ni ciel, ni terre, ni les maisons des voisins, ni le chemin en face de la maison.

Mesurer ce qu’on aura à pelleter, quand la tempête sera finie.

Appeler les proches pour s’assurer que tout le monde est en sécurité.

Se rendre compte qu’on ne peut pas faire comme si rien n’était, dehors.

Constater que tout est différent, dedans comme dehors.

Se réjouir de cette journée donnée, dont on ne sait pas encore quoi faire.

Aimer les tempêtes, comme des cadeaux toujours bienvenus.

 

 

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