Depuis le 12 décembre 2012 et jusqu’au 12 mars 2013, sur le site de l’Assemblée nationale, les Québécois peuvent signer une pétition réclamant que le Code civil du Québec soit modifié « afin que l’animal de compagnie ait un statut juridique qui reconnaît son droit à la vie. » Voilà une proposition clairement animaliste, cette philosophie que les Madelinots combattent depuis plusieurs décennies dans le dossier de la chasse au phoque.

Le plus étonnant, c’est que ce soit la députée des Îles-de-la-Madeleine, Jeannine Richard, qui parraine cette pétition. Je comprends mal ce geste conscient ou inconscient de madame Richard. Voici pourquoi.

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Je ne doute pas des bonnes intentions des gens qui ont pris l’initiative de cette pétition. Ils aiment les animaux et sont sensibles à leur bien-être. Ils sont dégoûtés par les phénomènes de l’abandon et de l’euthanasie d’animaux sains et les scandales comme celui des usines à chiots. Ils veulent améliorer leur sort. Ils jugent insuffisantes les lois en vigueur au Québec et au Canada (article 444 à 447 du Code criminel canadien) qui interdisent de causer volontairement de la souffrance à un animal en le négligeant ou en lui infligeant des douleurs ou des blessures et qui, par exemple, obligent tout propriétaire d’un animal à lui donner un abri, de l’eau et de la nourriture et qui lui interdisent de le frapper ou de le blesser.

C’est pourquoi les pétitionnaires veulent « que le Code civil du Québec soit amendé afin que l’animal de compagnie ait un statut juridique qui reconnaît son droit à la vie ». Dans une entrevue à Benoit Dutrisac, Marie-Josée Paquette, responsable de la pétition, va jusqu’à parler d’une personnalité animale et d’une charte du droit des animaux. Voilà des propositions très franchement animalistes.

Ce principe du droit à la vie pour les animaux, quels qu’ils soient, est selon moi une grave erreur. (J’en ai d’ailleurs traité dans un précédent article publié sur mon blogue.) Qu’on veuille resserrer les lois et la règlementation, imposer des peines plus sévères contre les contrevenants, exercer une meilleure surveillance afin d’assurer un plus grand respect des animaux, sauvages ou domestiques, on peut en être. Prendre soin des animaux et les traiter avec humanité est en effet une responsabilité que seul l’homme peut et doit prendre. Ce sont autant d’obligations que l’homme doit assumer vis-à-vis des animaux, comme globalement vis-à-vis l’environnement, et cela ne peut découler d’un prétendu droit des animaux que seul l’homme pourrait définir et faire appliquer. – Imaginez-vous un chien ou un hamster devant un juge ? – Dans ce cadre, le droit à la vie pour les animaux domestiques et de compagnie est une complète absurdité qui nous amène à une complète aberration. Et qu’en sera-t-il lorsqu’on devra, en toute logique, en toute notion d’égalité des droits pour tous les animaux, l’étendre aussi aux animaux sauvages, aux mouches, aux homards comme aux rats ? Et tant qu’à y être, pourquoi pas à tout être vivant, y compris les carottes et les bactéries ?

Plutôt qu’un fallacieux droit à la vie pour les animaux, parlons donc du devoir de l’homme vis-à-vis des animaux, y compris, lorsqu’il le faut, celui de mettre fin à leurs jours de la façon la plus humaine possible, pour arrêter leur souffrance, pour éviter qu’ils errent librement et dangereusement dans la cité parce que leur propriétaire les a abandonnés et qu’on ne trouve personne pour les adopter, pour assurer un meilleur équilibre entre les espèces, sans non plus nous interdire de tuer un animal pour nous nourrir et nous vêtir, toujours en s’assurant de la pérennité des espèces. Ce sont des valeurs humaines, l’écologie et la protection de l’environnement qui doivent dicter notre conduite vis-à-vis les animaux, et non l’animalisme.

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Je comprends qu’un élu veuille faire plaisir à des citoyens, ici des gens qui aiment les animaux et leur veulent du bien. Mais cet élu a aussi le devoir de ne pas être naïf et d’examiner et de soupeser sérieusement les idées qu’on lui soumet. De surcroît, comme tout habitant des Îles-de-la-Madeleine, plus que d’autres Québécois, conscient que le dossier de la chasse au phoque comporte une grande dimension politique, il devrait entendre une alarme sonner devant  le caractère évidemment animaliste de cette proposition du droit à la vie pour des animaux.  Jusqu’où pourrait aller une telle reconnaissance du droit à la vie des animaux ? Comment ne pas penser que si le principe du droit à la vie repose sur l’idée que les animaux domestiques « sont des êtres vivants doués de sensibilité éprouvant la faim, la douleur et la souffrance », les animaux sauvages, des êtres vivants sensibles, devraient eux aussi « jouir » du même droit ?

Je m’étonne que Jeannine Richard, députée des Îles-de-la-Madeleine et adjointe parlementaire au ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation, ait parrainé cette pétition qui pue l’animalisme à plein nez. L’aurait-elle vu et qu’elle aurait décidé de parrainer cette pétition quand même ? Je m’en étonne encore plus. N’a-t-elle pas de problème à favoriser la promotion de ces principes animalistes qui ne tiennent pas debout, même pour les animaux domestiques, puisqu’ils ne servent pas du tout la protection des animaux ? Et compte tenu de ses responsabilités d’élue, comment pourra-t-elle justifier devant les animalistes que ce principe du droit à la vie ne devrait pas s’appliquer aux phoques et aux autres animaux sauvages ?

Publié par : Yvonne Langford | 2 janvier 2013

Non à l’animalisme à Québec solidaire

Lors de son Conseil national tenu du 30 novembre au 2 décembre 2012, j’ai été soulagée que Québec solidaire (QS) ait eu le bon jugement de refuser la création d’un collectif animaliste[1]. Je vois mal comment j’aurais pu concilier mon adhésion à ce parti et plus encore ma candidature sous cette bannière avec l’existence d’un tel collectif dans ses rangs.

Le mouvement animaliste attaque la communauté des Îles-de-la-Madeleine depuis environ une quarantaine d’années.  Au fil des années, à notre détriment, les Madelinots et les Madeliniennes dont je suis ont appris à connaître ce mouvement, sa philosophie, ses valeurs, ses actions et ses comportements. Et je ne vois rien dans ce mouvement qui pourrait être cohérent avec QS.

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Le mouvement animaliste que nous connaissons aux Îles-de-la-Madeleine repose sur une vision dogmatique selon laquelle les animaux devraient avoir des droits, non seulement en tant qu’espèces, mais en tant qu’individus. En vertu de ces droits, comme les esclaves – parallèle plus que douteux, parce que réducteur et insultant pour tous ceux et celles qui ont donné leur vie pour leur libération -, les animaux seraient actuellement victimes de discrimination, notamment en regard de toute activité qui entre dans une optique d’exploitation. On peut penser à toutes les situations où les animaux sont capturés, possédés, gardés captifs, vendus, tués ou que leurs produits sont consommés. On devine rapidement que la pensée et l’activité des groupes animalistes heurtent de plein fouet une panoplie d’activités inscrites au cœur même de la vie de l’espèce humaine depuis son apparition sur la Terre, y compris la chasse, la pêche et l’agriculture, activités qui occupent des centaines de milliers de Québécois encore aujourd’hui.

Le mouvement animaliste que nous connaissons fait fi des connaissances et des avancées scientifiques sur le bien-être, la santé et l’équilibre des populations animales prises dans leur ensemble. Cette approche scientifique ne les intéresse pas. Leur vision est autre qu’écologiste ;  elle est ailleurs. Ainsi, malgré ce que souhaitent les animalistes eux-mêmes lorsqu’ils utilisent les arguments des écologistes, on fait erreur lorsqu’on amalgame leur approche à celle des écologistes, qui se soucient notamment du respect et de la conservation de la nature, de la préservation des espèces et de la diversité biologique, tout en respectant les lois de la nature, comme la prédation de la gazelle par le lion, de la morue par le phoque ou de la souris par le chat.

Le mouvement animaliste que nous connaissons agit en lutte contre des populations humaines. De leur point de vue, il y a eux et les animaux qu’ils disent défendre d’un côté ;  de l’autre côté adverse, il y a les populations qui vivent du prélèvement de la nature, les chasseurs par exemple. Sur la banquise entourant les Îles-de-la-Madeleine, année après année, les animalistes ont provoqué les chasseurs de phoque. Dans les médias et sur des forums de discussion, des animalistes sont allés jusqu’à se réjouir de la mort de quatre pêcheurs-chasseurs dans le naufrage de l’Acadien II lors de la campagne de chasse de 2008 après que le tristement réputé Paul Watson ait déclaré que la chasse au phoque constituait une tragédie beaucoup plus grave que la mort des quatre chasseurs qui ont péri dans ce naufrage[2]. Voilà qui est tout à fait démonstratif de ce courant de pensée qui place ici l’animal avant l’humain.

Le mouvement animaliste que nous connaissons fait l’objet de vives controverses. Plus encore, il crée de toutes pièces des conflits qui prennent parfois les couleurs de la guerre.  Aux Îles-de-la-Madeleine, il y a des décennies que cela dure. Les animalistes créent délibérément des incidents pour mousser leur propagande médiatique. Ils nuisent délibérément au travail des chasseurs, un travail de doigté et de précision qui se déroule avec des armes à feu et des embarcations soumises au mouvement des glaces et de la mer… Avec leurs hélicoptères, les animalistes volent à basse altitude de manière à apeurer les phoques pour qu’ils se jettent à l’eau et échappent ainsi aux chasseurs. Souvent au mépris des règles encadrant l’émission de leurs permis d’observateurs, les animalistes harcèlent les chasseurs dans le but de prendre des images qui leur permettront de les dépeindre à la face du monde comme des barbares assoiffés de sang, ce qui leur vaudra par la même occasion de remplir les coffres de leurs organisations. Nous redoutons le jour où des altercations entre ces animalistes et nos chasseurs provoqueront des événements plus regrettables encore.

Par les procédés qu’ils emploient et les arguments qu’ils invoquent, les animalistes que nous connaissons nous font penser aux militants du mouvement pro-vie. C’est particulièrement vrai lorsqu’ils argumentent pour la défense d’êtres sensibles dits sans droits et lorsqu’ils prétendent parler au nom de ces êtres vivants incapables de s’exprimer pour eux-mêmes.

Rien, dans le mouvement que nous connaissons, ne nous permet de comprendre que la mouvance animaliste aurait à voir avec les idées de gauche. Au contraire, des animalistes que nous connaissons sont franchement à droite. Par exemple, ils comptent dans leurs rangs des gens comme Brigitte Bardot, proche du Front national de Jean-Marie et Marine Le Pen.

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S’appuyant sur l’ouverture qui fait la réputation de QS, certaines personnes ont trouvé incongru que le Conseil national refuse la création de ce collectif. Pour moi, la question d’accepter ou non ce collectif n’en est pas une de degré, mais de cohérence. Les collectifs existant à Québec solidaire me semblent bien cohabiter avec la « nébuleuse » de la gauche et du progressisme. Il en est tout autrement ici. Je ne vois pas du tout comment un collectif animaliste correspondrait aux valeurs de QS. Où place-t-on la limite ? Accepterait-on un collectif pro-vie ? Un collectif contre l’existence d’un État palestinien ? Un collectif cléricaliste ? Nous ne croyons pas que, sous prétexte d’ouverture, il appartienne à QS d’abriter toutes les chapelles.

De mon point de vue, accepter un collectif animaliste dans nos rangs aurait atteint sérieusement la relation de QS avec les populations de ce qu’on appelle les « régions ressources » (expression mal choisie s’il en est une). Aussi, elle aurait nourri la perception d’un trop grand nombre de Québécois qui jugent ce parti comme trop seulement montréalais et trop facilement farfelu et excentrique.

Un parti politique, ce n’est pas un club où on réfléchit à tout et à rien, mais un lieu où on adhère à quelque chose. À QS, si on crée un collectif, c’est qu’on accepte de réfléchir sur un objet précis dans une perspective politique. En quoi les réflexions d’un collectif animaliste s’inscriraient-elles dans les réflexions du parti politique de gauche qu’est QS ? Le parti est-il prêt à remettre en question la relation homme-animal au-delà des perspectives éthique, économique, écologiste et de santé publique ? Que veulent les militants-tes qui ont proposé un collectif animaliste ? Est-ce que la doctrine animaliste exprime bien ce qu’ils et elles recherchent ? Si oui, je les inviterais à s’organiser ailleurs qu’à QS, puisque leurs objectifs sont carrément incompatibles avec ce que je comprends de QS. Sinon, peut-être recherchent-ils autre chose et qu’un autre terme ou d’autres moyens qu’un collectif correspondraient mieux à leurs objectifs. En effet, qu’il puisse y avoir dans le parti des réflexions sur la condition animale, notamment sur la cruauté envers les animaux, l’élevage industriel ou l’utilisation de la production animale en agriculture, cela ne vaut certainement pas la création d’un collectif appelé animaliste.

Je me réjouis que les membres de QS aient pris la bonne décision.

 


[1] Les statuts de QS prévoient que le parti peut reconnaître l’existence de collectifs « de courants de pensée différents et complémentaires » (article 14.1 des statuts de QS). Un collectif est constitué par un ensemble de membres en règle du parti (au moins dix) qui se regroupent sur la base d’un thème ou d’une affinité politique particulière tout en s’engageant à respecter les valeurs, les statuts et le programme du parti. Même s’ils ne jouissent pas d’une représentation particulière, ces collectifs sont reconnus par les instances du parti et peuvent promouvoir leurs idées et leurs activités lors des rencontres du parti, essentiellement grâce à des tables d’informations mises à leur disposition.

[2] « Chasse et naufrage :  des propos controversés », Radio-Canada Est-du-Québec, vendredi 4 avril 2008, adresse :  http://www.radio-canada.ca/regions/est-quebec/2008/04/04/004-watson-propos-controverse.asp.

Publié par : Yvonne Langford | 18 novembre 2012

Une histoire de Bonheur, entre Port-au-Prince, les Îles et Montréal

Il est de ces histoires qui vous prennent par le cœur. C’est ce qui est arrivé lors de ma rencontre avec une famille haïtienne, celle de Jean Nickson Bonheur – eh! oui,  Bonheur, ça ne s’invente pas, c’est bel et bien son nom de famille – et ses deux filles, Queenee, 8 ans, et Akeesha, 2 ans, bientôt 3. Laissez-moi vous raconter leur petite histoire entre Port-au-Prince, les Îles et Montréal.

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J’ai rencontré M. Bonheur dans le cadre de mon travail. Tout de suite, j’ai fait la connaissance d’un homme intelligent, capable de s’occuper de ses affaires et de sa famille et de mener sa vie. Mais j’ai aussi bien vu que quelque chose n’allait pas.

Jean Nickson Bonheur est arrivé aux Îles-de-la-Madeleine en septembre 2012. Venu tout droit de Port-au-Prince, M. Bonheur est d’abord arrivé à Montréal avec ses deux filles pour rejoindre sa nouvelle épouse canadienne. Quelques jours plus tard, ils sont venus s’installer dans leur domicile aux Îles. Malheureusement, après seulement quelques semaines de vie commune, il s’est avéré que ce mariage ne durerait pas. C’est ainsi que M. Bonheur et ses deux enfants se sont retrouvés devant rien. Mettez-vous à leur place un instant.

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Akeesha, Jean Nickson et Queenee Bonheur

Jean Nickson Bonheur est un homme dans la jeune trentaine. Quennee, sa plus vieille, est une petite fille curieuse, sage et brillante, qui dévore tous les livres qui lui passent sous la main et qui adore écrire. Elle est aussi confiante et affectueuse. Il fallait la voir insister auprès de son père pour passer l’Halloween sur le chemin Grande-Allée, à Cap-aux-Meules. L’école lui a permis de plonger dans sa nouvelle société d’adoption, de s’intégrer rapidement. Jean Nickson l’appelle « notre petite Québécoise ». Sa sœur Akeesha, selon son père, c’est la miraculée de la famille. Elle est née prématurée. Elle est petite, mais elle en a dedans, comme on dit ici. Elle sait ce qu’elle veut et ce qu’elle ne veut pas. Elle parle surtout créole, mais comprend bien le français. Elle fait bien rire son père et sa sœur.

Ceux et celles que je connais qui ont connu la famille Bonheur ont senti un lien très fort entre le père et ses deux filles. À tout moment, on a vu un père aimant ses enfants, soucieux de leur bien-être et intervenant auprès d’elles en parent responsable.  On a vu des filles qui ont besoin de leur père et un père qui est là pour ses filles. Une famille tricotée serrée, pourrions-nous dire.

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Le 12 janvier 2010, la terre a tremblé à Haïti. La maison où vivait la famille de Jean Nickson Bonheur s’est effondrée sur ses occupants. Jean Nickson était au travail. Ce sont les pleurs d’Akeesha, son tout jeune bébé d’un mois et demi qui ont permis aux gens du quartier de savoir que des êtres vivants gisaient sous les décombres. Ils ont vite réalisé qu’ils ne pouvaient pas laisser périr une petite innocente sans avoir essayé. Ils ont sorti Akeesha vivante des décombres. Comme le dit si justement son père :  « Cette petite, elle est née pour vivre. »  Édeline, sa femme, a eu le temps de pousser sa fille Queenee, âgée de cinq ans, sous un meuble, ce qui lui a sauvé la vie. Les deux enfants étaient saufs. Mais dans ce terrible tremblement de terre, le jeune homme a perdu Édeline, sa femme, la mère de ses enfants, l’amour de sa vie, celle avec qui il avait fait un serment :  «Vivre, réussir ou échouer, ensemble. Ensemble, nous n’échouerons pas. »

Depuis ce jour, Jean Nickson Bonheur a vécu des heures difficiles. Il a des moments de découragement, mais la vie lui a appris à ne jamais abondonner. Il a décidé d’accorder sa priorité à ses deux enfants. S’accrochant au serment qu’il a fait avec Édeline, il tente de se construire une nouvelle vie pour ses filles et lui. Et il demande à Dieu de leur donner la lumière.

Les prochains mois ne seront pas faciles, mais je sais qu’il y parviendra, un pas à la fois.

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Après le constat d’échec de son nouveau mariage, M. Bonheur  s’est retrouvé avec ses deux filles là où se retrouvent parfois les gens dans ce genre de situation : à la Maison à Damas. Une chance qu’un organisme comme celui-là existe aux Îles, je peux vous le dire. Mais, malgré la chaleur de l’accueil et le grand cœur du personnel de la maison, ce ne pouvait être qu’une situation temporaire, très temporaire. Qu’allait-il leur arriver, à lui et aux filles ? Je sentais bien qu’il aurait voulu rester aux Îles, mais comment ? En faisant quoi ? Retourner à Montréal, oui, mais comment ? Et qu’est-ce qui l’attendait là-bas ? Finalement, avec un bon coup de pouce des gens qui les ont côtoyés, au début de novembre, les Bonheur sont repartis à Montréal.

Depuis qu’il est en ville, Jean Nickson Bonheur a installé sa famille dans un petit appartement. Ses priorités :  envoyer Queenee à l’école – Queenee elle-même a très hâte d’y retourner-, trouver une garderie pour Akeesha et un travail qui lui permettra d’assurer les besoins de base de sa famille, s’intégrer.

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La route de M. Bonheur et de ses enfants a croisé la nôtre, aux Îles-de-la-Madeleine. Les choses ne s’étant pas déroulées comme prévu, tout est à faire pour qu’ils se bâtissent une nouvelle vie à Montréal. Pour ça, nous pouvons les aider.

Pourquoi ai-je été touchée par leur histoire ? Parce que des enfants sont impliqués, des enfants auxquels des gens des Îles qui les ont connus se sont attachés. Parce que M. Bonheur est un bon père pour ses enfants ;  des enfants heureux avec leur père, cela ne ment pas. Parce que je suis sensible à la situation difficile du peuple haïtien. Parce que je comprends  M. Bonheur de vouloir une meilleure vie pour ses enfants et lui. Parce que personne ne mérite de se retrouver à la rue. Parce que je les ai connus et aimés, spontanément.

Je sais que Jean Nickson a aussi été touché par les gens des Îles. À quelqu’un qui l’a aidé, il a écrit : « J’ai l’impression que vous m’avez tout donné : l’espoir, l’amour et surtout le courage de continuer sans relâche à m’acquitter de cette noble responsabilité que me confie le ciel, à savoir guider mes filles sur le chemin de l’amour, sans fin ! »

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Avec moi et les autres qui les ont déjà épaulés, êtes-vous prêts à les aider un peu ? Au cours des prochaines semaines, je vais recueillir l’argent que vous voudrez bien me confier pour eux. Je m’engage à remettre intégralement à M. Bonheur l’argent que vous m’aurez donné pour lui et les filles. L’argent amassé lui permettra-t-il de payer un mois de loyer ? Quelques factures d’épicerie ? Quelques semaines de frais de garde ? Des frais scolaires ? Peu importe le montant, ce sera déjà ça.

J’aimerais bien que nous soyons plusieurs à leur venir en aide pour que leur vie au Québec parte sur de bonnes bases. Un genre de « Donnez au suivant ».

Si vous avez des questions ou si vous pouvez et voulez me donner quelque chose pour eux, n’hésitez pas à me joindre par courriel, par Facebook, par téléphone (mon numéro est dans l’annuaire) ou à venir me voir à la maison.

Vous pouvez aussi aider la famille Bonheur en faisant connaître son histoire aux gens autour de vous.

Merci.

Publié par : Yvonne Langford | 24 octobre 2012

Debout pour la protection du golfe Saint-Laurent

Le 24 octobre 2012 – Salle des Pas perdus, à Cap-aux-Meules, aux Îles-de-la-Madeleine, Québec – Intervention d’Yvonne Langford à la séance de « consultation » de l’Office Canada-Terre-Neuve des hydrocarbures extracôtiers sur la mise à jour de l’évaluation environnementale stratégique de la portion terre-neuvienne du projet Old Harry.

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Nous, les gens des Îles-de-la-Madeleine, nous sommes les gardiens du golfe Saint-Laurent.  Aujourd’hui, nous sommes ici pour faire entendre la voix des gens des Îles et des habitants du golfe.

Comme citoyenne des Îles-de-la-Madeleine, j’unis ma voix à celles de mes concitoyens et à celles des habitants du golfe Saint-Laurent.

Avec eux, je dénonce la consultation actuellement menée par une firme de génie-conseil mandatée par l’Office Canada-Terre-Neuve des hydrocarbures extracôtiers sur la mise à jour de l’évaluation environnementale stratégique de la portion terre-neuvième du projet Old Harry. Avec eux, je dénonce le trop court laps de temps accordé aux citoyens et aux organismes qui ont voulu s’y préparer, la trop grande proximité des intérêts de la firme de génie-conseil chargée de la mise à jour de l’EES, de l’Office et des pétrolières, la piètre qualité des informations portées à la connaissance du public lors des séances de consultation, le manque de transparence de tout le processus et l’absence de tout débat qui servirait réellement les intérêts de la population.

Avec eux, je m’oppose à toute exploitation des éventuelles ressources fossiles que contiendrait le golfe. En cherchant à exploiter les éventuelles ressources pétrolières et gazières dans le golfe du Saint-Laurent le plus vite possible, on ne va pas dans la bonne direction. Avec beaucoup d’autres résidents du golfe, je réclame un vrai moratoire sur le projet Old Harry.

Et au terme du processus en cours, quelle que soit la décision prise, je m’engage à œuvrer avec eux de manière à ce que tout projet d’exploration et d’exploitation s’arrête le plus vite possible. Si les entreprises privées sont autorisées à quand même réaliser leur projet, avec eux, je continuerai de m’objecter et d’intervenir de manière à ce que ce ne ce soit pas possible d’exploiter tranquillement les ressources du golfe en énergies fossiles en exigeant toutes les mesures de sécurité susceptibles de protéger le golfe. Aussi, je m’unirai à tous ceux et celles qui réclameront des mesures de mitigation précises pour palier au pire et pour que soit augmentée de manière significative la capacité d’intervention en cas de déversement accidentel d’hydrocarbures dans le golfe.

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Pour moi, Old Harry, c’est non pour une tonne de bonnes raisons :

  1. Parce que la voie des énergies fossiles n’est pas la voie à suivre pour un Québec plus vert et une planète plus en santé. Produire des énergies fossiles, c’est aller dans le sens de l’économie du XXe siècle, c’est creuser le problème des émissions de gaz à effet de serre (GES) qui sont de loin responsables des changements climatiques. On doit s’engager dans une voie qui nous amène à réduire nos émissions de GES, pas à les augmenter.
  2. Parce que les habitants des Îles, de Terre-Neuve et des côtes du golfe Saint-Laurent sont les premiers menacés par les effets de ces changements climatiques. Ces dernières années, ici aux Îles, on est frappé de plein fouet par ces effets et jusqu’ici, nous sommes laissés seuls face à leurs conséquences :  érosion accélérée des côtes, routes et infrastructures menacées… Et ce n’est que le début. Comme habitant du Québec et du Canada maritimes, notre responsabilité est d’aller vers un monde plus vert, pas d’ajouter à la production de GES.
  3. Parce que si des réserves existent, elles ne perdront pas de valeur avec le temps; au contraire. Donc, rien ne presse.
  4. Parce qu’actuellement, il n’y a pas de gestion intégrée du golfe, malgré que le golfe est un seul écosystème et que toutes les communautés côtières sont à risque avec le projet de forer le site de Old Harry, qu’il s’agisse de la portion terre-neuvienne ou de la portion québécoise de ce site. Puisque l’exploitation d’hydrocarbures dans le golfe du Saint-Laurent menacerait les cinq provinces frontalières du golfe, elle doit être décidée par les cinq provinces. En conséquence, leurs populations doivent être consultées correctement.
  5. Parce que « le golfe Saint-Laurent est un écosystème fragile, unique au monde, où tout incident pétrolier pourrait avoir des conséquences désastreuses ». Il faut noter que l’exploration est aussi dangereuse que l’exploitation, même plus, diront ceux qui s’y connaissent.
  6. Parce qu’encore une fois, nous constatons que l’évaluation environnementale stratégique en cours est menée par une firme qui a des intérêts dans l’industrie des énergies fossiles. Aussi, l’Office Canada-Terre-Neuve des hydrocarbures extra-côtiers est lui-même devenu un organisme qui fait la promotion de l’industrie pétrolière, alors qu’il a dans son mandat de protéger l’environnement. Nos inquiétudes sont vives quant à cette trop grande proximité des intérêts des organisations actuellement impliquées dans le processus, intérêts, bien sûr, en faveur de l’exploitation pétrolière.
  7. Parce que, dans l’ensemble des provinces frontalières du golfe et au niveau fédéral, une importante révision des normes et des lois entourant l’exploitation de nos ressources naturelles s’impose. Dans la dernière année, le gouvernement de M. Harper a considérablement affaibli l’encadrement législatif et réglementaire entourant ce genre de projet d’exploitation pétrolière en mer, notamment la loi sur la protection des océans. C’est inquiétant de constater que les gouvernements provinciaux sont silencieux là-dessus, à croire que ça fait leur affaire. Dans ce contexte, qui assure que les intérêts de la population soient pris en compte ?
  8. Parce qu’actuellement, les conditions ne sont pas réunies pour un encadrement environnemental adéquat. Les connaissances scientifiques actuelles sont loin d’être suffisantes pour une évaluation environnementale stratégique digne de ce nom, notamment sur la dynamique et les particularités du golfe Saint-Laurent (vent, températures, glaces…). Ces dernières années, les gouvernements fédéral et provinciaux ont détruit ou privatisé les ressources scientifiques indépendantes qui apporteraient une réelle crédibilité aux études qui sont nécessaires pour aller de l’avant. Notamment, le gouvernement du Canada a mis à pied ses scientifiques qui travaillaient sur ces questions. Ce n’est rien pour nous rassurer. Il sera long de reconstruire des ressources scientifiques indépendantes, libres des attaches qu’elles ont souvent aujourd’hui avec l’industrie.
  9. Actuellement, le cadre réglementaire et de partage des bénéfices découlant de l’exploitation des ressources naturelles non renouvelables est loin de permettre un réel partage de la valeur de ces ressources au bénéfice des Québécois et des Canadiens, et plus particulièrement des populations des régions où ces ressources se trouvent. Dans ces conditions, on ne peut pas aller de l’avant.
  10. Parce que les risques sont immenses pour les deux pôles socio-économiques des Îles et des communautés côtières du golfe Saint-Laurent que sont la pêche et le tourisme. À ce chapitre, les services écologiques rendus par le golfe Saint-Laurent pour les gens qui l’habitent dépassent les retombées économiques qu’on nous fait miroiter et qui ne sont souvent pas au rendez-vous pour les communautés côtières. Un exemple :  la Louisiane est à la fois l’État qui produit le plus de pétrole et un des États les plus pauvres des États-Unis. À ce chapitre, je veux faire entendre les grandes inquiétudes des pêcheurs sur les développements qui pourraient se faire à Old Harry. Je me rappelle, lors du lancement de la Coalition Saint-Laurent aux Îles, avoir entendu un pêcheur dire, de manière bien imagée : « Nous autres, on le sait :  une seule cuillerée à soupe de « fuel » et nos crustacés ne sont plus vendables sur le marché. » Ces propos sont corroborés par Émilien Pelletier, un scientifique de l’UQAR, qui nous a expliqué comment il fallait bien peu de pétrole pour que les crustacés, notamment, prennent le goût du pétrole et pour longtemps. Il y a un choix à faire :  les pêches et le tourisme ou le pétrole.
  11. Parce que l’actuel processus de consultation est carrément insatisfaisant.
  12. Parce que l’exploitation des hydrocarbures dans le golfe Saint-Laurent n’est pas sécuritaire. Les Îles occupent une situation à la fois stratégique et très exposée dans le golfe. Actuellement, avant même une exploitation du site de Old Harry, ce n’est pas sécuritaire du point de vue du trafic des pétroliers dans le golfe. Nous n’avons pas la capacité de faire face au déversement d’un seul de ces gros pétroliers. En plus, « La loi fédérale limite la responsabilité financière des entreprises pétrolières à 30 millions $ sur la côte est. S’il y a une marée noire, les contribuables pourraient hériter du reste de la facture (…) ». Il faut que les Îles et le golfe soient mieux protégés des risques que nous font courir les pétroliers qui naviguent chaque bord de l’archipel. Dans le contexte de la « consultation » d’aujourd’hui, il est aberrant que la compagnie Corridor Resources refuse de revoir son modèle de déversement pétrolier dans le golfe du Saint-Laurent, un modèle qui a pourtant été sévèrement critiqué par les autorités d’Environnement Canada et de Pêches et Océans Canada et par les groupes environnementaux. Que cette pétrolière fasse aussi peu de cas de la sécurité environnementale du golfe, c’est une attitude totalement inacceptable et inexcusable qui témoigne de l’arrogance et du mépris de cette compagnie pour le golfe et ses habitants, alors qu’elle demande l’autorisation d’exploiter nos ressources en faisant des trous dans le plancher sous-marin du golfe Saint-Laurent.
  13. Parce qu’actuellement, tout va beaucoup trop vite pour la capacité des populations, des municipalités et des groupes environnementaux – laissés à eux-mêmes, sans un financement qui leur permet de bien faire leur travail – de réagir.

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En conclusion, ni l’état actuel des connaissances scientifiques, ni le processus actuel de consultation, ni les conditions d’ordre légal, réglementaire, environnemental, fiscal et économique entourant le projet Old Harry ne sont en mesure d’offrir aux Madelinots, aux Québécois et aux habitants du golfe un encadrement digne de confiance et des retombées qui vaillent les risques encourus.

En conséquence, j’interpelle le maire des Îles, Joël Arseneau, la députée des Îles à l’Assemblée nationale du Québec, Jeannine Richard, le député de la Gaspésie-les Îles à la Chambre des Communes, Philip Toone, le ministre québécois de l’Environnement, M. Daniel Breton, et le ministre canadien de l’Environnement, M. Peter Kent, pour qu’ils fassent tout en leur pouvoir :

  • pour arrêter ce processus « bidon » actuellement mené par l’Office Canada-Terre-Neuve
  • pour qu’ils assurent la réelle prise en compte des intérêts des populations riveraines du golfe
  • pour qu’ils exigent une consultation digne de ce nom sous la forme d’un BAPE (nous parlons ici d’un BAPE réformé, pas du BAPE de ces dernières années, qui a perdu sa crédibilité) avant que quelque geste soit autorisé en matière d’exploration et d’exploitation dans le golfe Saint-Laurent, une consultation où toutes les connaissances scientifiques seront partagées, les intérêts exposés de manière transparente et les points de vue discutés.
  • pour qu’ils favorisent une décision prise d’un commun accord par les cinq provinces concernées par le projet Old Harry.
  • pour que cette décision soit celle d’imposer un moratoire sur toute exploration ou exploitation des hydrocarbures dans le golfe Saint-Laurent, le temps d’une génération.
  • pour que, quelle que soit la décision sur le projet Old Harry, on dispose aux Îles-de-la-Madeleine d’un centre d’intervention d’urgence en mer pour tout le golfe Saint-Laurent.

 

Publié par : Yvonne Langford | 24 juillet 2012

Mon blogue en pause, le temps d’une campagne électorale

Chers lecteurs, chères lectrices,

D’ici au terme de la prochaine élection au Québec, je mets mon blogue en veilleuse pour consacrer mes énergies à préparer et à mener ma campagne électorale en tant que candidate de Québec Solidaire aux Îles-de-la-Madeleine. Donc, je continuerai de soumettre des analyses et des idées, mais dans un contexte de campagne électorale.

L’intérêt que vous avez manifesté à l’égard de mon blogue stimule mon désir de contribuer aux débats lors de la prochaine campagne électorale.

Je vous invite à suivre ma campagne grâce à :
mon blogue de candidate de Québec Solidaire
ma page Facebook de candidate

– mon compte Twitter : @yvlangford

Au plaisir d’échanger avec vous.

 

Publié par : Yvonne Langford | 28 juin 2012

Rien pour donner confiance aux gens des Îles et du golfe

Des liens entre Genivar, l’industrie pétrolière et le Parti libéral du Québec :

RIEN POUR DONNER CONFIANCE AUX GENS DES ÎLES ET DU GOLFE

Depuis novembre 2011, les gens des Îles et du golfe Saint-Laurent ont été mis au courant de nouvelles qui sont venues éclairer les liens entre la firme de génie-conseil Genivar, l’industrie pétrolière et le Parti libéral du Québec. Rien pour rassurer.

Au début du mois de novembre 2011, les gens des Îles ont été au-delà de cent cinquante à assister à la tournée de « consultation publique » organisée aux Îles par la firme de génie-conseil Genivar responsable de « l’Évaluation environnementale stratégique sur la mise en valeur des hydrocarbures du golfe Saint-Laurent » (EES2).  Comme les Gaspésiens et les Nord-Côtiers avant eux, les Madelinots ont alors exprimé leur manque de confiance dans le processus de consultation et dans le rapport préliminaire qui leur a été soumis. Les gens des Îles comme des autres régions côtières se sont aussi montrés fort inquiets des enjeux de l’exploration et de l’exploitation des hydrocarbures du gisement Old Harry.

Un peu avant, la firme avait été mandatée par le gouvernement du Québec pour réaliser cette étude qui revêt une importance cruciale, puisque le gouvernement devrait se baser sur le rapport que lui remettra Genivar à l’automne 2012 pour franchir les prochaines étapes dans ce dossier.

Si nous avions su…

NOUVELLE

RÉFLEXION

Nous aurions dû savoir depuis le printemps 2011 que Genivar investissait dans l’industrie pétrolière en faisant l’acquisition « d’une entreprise spécialisée dans la conception et la gestion d’installations pétrolières et gazières » (réf. 1).En mars 2012, une autre transaction est venue confirmer cette orientation de l’entreprise (réf. 2). À preuve, une page de son site Internet est désormais consacrée à ce savoir-faire industriel de Genivar dans le pétrole et le gaz. Amir Khadir, député de Québec Solidaire, avait complètement raison quand il a soulevé le conflit d’intérêts dans lequel ces investissements plaçaient la firme de génie-conseil chargée d’étudier les risques liés à l’exploitation des gisements sous-marins de pétrole (réf. 1).  En effet, comment Genivar peut-il à la fois avoir des intérêts dans l’industrie pétrolière et être l’évaluateur des risques environnementaux d’un projet d’exploitation d’hydrocarbures dans le golfe? Que Nathalie Normandeau n’y voit aucun problème (réf. 3) n’a absolument rien pour nous rassurer.Le dossier Old Harry doit être traité en toute indépendance et ne présenter ni conflit d’intérêts ni apparence de conflit d’intérêts. Genivar ne doit tout simplement pas être impliqué dans le dossier.
En mai 2012, en pleine crise étudiante, nous avons appris qu’en avril 2009, deux vice-présidents chez Genivar avaient organisé, à titre personnel nous dit-on, une activité-bénéfice pour le Parti libéral du Québec. Ce petit déjeuner réunissait entre 15 et 20 participants, dont le mafioso Domenico Arcuri (réf. 4) et l’invitée-vedette de cette activité de financement :  Line Beauchamp, alors ministre de l’Environnement. Prix d’entrée (avant les dons volontaires) :  1000 $ par personne. Résultat :  61 500 $ dans les coffres du PLQ.Un des participants, l’ingénieur André-Martin Bouchard, est aujourd’hui vice-président environnement de l’entreprise Genivar. Voilà qui illustre de manière fort éloquente les liens entre les firmes et les partis politiques. Les deux y trouvent leur compte.Les dirigeants de Genivar participant généreusement à la caisse électorale de la ministre, l’entreprise, elle-même impliquée dans l’industrie pétrolière, peut espérer obtenir du gouvernement un positionnement fort avantageux. Le gouvernement libéral, quant à lui, met la table pour obtenir les conclusions dont il aura besoin pour aller de l’avant avec l’exploitation des hydrocarbures. N’écoutant que les généreux donateurs à sa caisse électorale, il appuiera sans faillir l’entreprise, même quand le conflit d’intérêts exposé plus haut sera exposé en plein jour (réf. 3).
Juin 2012 :  dans la foulée de la commission Charbonneau et du témoignage de Jacques Duchesneau , nous avons appris que Genivar figurait dans le top 5 des firmes de génie-conseil dont les employés et les proches avaient été les plus généreux envers les partis politiques, en particulier le Parti libéral du Québec. En dix ans, ses ingénieurs et autres employés ont versé 532 160 $ à la caisse des partis politiques québécois, essentiellement le PLQ et le PQ. Même que proportionnellement à leur nombre, ce sont les employés de Genivar qui, de toutes les firmes de génie-conseil, ont le plus contribué à la caisse du PLQ (réf. 5).Le Parti québécois a aussi profité de la générosité des ingénieurs québécois, récoltant 34 % des contributions liées à des firmes de génie-conseil. Duchesneau est d’avis que le financement populaire des partis politiques, c’est une grande hypocrisie (réf. 6). C’est que beaucoup de gens font comme si la pratique des prête-noms n’avait pas cours et que c’était un pur hasard si autant d’employés de Genivar donnaient si généreusement au PLQ. Mais personne n’est dupe. Il y a bel et bien convergence d’intérêts. « Tu donnes à mon parti et je serai sensible aux intérêts de ton entreprise. » « Je donne à ton parti et je m’attends à ce que tu aies bien compris ce que je t’ai confié dans le creux de l’oreille. »Ici, ces intérêts privés s‘articulent entre la ministre de l’Environnement et une entreprise à la recherche d’opportunités d’affaires. L’une veut de l’argent pour sa caisse électorale. L’autre veut des contrats et du chiffre d’affaires, en particulier dans l’exploitation des ressources naturelles. Voilà qui devrait pouvoir s’arranger.

Quelles leçons faut-il tirer de ces événements ?

  • À juste titre, ces nouvelles ne font qu’ajouter aux inquiétudes des citoyens sur l’ensemble de l’opération en cours entreprise par le gouvernement du Québec avec l’aide de la firme mandataire visant l’exploitation des hydrocarbures autour des Îles. L’attitude responsable dans les circonstances, c’est de garder une attitude critique et, compte tenu de ce qu’on apprend, de ne pas accorder notre confiance aux gens qui pilotent le dossier.
  • Qui aurait cru que même aux Îles, les questions politiques actuelles liées à l’attribution des contrats publics et au financement des partis politiques nous rattraperaient. En tant que Madelinot, on ne peut plus croire que cette proximité d’intérêts entre l’actuel gouvernement du Québec et les entreprises privées impliquées dans l’exploitation de nos ressources ne nous touche pas.  Y compris pour des enjeux nous concernant ici aux Îles, l’argent peut acheter l’oreille d’un ministre libéral et du gouvernement dont il fait partie.
  • Il ne faut pas se faire d’illusion sur notre capacité comme citoyen, aussi avisés que certains d’entre nous puissent être, d’influencer les Genivar, ministres et autres décideurs et entreprises privées en « faisant leur éducation » pour les amener à se rendre compte des dangers de l’exploitation des hydrocarbures dans le golfe Saint-Laurent. Cette attitude candide fait l’impasse sur les intérêts communs de ces entreprises et du gouvernement en place. Qu’on se le dise :  actuellement, ce sont ces intérêts qui priment et qui dictent la conduite du gouvernement. Pour prendre des décisions éclairées quant à ce qu’il convient de faire dans ce dossier, un gouvernement vraiment au service de l’intérêt public, mais aussi les citoyens, ont absolument besoin du savoir scientifique pour éclairer les enjeux de cette éventuelle exploitation des hydrocarbures dans le golfe. C’est pourquoi il faut exiger que toutes les recherches scientifiques nécessaires soient conduites, dirigées par des organismes et des institutions publiques autonomes face au gouvernement et aux entreprises, neutres et sans partis-pris, comme doivent l’être les scientifiques dignes de ce nom. C’est à ce prix que les citoyens pourront regagner un peu de confiance. C’est pour ça qu’il faut continuer d’exiger un BAPE véritable où les citoyens pourront questionner la recherche scientifique.
  • À un niveau encore plus politique, lors de la prochaine élection, faisons tout ce que nous pouvons pour décourager nos parents et amis de voter libéral, ce parti qui confond ses intérêts et les intérêts des entreprises privées qui le financent, et ce, au détriment de l’intérêt public. Et encourageons les partis politiques qui se mettent au service de l’ensemble de la population, qui se portent à la défense du bien commun et de la qualité de l’environnement et qui appuient leurs positions et leurs actes sur des avis émis par des institutions neutres et indépendantes. Pour moi, le parti qui incarne le mieux cet idéal politique, c’est Québec Solidaire. Pourquoi cela ne peut-il pas être le Parti québécois ? Parce qu’historiquement, le PQ fait plus partie du problème que de la solution. N’est-ce pas le PQ qui, drastiquement, a préparé la situation dans laquelle le Québec est englué en dégarnissant les institutions publiques et les ministères de leur expertise et en ouvrant très largement les portes du gouvernement aux ruineux consultants de tout acabit ? N’a-t-il pas profité lui-même, même si c’est dans une mesure moins importante, de la pratique des prête-noms pour contourner les règles et se financer à même les entreprises privées, alors qu’il aurait pu agir pour resserrer la loi sur le financement des partis ? Il faut changer les choses plus loin que l’alternance.

Références

  1. « Genivar est en conflit d’intérêts selon Amir Khadir », communiqué de Québec Solidaire, 20 avril 2011, adresse web : http://www.quebecsolidaire.net/genivar_est_en_conflit_d%E2%80%99interets_selon_amir_khadir
  2. PC, « Genivar achète GRB engireering », Le Devoir, 2 mars 2012, adresse web :  http://www.ledevoir.com/economie/actualites-economiques/344048/en-bref-genivar-achete-grb-engineering
  3. SHIELDS, Alexandre, « Contrat d’évaluation environnementale – Pas de conflit d’intérêts chez Genivar, assure Nathalie Normandeau », Le Devoir, 20 avril 2011, adresse web :  http://www.ledevoir.com/politique/quebec/321552/contrat-d-evalutation-environnementale-pas-de-conflit-d-interets-chez-genivar-assure-nathalie-normandeau
  4. NOËL, André, « Un invité embarrassant », La Presse, 2 mai 2012, adresse web :  http://www.lapresse.ca/actualites/quebec-canada/politique-quebecoise/201205/01/01-4520935-un-invite-embarrassant.php
  5. « Financement des partis :  des ingénieurs généreux », Radio-Canada, 21 juin 2012, adresse web : http://m.radio-canada.ca/nouvelles/Politique/2012/06/21/002-firmesgenie-financement-partis.shtml
  6. « Le financement public des partis politiques est une grande hypocrisie, dit Duchesneau », Radio-Canada, 19 juin 2012, adresse web :  http://www.radio-canada.ca/nouvelles/societe/2012/06/19/002-commission-charbonneau-mardi.shtml
Publié par : Yvonne Langford | 22 mai 2012

La politique, mon père et moi

Ces dernières semaines, la crise politique et sociale provoquée par la réaction du gouvernement Charest au mouvement des étudiants québécois a happé l’attention, la vôtre comme la mienne. Écrire un papier de plus sur le sujet n’aurait probablement pas ajouté grand-chose à tout ce qui s’est exprimé là-dessus. D’un autre côté, parler d’autre chose alors que le conflit  s’exacerbait, cela me paraissait carrément indécent.

Bien des analystes ont fait remarquer le caractère historique de l’événement. Je suis d’accord avec eux. Nous n’avons pas fini de voir les changements profonds autour de ce qui pourrait devenir un événement phare de l’histoire du Québec. Alors qu’on s’attriste de la réaction du gouvernement Charest, réaction caractérisée par la fermeture, le mépris, la condescendance et la répression, on a des raisons de se réjouir, ne serait-ce que pour le formidable réveil politique provoqué par cette jeunesse intelligente, inventive, déterminée, engagée et solidaire.

Les événements de ces 100 derniers jours font que je suis à l’affût des changements profonds déjà induits ou rendus plus visibles grâce à cette crise, comme notre relation politique, à mon père, Raoul, et moi.

LA POLITIQUE, MON PÈRE ET MOI

D’aussi loin que je me souvienne, mon père s’est intéressé à l’actualité politique. C’est en faisant comme lui que, très jeune, j’ai commencé à écouter les nouvelles et à suivre les élections et les courses à la chefferie des partis politiques comme d’autres suivent le hockey.

Aussi loin que je puisse remonter dans le temps, mon père a été libéral et fédéraliste. Je ne me souviens pas de sa réaction à l’élection du PQ le 15 novembre 1976, mais à l’époque – j’avais 16 ans – je me rappelle avoir été transportée par cette victoire prometteuse. Le référendum du 20 mai 1980 a constitué notre premier froid politique. Au fond, je crois que mon père était tout simplement soulagé que les Îles restent dans le Canada. Le non à cette première invitation faite aux Québécois de réaliser l’indépendance du Québec, c’était ma première vraie défaite politique, de celles qui font mal. J’ai interprété ce premier désaccord politique profond, exposé avec retenue de part et d’autre, comme un conflit de générations. Mon père, comme les autres de sa génération, était libéral et fédéraliste. Moi, plus jeune d’une génération, j’étais de gauche et souverainiste.

Depuis, l’un et l’autre, nous savions très bien que nous n’avions pas les mêmes positions. Nous avons continué de discuter politique, mais en faisant bien attention de ne pas heurter nos opinions au-delà d’un certain seuil. Pas question de se chicaner de manière irrémédiable à cause de la politique. Il s’agissait plus d’exprimer nos positions respectives que d’essayer de convaincre l’autre. Après tout, nous avons en commun notre intérêt pour la politique et les affaires publiques. Il a sans doute longtemps cru que j’étais restée péquiste, beaucoup plus longtemps que je ne l’ai été en réalité ; en effet, depuis plusieurs décennies, pour moi, les libéraux et les péquistes, à bien des égards, c’était blanc bonnet et bonnet blanc. De mon côté, j’étais convaincue que mon père était de ceux qui étaient nés libéral et qui mourraient libéral.

* * * * *

Au milieu des années 2000, le scandale des commandites lui a fait plus de mal qu’à moi. Des années plus tard, il n’a toujours pas pardonné à Jean Chrétien et au Parti libéral du Canada d’avoir été malhonnêtes à ce point. Je comprends que, pour lui, ce fut une sorte de trahison. Désormais, il fait partie des anciens libéraux qui ne votent plus libéral au fédéral.

Au Québec, les affaires de corruption et de collusion révélées par les médias et les premières enquêtes policières lui font dire que Jean Charest est en train de faire la même chose avec le Parti libéral du Québec :  le détruire. Alors qu’auparavant, il aurait, me semble-t-il, trouvé toutes les raisons du monde de justifier les décisions et les positions du PLQ, voilà que, ces derniers temps, il a lâché ce parti. Peut-être est-ce davantage le PLQ qui a trahi ses plus fidèles électeurs, comme mon père, en faisant fi des règles morales dans la conduite des affaires de l’État.

* * * * *

J’ai toujours eu du respect pour ceux qui, comme mon père, ont voté libéral au moment où le Canada et le Québec ont mis en place l’État providence, un État plus juste et plus soucieux des autres. Mes parents ont toujours eu un grand respect pour un député comme Charles Cannon (premier député fédéral libéral du comté alors autonome des Îles-de-la-Madeleine de 1949 à 1958). Le député Cannon a notamment fait en sorte que les pêcheurs puissent bénéficier de l’assurance-chômage. Dans le même esprit, durant le long règne de Duplessis, voter libéral, c’était appuyer des mesures comme celles prises par Adélard Godbout ; par exemple, le vote des femmes, le droit à la syndicalisation et l’éducation gratuite au primaire. Au début des années soixante, voter libéral, c’était appuyer la nationalisation de l’électricité, la séparation de l’Église et de l’État, la création de la Commission Parent (avec tout ce qui en découlera) et de la Caisse de dépôt et placement, et j’en passe. En y réfléchissant bien, l’action de ces gouvernements qui ont bâti le Québec moderne a carrément métamorphosé la vie de familles comme celle de mon père (dix enfants), tant pour ce qui est du travail, du niveau de vie, que de l’éducation, la santé, etc.

Cet État que les libéraux de Godbout, St-Laurent et Lesage ont bâti, les libéraux de Jean Charest et les conservateurs de Stephen Harper sont en train d’essayer de le mettre en pièces. En plus de chercher à détruire ce que les générations comme celles de mon père ont bâti, ces gouvernants d’aujourd’hui cherchent à antagoniser les citoyens :  travailleurs contre étudiants, gens des régions contre urbains, vieux contre jeunes… Ils n’hésitent pas non plus à recourir à des procédés malhonnêtes pour arriver à leurs fins.

* * * * *

J’ai un profond respect pour ceux qui, parmi les libéraux traditionnels comme mon père, constatent l’inacceptable et se révèlent capables de remettre en question leur fidélité au Parti libéral du Québec. Désormais, à chaque élection, provinciale comme fédérale, mon père prend le temps de réfléchir avant de décider à quel parti ou à quel candidat il donnera son vote. Et la prochaine fois, il ne votera pas pour les libéraux, ça, j’en suis certaine.

Au-delà des enjeux en cause dans ce mouvement de grève étudiante – les frais de scolarité universitaires –, la manière dont le premier ministre Charest traite cette crise sociale révèle la véritable nature de ce gouvernement sans morale politique et démocratique.

En cela aussi, cette grève est historique.

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On l’a dit et redit :  la grève étudiante est historique à plusieurs égards :  sa durée, son ampleur, les enjeux qu’elle soulève, l’imagination sans bornes des jeunes… Mais elle est aussi historique par le traitement bassement électoraliste qu’en a fait le gouvernement Charest.

En effet, on n’aura jamais vu un gouvernement ignorer à ce point les appels criants de sa jeunesse. Que ni l’ampleur ni la durée du mouvement n’ait abouti à ce que le gouvernement Charest daigne seulement s’asseoir pour parler avec les représentants de ce mouvement, c’est tout simplement ahurissant. Et insultant, comme le disait justement Martine Desjardins, présidente de la FEUQ.

Au lieu de traiter ces jeunes comme les interlocuteurs légitimes, responsables et sensés qu’ils sont, le gouvernement Charest a tout fait pour les réprimer, à coup de matraques, d’amendes salées, de gaz lacrymogènes, d’arrestations…

Il a aussi tout fait pour discréditer leur discours pourtant beaucoup plus solide que la pitoyable rhétorique libérale. Pour arriver à leurs fins, la ministre Beauchamp et son gouvernement ne dédaignent pas triturer les faits. Des exemples. Il n’y a pas de gel de frais de scolarité depuis 2007. Le mouvement actuel ne réclame pas la gratuité, mais le retrait de la hausse de 75 % décrétée par ce gouvernement. Les étudiants qui ont voté contre la grève ne sont pas nécessairement pour la hausse des frais de scolarité, loin s’en faut. Et en tentant d’amener les Québécois dans une logique de calcul individualiste, le gouvernement libéral a voulu nous faire croire que les étudiants se comportaient de manière égoïste (la « juste part »), alors que leur lutte est solidaire.

Nos gouvernants sont même allés jusqu’à mettre en doute le caractère démocratique des décisions des étudiants. De la part d’un gouvernement qui fait l’objet d’une enquête pour corruption et pour financement occulte, faut le faire !

Ces piètres politiciens ont eux-mêmes mis en scène la contrepartie, soutenant et n’écoutant qu’un mouvement – le mal nommé Mouvement des étudiants socialement responsables du Québec, d’abord formé de jeunes libéraux, puis de quelques milliers d’étudiants frustrés – créé de toutes pièces pour faire croire qu’un mouvement valait l’autre. Ensuite, leurs exécuteurs de basses œuvres ont encouragé les étudiants à ne pas respecter les décisions prises démocratiquement en assemblée et à entamer des recours judiciaires. Belle leçon de démocratie servie par des politiciens cyniques et indignes de leur fonction.

Finalement, ces jours-ci, le gouvernement essaie de forcer un retour en classe en faisant pression sur les directions de collèges, celles-là mêmes qui non seulement reçoivent annuellement de ce gouvernement leur « bonus à la performance », mais aussi qui, pour maintenir en vie les institutions qu’elles représentent, sont forcées de mendier des fonds pour contrer les coupures dramatiques opérées dans les cégeps année après année. Dernière stratégie :  la ministre essaie de renverser la pression en la mettant sur les directions d’établissements et les enseignants, allant jusqu’à exiger que les directions passent outre les lignes de piquetage et que les profs donnent leurs cours, peu importe que les étudiants y assistent ou pas. Édifiant comme discours de la ministre de l’Éducation! Encore heureux que les enseignants aient une conscience pédagogique un peu plus élevée que la ministre elle-même.

Depuis le début, le gouvernement Charest n’a fait preuve d’aucune écoute ni d’aucun respect à l’égard des étudiants. Que du paternalisme, de l’ignorance et du mépris. Pourtant, face à toute cette hargne exprimée par le gouvernement du Québec, les étudiants continuent.

En cela aussi, cette grève est historique.

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Depuis le début, à aucun moment ce gouvernement n’aura démontré une réelle préoccupation pour la paix sociale, le respect de la démocratie ou les impératifs éducatifs, des devoirs pourtant élémentaires de la part de tout gouvernement digne de ce nom. À la fois juge et partie dans ce conflit, n’écoutant que les sondages et ceux qui s’en prennent aux étudiants grévistes, il n’en a que pour son calcul électoraliste visant à se donner l’image d’un gouvernement déterminé. Sourd à toute tentative de médiation ou des propositions de solutions qui sont venues de toutes parts, il a du même coup abandonné ses responsabilités de fiduciaire de l’État. Indifférent aux conséquences à long terme de ses gestes et à leur teneur morale et ne dédaignant pas de recourir à des stratégies bas de gamme, il analyse et agit à courte vue et s’assoit sur son pouvoir pour gagner à tout prix ce bras de fer avec les étudiants.

En cela aussi, cette grève est historique.

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Dans la vie en général – et c’est encore plus vrai en éducation -, ce qui compte, c’est non seulement ce qu’on fait, mais la manière dont on le fait. Et la manière dont le gouvernement Charest « gère » ce conflit, c’est de l’abus de pouvoir. Pour moi, ce gouvernement dirigé par un conservateur ne vaut pas mieux que le gouvernement Harper en matière d’éthique démocratique, se comportant comme si être élu lui donnait tous les droits et tous les pouvoirs. Faisons en sorte que le Parti libéral du Québec, ce champion fossoyeur d’espoir, ce parti sans scrupule, sans éthique, sans sens de l’honneur, quitte définitivement la scène politique québécoise dans les mois qui viennent.

Peu importe l’issue du conflit, les étudiants se sont montrés infiniment plus dignes du pouvoir qu’ils se sont donné, plus riches et convaincants dans leur discours, plus intelligents dans leurs stratégies et plus éthiques dans leurs gestes. En tout, ils ont fait preuve d’une compréhension bien plus élevée de la chose politique et d’une vision bien plus inspirante de la société québécoise. Il est là, l’espoir.

En cela aussi, cette grève aura été historique.

Publié par : Yvonne Langford | 8 mars 2012

J’appuie les étudiants des Îles en grève

Aujourd’hui, je veux saluer les étudiants et étudiantes du Campus des Îles qui, en étant en grève depuis le 27 février dernier, se portent courageusement à l’avant-garde de la lutte contre la hausse des frais de scolarité et pour l’accès aux études universitaires. Je veux aussi vous encourager, Madelinots et Madeliniennes, à appuyer leurs revendications et les moyens de pression qu’ils ont démocratiquement choisi d’exercer de toutes les manières que vous le pourrez.

Cette action de protestation partagée à l’heure qu’il est par au-delà de cent mille étudiants et étudiantes à travers le Québec me semble prendre une signification plus forte et plus porteuse d’espoir ici. Que 150 étudiants des Îles soient en grève, on pourrait penser que ça ne fera pas la différence. Leur force n’est pas dans leur nombre, mais dans le message qu’ils envoient à notre député, au gouvernement et au Québec tout entier. Les études universitaires leur coûtent plus cher et l’endettement qui suit les études est souvent plus lourd pour eux que pour les autres Québécois. Ils n’adoptent pas pour autant une attitude de quêteux en invoquant leur situation particulière, mais s’associent aux étudiants québécois pour réclamer le retrait de la hausse annoncée des frais de scolarité. Ils appuient ainsi une mesure universelle et progressiste assurant un meilleur accès à l’université pour tous les Québécois et toutes les Québécoises.

Ils sont en grève. Ils font bien ça. J’admire leur geste. Ils ont tout mon appui.

* * * * *

Un moyen parmi d’autres pour les appuyer, c’est de signer la pétition sur le site de l’Assemblée nationale (cliquez sur le lien en rouge pour vous y rendre).

Aussi, je partage avec vous des réflexions intéressantes sur cette grève étudiante disponibles ici et là sur Internet. N’hésitez pas à nous en suggérer d’autres.

« La mobilisation étudiante qui prend forme au Québec autour d’une radicale hausse des droits n’a rien d’un caprice d’enfants-rois.  L’appel à la grève générale illimitée n’est pas la reprise d’un classique pour abonnés au farniente. Il s’agit du seul moyen disponible pour ébranler un gouvernement acharné, intraitable et indifférent aux questions d’inégalités sociales » CHOUINARD, Marie-Andrée, « Droits de scolarité – Avant-goût électoral », Le Devoir, 16 février 2012.

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En novembre dernier, j’avais publié un article contre cette décision injuste, et plus injuste encore pour les jeunes et toute la communauté des Îles. Je persiste et je signe!

Publié par : Yvonne Langford | 1 mars 2012

Un maire accusé : que peut-on en penser ?

En refusant de se retirer, Joël Arseneau a raté une bonne occasion de regagner du respect auprès de la population des Îles en démontrant qu’il savait protéger les intérêts supérieurs de la municipalité et répondre aux devoirs de sa charge de maire. Mais puisqu’il ne l’a pas fait, voici ce que je pense…

… du paiement des frais d’avocat encourus pour sa défense :

  • Si Joël Arseneau en est là, c’est parce qu’il n’a pas remboursé la municipalité pour les sommes dues dans un délai raisonnable. Il était personnellement responsable d’agir autrement. En conséquence de cette responsabilité, Joël Arseneau doit payer ces honoraires.

… du son retrait de la fonction de maire des Îles :

  • étant donné que l’affaire dans laquelle il est impliqué affaiblit non seulement la fonction de maire, mais l’institution municipale elle-même,
  • étant donné que Joël Arseneau associe faussement le fait de s’écarter de cette fonction à un aveu de sa culpabilité,

le conseil municipal devrait lui faciliter la tâche en exigeant qu’il se retire, le temps des procédures. Ainsi, le conseil municipal ne conclura pas à sa culpabilité ;  il reconnaîtra seulement que la situation est devenue trop inconfortable pour le maire lui-même comme pour l’institution municipale. S’il est déclaré innocent des charges qui pèsent contre lui, Joël Arseneau récupérera aussitôt sa pleine charge de maire.

 En s’appuyant sur la présomption d’innocence, un des principes les plus importants de notre droit criminel, jusqu’au jugement de cette affaire ou jusqu’à la fin de son mandat, la municipalité devrait lui verser la rémunération qu’il aurait touchée en tant que maire.

Comment en suis-je venue à ces conclusions ? Tout en le comprenant, j’ai cherché à dépasser le sentiment de colère et d’indignation de citoyens, ou pire encore, leur cynisme. J’ai essayé, le temps d’une réflexion, de faire place à la raison.

Un bref rappel des faits (pour ceux qui en ont besoin)

On a d’abord appris, en octobre 2010, que Joël Arseneau, maire des Îles, avait fait défaut de rembourser la municipalité des Îles pour des frais encourus pour sa participation au sein d’instances régionales et provinciales qu’il avait portés à la carte de crédit de la municipalité entre 2007 et 2010, montants pour lesquels il avait été remboursé par ces organismes, mais pour lesquels il n’avait pas remboursé la municipalité qui n’avait pas à acquitter ces dépenses. Plusieurs montants ont circulé :  19 300 $, 21 000 $, 26 000 $…  Lorsque l’affaire est sortie dans les médias, le maire a reconnu avoir « fait preuve d’insouciance » et a dit qu’il avait tout remboursé, c’est-à-dire les montants en cause et les intérêts, sous-entendant que l’affaire était réglée et classée.

Le jeudi 23 février 2012, on a appris que le maire faisait face à des accusations criminelles de fraude et de vol. Depuis, il a démissionné d’organismes sur lesquels il siégeait (Fédération québécoise des municipalités et Fédération canadienne des municipalités), mais il refuse de renoncer à ses fonctions de maire. Le lundi 27 février, il a réitéré qu’il entendait continuer à agir comme maire et il nous a appris que la municipalité des Îles allait couvrir les frais d’avocat encourus pour sa défense.

Une plainte est toujours en traitement au ministère des Affaires municipales.

Les questions éthiques en cause dans cette affaire

Pour ce qui est des charges criminelles qui pèsent contre lui, charges qui ne sont pas anodines, il ne m’appartient pas d’en juger, pas plus qu’à vous d’ailleurs. Comme tout accusé, Joël Arseneau a droit à un procès juste et équitable devant un tribunal impartial. La Couronne, qui accuse M. Arseneau, est responsable de faire la preuve de sa culpabilité et il appartiendra au tribunal de juger s’il est coupable ou innocent des deux crimes dont il est accusé. Et d’ici là, il faut que ce soit clairement établi :  tous, nous avons l’obligation de respecter un des principes fondateurs de notre système de justice :  la présomption d’innocence.

Cependant, deux autres faits posent selon moi des questions d’ordre éthique :  le fait que Joël Arseneau continue d’occuper ses fonctions de maire et la décision qu’il a communiquée indiquant que les honoraires des avocats chargés de sa défense seraient à la charge de la municipalité.

* * * * *

Pour ce qui est de l’affaire portée à la connaissance du public en 2010, Joël Arseneau n’a pas lui-même reconnu sa faute, assimilant cette situation à une simple affaire de paperasses administratives. Aujourd’hui, il semble présenter le remboursement des sommes dues et des intérêts comme classant l’affaire. Peut-on convenir que sa responsabilité pour ses actes passés reste entière et qu’il doit en assumer les conséquences, y compris le jugement des citoyens?

Pour ce qui est des accusations criminelles portées contre M. Arseneau, il faudrait se garder de conclure, comme on l’a entendu ici et là depuis le 23 février, que tout le système de justice est corrompu au point qu’il serait devenu un instrument politique au service de sombres complots. Comment croire que les enquêteurs, les procureurs de la Couronne et les juges soient guidés par de tels intérêts ? Cette gravissime vision des choses dépasse l’entendement.

En tant que maire, Joël Arseneau n’a-t-il pas un devoir de montrer l’exemple, de demander d’être traité comme on traiterait tout autre élu ou employé dans les mêmes circonstances ? Plusieurs employés municipaux ont le sentiment que s’ils avaient eux-mêmes manqué à leur devoir de remettre à la municipalité d’importantes sommes dues sur une période aussi longue ou que s’ils étaient accusés d’avoir fraudé et volé la municipalité, ils ne seraient pas traités comme monsieur Arseneau décide de traiter l’affaire qui l’implique lui-même. En restant à son poste, quel message le maire envoie-t-il aux autres élus et à tous les employés de la municipalité ?

Joël Arseneau est actuellement la personne au sommet de la hiérarchie municipale madelinienne. Il entre dans les bureaux de l’hôtel de ville comme le supérieur en chef. Sa présence à la mairie ne menace-t-elle pas l’intégrité du processus judiciaire en cours ? Comment être certain à 100 % qu’il n’exerce pas, en lien avec cette affaire, une influence indue sur la fonction publique municipale, alors même qu’il est accusé d’avoir frustré la municipalité d’une somme d’argent « (…) par la supercherie, le mensonge ou autre moyen dolosif (…) » (extrait des actes d’accusation) ? Par exemple, peut-on imaginer que certains employés, y compris ceux et celles qui pourraient être appelés à témoigner, pourraient éprouver un malaise dans la situation? L’indépendance et la tranquillité d’esprit dont ils ont besoin pour bien faire leur travail dans les circonstances passent par le retrait du maire.  Concrètement, quelles mesures la municipalité prend-elle pour garantir la sauvegarde des intérêts de la municipalité, prétendument lésée dans cette affaire ?

Comment peut-on être certain que Joël Arseneau pourra, durant les procédures, se placer dans une position d’impartialité, au-dessus de ses intérêts personnels, dans toutes les affaires dans lesquelles il sera impliqué à titre de maire ?  La municipalité n’a-t-elle pas l’obligation de se garder non seulement du conflit d’intérêt, mais de l’apparence de conflit d’intérêt ? L’autorité des devoirs oblige ceux et celles qui ont choisi librement d’occuper des responsabilités publiques de placer les exigences de leur charge au-dessus de leurs motivations et de leurs intérêts personnels. Protéger la municipalité en fait partie.

Lorsque Joël Arseneau s’exprime publiquement comme lors du point de presse du 27 février dernier, est-il le porte-parole de ses intérêts ou de ceux de la municipalité des Îles ? Comment peut-il être à la fois porte-parole de lui-même et de la municipalité, réputée lésée dans cette affaire ?

Les décisions de rester en fonction et de faire payer les frais juridiques par la municipalité que Joël Arseneau a communiquées à l’occasion de son point de presse du 27 janvier relèvent-elles de Joël Arseneau lui-même ou du conseil municipal ? Le conseil municipal a-t-il tenu des rencontres à huis clos où ces deux éléments ont été discutés ? M. Arseneau y participait-il ? Et dans quel sens la haute fonction publique municipale a-t-elle conseillé le conseil municipal ? Des décisions en rapport avec cette affaire ont-elles été prises lors de ces rencontres ? M. Arseneau a-t-il voté sur des propositions en lien avec cette affaire ? Quelle a été la position de chacun des conseillers municipaux ? Le citoyen a-t-il pu être témoin des délibérations de son conseil municipal à ce sujet ? Si des « décisions » ont été prises, ne sont-elles pas invalides, étant donné qu’il n’y a eu aucune séance publique de la municipalité depuis le dépôt des accusations et que la loi oblige les municipalités à tenir des séances publiques ? Nous parlons ici de démocratie et de transparence, les thèmes sur lesquels le maire s’est fait élire.

Le maire dit qu’il va consacrer ses énergies à préparer sa défense ;  comment peut-il être en même temps pleinement et entièrement disponible à défendre les intérêts de la municipalité ?

La municipalité a-t-elle demandé un avis juridique sur la question des frais juridiques occasionnés par cette affaire ?  Si oui, l’avocat qui lui a donné cet avis juridique est-il le même que celui qui défend les intérêts de l’accusé Joël Arseneau ? L’avis du ministère des Affaires municipales a-t-il été demandé sur cette question ?

Si toutes les interprétations vont dans le sens de l’interprétation communiquée par le maire au sujet de la responsabilité de la municipalité de payer ses frais juridiques, peut-on convenir que cette disposition de la Loi sur les cités et villes (articles 604.6 et 604.7) serait aberrante, puisqu’elle obligerait les citoyens à payer les frais juridiques de politiciens exerçant potentiellement leurs activités criminelles à leurs dépens? Dans l’hypothèse où il serait jugé coupable, ne serait-il pas absurde de constater que la municipalité aurait payé pour défendre un individu qui l’aurait fraudée ou volée ?

L’avocat qui défend les intérêts de Joël Arseneau est-il le même que celui qui défend les intérêts de la municipalité ?  Si oui, comment est-ce possible que l’avocat de la municipalité défende les intérêts d’une personne accusée de fraude et de vol à l’endroit de cette même municipalité ? Pendant ce temps, quel avocat assure la défense des intérêts de la municipalité ?

Comme institution, la municipalité est en relation avec un ensemble d’organisations et d’institutions elles aussi soumises à la loi, à des règles et à des normes.  Comment est-il pensable que l’institution municipale garde sa crédibilité dans les circonstances ? Qu’en serait-il si l’accusé était un directeur d’entreprise, un enseignant, un ministre ? Le fait que le maire reste en poste ne contribue-t-il pas à donner prise aux insinuations malheureuses selon lesquelles d’autres élus ou employés pourraient avoir spolié la municipalité ? Mettez-vous un instant à la place des employés municipaux et des élus ;  n’est-il pas injuste que la rumeur publique fasse retomber sur eux les accusations portées à l’endroit du maire ?

Comment les citoyens peuvent-ils maintenir un lien de confiance avec leur maire, un lien déjà durement éprouvé par son inconduite vis-à-vis du bien public ? Et comment le maire peut-il continuer de présider aux décisions de la municipalité alors que, de toute évidence, une bonne partie des citoyens se questionne sur son intégrité ?

Une conclusion qui ne m’appartient pas

Alors que les affaires de manquement aux devoirs de leur charge par des autorités publiques semblent se multiplier, on peut s’encourager en remarquant qu’on n’a jamais autant parlé d’éthique. Mais en parler ne suffit pas ;  il faut aussi y réfléchir à deux fois avant de poser des gestes, avant de prendre des décisions.

Chers lecteurs de ce blogue, merci d’accueillir cet article comme une petite contribution à la réflexion autour de cette affaire qui fait tant jaser. Tout le monde en parle, c’est vrai, mais nous avons justement le devoir d’en discuter. Merci de m’avoir lu et de continuer à faire évoluer ces idées au gré de vos propres réflexions.

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