Jusqu’à tout récemment, je n’avais pas d’avis sur le déconfinement dans le contexte des Îles. Aujourd’hui, je n’en ai pas encore vraiment, du moins pas sur le détail des mesures à privilégier. Mes connaissances sur le sujet sont limitées. J’ai plutôt tendance à faire confiance à ceux à qui ils incombent de décider et d’agir pour la collectivité, persuadée que leurs motivations sont bonnes, que leur tâche n’est pas facile et qu’ils ne ménagent aucun effort pour agir dans l’intérêt supérieur des Îles. S’ils doivent plus que jamais jongler avec une bonne part d’imprévisible, contrairement à la plupart d’entre nous, ils ont en main toutes les données à jour disponibles à prendre en compte dans le contexte particulier des Îles. Et surtout, je me méfie des gens qui, plutôt que de poser des questions ou de faire des propositions, présentent tout comme des évidences et des certitudes.
Je comprends aussi que la situation exacerbe les intérêts et provoque certaines tensions. Ce n’est pas une raison pour s’autoriser des dérapages dans notre manière de mener le débat public. Ici, je dénonce clairement et simplement la démagogie dans laquelle versent certains Madelinots sur les réseaux sociaux. J’en veux pour preuve un citoyen qui suggère au maire Jonathan Lapierre qu’à partir du moment où il entre dans un plan de déconfinement, il aura les futures victimes madeliniennes de la Covid-19 sur la conscience. Rien de moins ! Haro aux propos de ceux qui suggèrent de profiler les candidats à une entrée prochaine aux Îles sur la base de leur origine. Autre exemple odieux : ceux qui, hier encore, mettaient comme point de départ à la participation des partisans du déconfinement à une discussion sur Info-Madelinot qu’ils publient le nom de deux personnes de leur entourage qu’ils sont prêts à sacrifier au virus. Ayoye ! Tiens, en voici un
autre :
Que les auteurs de ces commentaires en soient conscients ou pas, voilà des déclarations carrément malhonnêtes. Dans un contexte où un peu tout le monde est plus à fleur de peau, je regrette profondément le sentiment de culpabilité et de panique que suscite ce genre d’intervention, un ingrédient carrément toxique dans un débat par ailleurs légitime. Comment ces personnes qui exigent des autres un comportement respectueux en ces temps de Covid peuvent-ils tenir des propos aussi irrespectueux vis-à-vis du maire ou de citoyens madelinots ou d’ailleurs, simplement parce qu’ils ne sont pas de leur avis ? Tous méritent le respect. Leur seule excuse : la peur, qui leur fait perdre le sens des proportions et des réalités.
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Cela étant dit, le débat est légitime.
Je comprends que, pour toutes sortes de raisons toutes aussi valables les unes que les autres, certaines personnes aient peur du virus. Moi aussi, bien bien portante, ce coronavirus me fait peur. Je comprends que les gens des Îles se questionnent sur l’éventualité de nouveaux cas de Covid favorisés par une réouverture de nos portes d’entrée. Comme à peu près tout le monde, j’ai à coeur la santé et la sécurité de mes parents hébergés en résidence pour personnes âgées et d’amis que leur état de santé rend plus vulnérables. Et je comprends qu’on craigne une saturation rapide de nos petites infrastructures locales de santé, si la pandémie faisait des victimes aux Îles. Encore là, plutôt que de s’opposer purement et simplement, il me semble plus constructif de bien mesurer la capacité des services de santé locaux et nationaux de garantir la mise en place de solutions pour un dégagement rapide d’éventuels malades madelinots. N’est-ce pas le plan des autorités locales de la santé ?
Je constate aussi que, pour justifier une poursuite du confinement, on oppose la santé et l’économie. Faux débat. La santé et l’économie ne s’opposent pas ; au contraire, ils vont de pair. Si, aux premières heures de l’arrivée du virus au pays, on a eu raison de se confiner, de faire un pas de recul pour mieux s’en protéger dans l’immédiat, c’est une attitude dans laquelle les Madelinots, comme les Québécois, les Canadiens et les gens de partout dans le monde, ne peuvent pas rester indéfiniment. Aucune société avec le moindre sens des réalités, des responsabilités et de la solidarité ne peut se le permettre. Au contraire, au-delà d’une courte période déjà pas mal jouée, on doit se préparer à faire face en mettant en place des mesures de protection favorisant une reprise progressive de nos activités. Donc, on doit apprendre à travailler et à vivre tout en se protégeant du virus. C’est ce que n’ont jamais cessé de faire tous ceux qui sont aux premières lignes, dans nos services de santé, dans nos épiceries et nos pharmacies, sur le bateau, dans les services entourant nos personnes âgées en résidences…
Il n’est absolument pas question de choisir entre protéger des Madelinots de la Covid ou, comme… favoriser « des gens qui s’en mettront plein les poches avec les étrangers », comme l’expriment certains, de manière outrageusement simplificatrice, sur Facebook. Comme partout ailleurs, les Îles ont besoin d’une économie qui fonctionne. Refuser de se déconfiner tant que le virus n’est pas disparu ou qu’un vaccin n’est pas trouvé, à fortiori alors que les sociétés autour de nous le font, c’est risquer de causer des dommages irréparables à notre économie locale et annoncer des heures sombres pour bien des familles des Îles dans les années à venir. Plus rapidement on remettra nos activités en marche, de manière sécuritaire et contrôlée, dans le respect des directives de la Santé publique, mieux nos entreprises, notre économie et notre société s’en porteront. Et nous aussi.
Le déconfinement repose évidemment sur les gestes posées par nos institutions, mais plus encore sur le sens des responsabilités de chaque citoyen. Gardons-nous de faire reposer toute la situation sur les autorités. Chacun, nous portons notre part de responsabilité. Comme le disait justement Paul Thériault dans sa chronique « Plogueuil ou homard » du 7 mai dernier sur les ondes de CFIM, lui-même fragilisé par son état de santé, si j’ai peur, si je suis plus à risque, c’est un choix plus que légitime de me confiner moi-même. Mais je ne peux demander à toute la population des Îles, du Québec, de se confiner indéfiniment.
Jusqu’à maintenant, on doit se compter « chanceux » de vivre cette pandémie aux Îles. Mais si on est réaliste, on sait que le virus va probablement finir par arriver ici. Profitons donc de la période actuelle pour s’y préparer. Pour cela, on a du chemin à faire. Comme d’autres, je vois bien qu’actuellement, comme partout ailleurs, tous les gens ne suivent pas à la lettre les mesures pourtant maintes fois répétées. Plusieurs se soulagent probablement la conscience du fait que les Îles n’ont actuellement pas de cas actifs de Covid. Ce n’est pas une bonne excuse. Il faut apprendre à bien se comporter en contexte de pandémie. Moi-même, je me suis fait remettre à l’ordre dans un commerce de Cap-aux-Meules, à raison (j’avais gardé mes gants) ; j’apprends. C’est ce qu’il faut : faire preuve de civisme en apprenant à se comporter de manière à se protéger et à protéger les autres. Pourquoi pas une brigade sanitaire qui se promène dans les lieux publics pour faire l’éducation des citoyens et corriger les comportements fautifs ? Et mettons en place des mesures encore plus strictes et les services nécessaires à la protection des personnes les plus vulnérables, au premier chef les personnes âgées ou immuno-déprimées.
En même temps que notre géographie insulaire nous expose à certains risques, elle nous donne un peu plus de temps pour nous préparer et un peu plus chances d’exercer un certain contrôle sur la situation au fur et à mesure qu’elle évoluera. Pour le moment, la voie du déconfinement ayant été décidée par le gouvernement du Québec, il me semble que la stratégie de l’ouverture progressive et contrôlée mise en oeuvre par les autorités locales est celle qui s’impose. Jusqu’à preuve du contraire, chaque secteur (municipal, santé, transport, commerces, éducation…) paraît jouer correctement sa partition. À chacun de s’assurer de mettre en place les mesures nécessaires, dans son secteur, pour s’assurer que les Îles pourront sortir de leur cloche de verre avant que le risque soit complètement disparu.
Au final, je parie que notre capacité à bien nous déconfiner nous conférera collectivement une force qui jouera pour nous, pas contre nous.