Publié par : Yvonne Langford | 28 décembre 2018

La peur du noir

Quand j’entre au Loutcha, il fait encore jour. Je suis avide de connaître ce restaurant tenu par des Cap-Verdiens. Pendant que je feuillette les cinquante pages du menu, que je commande un mafé poulet, que je le reçois et que je le mange, l’obscurité gagne le dehors. Comment n’y ai-je pas pensé ? Je sais pourtant qu’en Afrique de l’Ouest, le soleil tombe vite, à peu près toujours à la même heure, et que la nuit est peu éclairée.

Seule à ma table, j’étire mon repas. Mes pensées divaguent. Je veux être rassurée. Ce que je vois me divertit et m’apaise : l’atmosphère joyeuse et détendue des conversations, le bal des serveuses plus colorées les unes que les autres, les beaux Sénégalais, la décoration clinquante de ce restaurant familial populaire, les poissons dans l’aquarium géant. Puis, tout me ramène au danger qui me guette. À l’idée de m’engouffrer dans le noir Dakar, j’ai peur.

Le jour, je me pense à l’aise dans ces rues. Le jour, je m’y promène avec une attitude que je veux indifférente pour paraître moins vulnérable à toutes les sollicitations possibles et impossibles comme autant de pièges tendus à la toubab que je suis. Le jour, je vois les gardes de sécurité postés un peu partout aux abords des banques, des hôtels, des immeubles. Le jour, ma plus grande difficulté, c’est de me défaire des Dakarois baratineurs ; ils sont collants, achalants, mais pas dangereux. La nuit, qu’en est-il ? Je n’en ai aucune idée.

J’essaie de contenir mon anxiété. À quel point la rue sera-t-elle sombre quand je sortirai ? Quels dangers me menacent réellement ? Des voleurs ? Des agresseurs ? Des violeurs ? Comment rentrer ? Mon hôtel n’est-il pas situé un peu loin pour m’y rendre à pied de nuit dans ce Dakar que je connais à peine ? Combien de temps cette marche me prendra-t-elle ? Quinze minutes ? Dix, si j’y vais d’un pas rapide ? Encore devrai-je retrouver mon chemin à travers les rues sombres, moi qui ai le don de me perdre en plein jour dans ce quartier du Plateau qui m’apparaît comme un labyrinthe. Je parviens mal à gagner en confiance. Je ne suis peut-être pas cette femme forte et libre que beaucoup voient en moi. Et ce soir, l’amour romantique que j’éprouve, depuis mon arrivée en terre africaine, pour le continent au grand complet ne m’aide pas à grand-chose.

Le trajet me semble court pour prendre un taxi. Prompts à solliciter tout client potentiel, les taximans ne se feraient pas prier pour m’embarquer, encore moins si j’acceptais sans discuter le montant proposé pour la course. Ce serait l’option facile. Je la rejette. J’aurai souvent à me déplacer seule dans les pays du Sud. Je me refuse à voyager à moitié enfermée, la peur au ventre. Ou à laisser la peur gagner, à m’arrêter de courir le monde, à m’empêcher de vivre.

Que j’aimerais, ce soir, être accompagnée par un Sénégalais beau et fort ! Ce ne sont pourtant pas les propositions qui manquent.

Je devrai bien finir par sortir. Je paye et je quitte le Loutcha. Sur le pas de la porte, j’hésite. Je me sens nerveuse. Mon cœur palpite. Mon ventre se noue. Je n’arrive plus à réfléchir. Tête première, je plonge dans la nuit.

* * *

Je connais la nuit noire, pourtant. J’habite une contrée loin de tout. La nuit est toujours là, étoilée, lumineuse, bleue, ombragée, nuageuse, venteuse, tempêteuse, blanche, silencieuse, ténébreuse, obscure.

Mes voisins aiment à croire que leurs lumières chassent la nuit. Quête futile. Au contraire, les lumières rapprochent la nuit, enferment les gens sur eux-mêmes. Elles rétrécissent leur espace. Elles rendent le noir plus noir. Autour d’eux, la nuit devient impénétrable. Mieux vaut s’habituer à vivre dans la noirceur. Et aimer ça. On y voit plus clair.

Jamais je n’ai vu la nuit comme dans les îles du Saloum. Je me rappelle être revenue toute seule du village après une soirée de lutte, malgré l’insistance des Sénégalais pour me raccompagner. Dans la brousse, en levant les yeux, j’ai vu, grandeur nature, les anciennes cartes de Noël au ciel violet, étoilé, découpant, dans la nuit de Bethléem, l’ombre des palmiers. Ah ! Le bonheur de passer la nuit la tête dans les étoiles !

En ville, c’est tout autre chose. La nuit, il doit faire clair. Noir égalerait danger. Lumière et sécurité iraient de pair. L’éclairage ferait reculer la barbarie. Alors, on ne se gêne pas pour éclairer les rues de manière exubérante. Il est vrai qu’au Québec, l’électricité nous sort par les oreilles.

* * *

Je marche. D’instinct, je prends à gauche, d’où je crois être venue. Mes yeux s’écarquillent et mes oreilles se dressent, à l’affût de la moindre menace. Il fait noir comme dans la gueule d’un lion. La ville n’est pourtant pas affligée d’une coupure électrique, comme cela arrive. Je n’y vois presque rien. Je trébuche. Mon cœur bondit. Attrapant mon bras, un passant me retient de tomber. Je me remets en mémoire les rues et les trottoirs accidentés de Dakar que j’ai observés le jour. Attention où je mets les pieds !

J’entends toutes sortes de sons suspects. De quoi s’agit-il ? Un bruit de pétard me fait sursauter. Je me contracte un cran de plus.

J’essaie de ne pas montrer ma peur. Je fonce tout droit, même si je ne suis pas certaine d’aller dans la bonne direction. Je cherche des indices pour reconnaître mon chemin.

À cette heure, il y a du monde dehors. Une marchande offre les fruits qui lui restent aux gens qui passent. Dans son petit atelier grand ouvert sur l’extérieur, un tailleur coud encore à la lumière d’une lampe branlante. Plus attentif à l’action de la rue qu’à sa manœuvre expéditive, le coupeur que j’ai vu le matin continue de trancher des oignons sur sa planche de bois. Face à la chaussée, sur leurs tapis, quelques messieurs font leur prière ; plus tôt, j’ai entendu l’appel du muezzin de la mosquée toute proche. La boutique et la boulangerie accueillent encore des clients. Quelques mètres plus loin, une dizaine d’hommes assis sur ces petits bancs qu’on voit partout partagent un plat. Ils bavardent joyeusement. Ils mangent avec appétit. Derrière eux, encore debout, des enfants jouent au ballon dans la rue presque désertée par les voitures impétueuses de la journée.

Dans l’immédiat, ma vie n’est pas menacée. Trop de gens circulent pour que quelqu’un s’en prenne à moi. À ce qu’on m’a dit, il suffirait de crier « Au voleur ! » pour que les Sénégalais s’empressent de porter secours à une femme mal prise. Sans tout à fait m’orienter, je reconnais ces rues serrées et animées du Plateau. Je me sens moins crispée, plus décontractée. Perplexe, j’essaie de mieux observer ce qui m’entoure, d’être à l’écoute de la réalité plutôt que de dangers imaginaires.

Presque invisibles, des petites scènes de vie nocturne se succèdent, plus paisibles les unes que les autres. Sur le trottoir, dans la rue, dans l’encadrement des portes ouvertes, les gens vivent dans le calme de la nuit. Ils travaillent, ils discutent, ils rigolent, ils font passer le temps. Leur wolof est de la musique à mes oreilles. De faibles lumières sont allumées, ici pour faire le thé, là pour trier les arachides ou jouer aux dames. Quelques taxis me sollicitent, plus poliment que le jour. À même le trottoir, celui qui cuit des viandes sur le barbecue est bien entouré. Ça sent bon.

« Na nga def » ? Comme à leur habitude, les Sénégalais me saluent. Je souris. De nuit comme de jour, Dakar vit dehors. Insufflée par le soleil et la chaleur, l’énergie africaine continue de rayonner la nuit.

Maintenant, je sais que je suis dans la bonne direction. Ma peur s’est envolée. Je me sens bien. Je suis dans le bonheur d’être là, de vivre ce moment. Je découvre cette nuit urbaine dans l’émerveillement, dans l’éblouissement. Je lève la tête. Je vois les étoiles. En plein milieu d’une ville de trois millions d’habitants ! Une joie intense m’irradie.

Je suis déçue d’arriver à mon hôtel. Je suis à la fois un peu honteuse d’avoir connu la peur et contente d’avoir été plus forte qu’elle. Demain, j’irai me promener dans la nuit dakaroise.

Publié par : Yvonne Langford | 2 octobre 2018

Un candidat qui s’est mal conduit

La période électorale relative à l’élection du 1er octobre 2018 étant terminée, voici le texte d’opinion que j’ai écrit et que le journal Le Radar a publié dans son édition du 14 septembre dernier. Pour mémoire.

Comme je le précise dans une réponse à un commentaire au bas de cet article, si j’ai attendu au lendemain de l’élection pour publier mon texte sur mon blogue, c’est que, si j’ai bien compris, je ne pouvais pas le faire sans contrevenir à la loi électorale. En effet, la loi stipule qu’il est « interdit d’engager des dépenses qui pourraient, directement ou indirectement, favoriser ou défavoriser un parti ou un candidat ». Comme mon blogue a un coût, j’aurais été réputée engager des dépenses électorales, ce que je n’avais pas le droit de faire. Maintenant que la période électorale est terminée, je n’ai plus cette contrainte. Comprenons-nous bien : ce n’est pas le contenu favorable ou défavorable de mes propos qui auraient pu être jugé illégal dans le sens de cette loi, mais le seul fait de les publier.

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Au-delà de la partisanerie

UN CANDIDAT QUI S’EST MAL CONDUIT

Lors d’une élection, nous avons non seulement le droit, mais le devoir d’apprécier la valeur des candidats. Joël Arseneau ne se montre à la hauteur ni de la charge qu’il convoite ni de la confiance des gens des Îles.

Comme maire, entre 2007 et 2010, s’est-il bien conduit quand il aurait pris le temps, mois après mois, de présenter 78 comptes de dépenses à la CRÉ, au CLD et à la FQM[i], pour la plupart payées avec la carte de crédit de la Municipalité, et encaissé l’argent que ces instances lui avaient remboursé, mais qu’il n’aurait pas trouvé le temps de rembourser la municipalité[ii] ? S’est-il bien comporté quand, pendant presque trois ans, il aurait accumulé et retenu dans son compte personnel une rondelette somme de presque 26 000 $[iii], puis qu’il l’aurait utilisée pour le paiement de ses factures personnelles plutôt que de rembourser la Municipalité[iv] ? A-t-il bien agi quand il aurait fait la sourde oreille aux demandes répétées de la directrice des finances et du directeur général de rembourser ces dépenses ? Ainsi, ne s’est-il pas placé au-dessus des règles de bonne administration, jusqu’à ce que le vérificateur externe et même le Conseil municipal lui imposent le remboursement des sommes qu’il devait ?

Comprenons-nous bien. Je ne parle pas ici des accusations criminelles – son intention de vol et de fraude – pour lesquelles il a été jugé non coupable en 2013, mais des gestes qui ont motivé le dépôt de ces accusations par le Directeur des poursuites criminelles et pénales. D’accord, son comportement n’a pas été jugé punissable d’une peine de prison pour vol et fraude en vertu du Code criminel. Mais en vertu du Droit public, la faute demeure. Sa gravité a même amené la Procureure générale à déposer une requête en déclaration d’inhabilité pour abus de confiance ou inconduite. Est-ce parce qu’il s’est bien conduit qu’en 2015, pour les gestes qu’il a commis, un juge de la Cour supérieure l’a déclaré inhabile à siéger à tout conseil municipal pour cinq ans[v] ? Comment Joël Arseneau peut-il se juger lui-même sans aucune tache[vi] ? Comment peut-il légitimement se croire à la hauteur de la fonction de député, alors qu’il est actuellement, pour ses agissements, jugé inhabile à occuper une charge municipale ? En somme, ce n’est pas parce qu’en dehors de tout doute raisonnable, il n’a pas été reconnu coupable au criminel ou parce que la loi ne lui interdit pas de se présenter à une élection provinciale que cela légitime sa conduite et le décharge complètement sur le plan de la morale et de l’éthique. Le cimetière des carrières politiques est rempli d’anciens politiciens qui ont perdu leur fonction élective pour beaucoup moins que ça.

S’est-il bien conduit quand, plutôt que d’admettre ce grave manquement, il n’a, depuis, cessé de se présenter en victime d’un supposé complot mené par des ennemis inventés, alors que ces accusations ont été portées par des autorités judiciaires indépendantes sur la base des faits que le procès a révélés à la population ? Depuis tout ce temps, n’a-t-il pas perdu une chance puis une autre de reconnaître son inconduite et faire amende honorable quand, par exemple, le 1er juin 2015, selon les mots de son propre communiqué, il a continué de « réfuter catégoriquement les allégués susceptibles de mettre en doute son intégrité et sa bonne conduite dans ses fonctions de maire » ? Et encore une fois quand, le 30 mai dernier, annonçant sa candidature, il a banalisé sa mauvaise conduite, en parlant comme d’un « dossier administratif qui a été réglé au plan administratif »[vii]?

S’est-il bien conduit quand, depuis sa défaite aux élections municipales de 2013 consécutive à la médiatisation de ses agissements, en tant qu’éditorialiste, il s’en est pris de manière gratuite et répétée, bien au-delà du raisonnable, au conseil municipal et au maire ? Comment imaginer que, s’il était élu, au contraire de cette attitude revancharde, il saurait se montrer respectueux et à l’écoute de ce conseil municipal qu’il dénigre publiquement depuis tout ce temps ?

Tant que Joël Arseneau reste dans la sphère privée, on n’a pas besoin de revenir sur cette affaire. À partir du moment où il sollicite une charge publique, on a l’obligation de le faire. Et si on doit parler encore aujourd’hui, c’est parce qu’il refuse toujours de reconnaître les faits et d’admettre son inconduite. Mettant son énergie à s’absoudre lui-même plutôt qu’à présenter des excuses à la Municipalité et à la population[viii], il nous répète ad nauseam que son intégrité est intacte et qu’il n’a « aucune leçon à recevoir (…)[ix], avouant ainsi cyniquement que cette affaire ne lui servira même pas de leçon. Certains refuseront de reconnaître les faits et accorderont du crédit à sa théorie du complot, d’autres se feront croire qu’il n’y a rien là ou se fermeront les yeux. Il n’en demeure pas moins que les faits sont là, vérifiables.

Aujourd’hui, Joël Arseneau se soumet à l’appréciation de ses concitoyens. La parole sera bientôt aux électeurs. Accepterons-nous d’élire comme député un candidat qu’en vertu du Droit public (voir note 5), la cour a jugé inhabile à occuper une charge municipale en faisant droit à la demande démontrant, pièces à l’appui, un « abus de confiance ou une inconduite »[x] posé « alors qu’il était le 1er gardien des finances municipales »[xi] ? Ce n’est pas une question de légalité, mais, encore plus important, une question de légitimité et d’intégrité.

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[i] Selon ce qu’a révélé son procès et mis en lumière la requête en déclaration d’inhabilité déposée par la Procureure générale, pièces à l’appui : « Entre 2007 et 2010, le défendeur a donc participé à 78 activités et produit pour chacune d’elles un compte de dépenses auprès de l’organisme concerné. (…) Ces demandes de remboursement ont été soumises dans un délai moyen de 27 jours suivant la tenue de l’activité. » Cour supérieure du Québec, Requête introductive d’instance en déclaration d’inhabilité, page 3.

[ii] Idem : « (…) le défendeur a affirmé qu’il n’avait pas remboursé la municipalité avant le mois de juillet 2010, car il avait été négligent quant à ses demandes de remboursement auprès des organismes tiers (…) alors que les faits démontrent précisément le contraire. » Ibid., page 10.

[iii] https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/614960/gaspesie-joel-arseneau-proces

[iv] Toujours selon la preuve présentée, pièces à l’appui, lors des deux démarches entreprises par la Justice : « Le défendeur a d’ailleurs dépensé ces sommes au fil des jours, des semaines et des mois. », Cour supérieure, op. cit., page 8. « Le défendeur a également affirmé qu’il conservait les sommes en attendant de les remettre à la municipalité, toutefois, les faits démontrent précisément le contraire, son solde bancaire ayant été souvent inférieur à ce qu’il devait à la municipalité. », Ibid., p. 9.

[v] En vertu de l’article 306 de la Loi sur les élections et les référendum dans les municipalités : « Est inhabile à exercer la fonction de membre du conseil de toute municipalité la personne qui sciemment, pendant la durée de son mandat (…), profite de son poste pour commettre une malversation, un abus de confiance ou une autre inconduite. »

[vi] https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1103942/joel-arseneau-brigue-linvestiture-pequiste-aux-iles

[vii] Ibid.

[viii] S’il l’a fait, c’est si timidement qu’on ne s’en est pas aperçu.

[ix] http://cfim.ca/joel-arseneau-candidat-a-linvestiture-pq/.

[x] Cour supérieure, op. cit., p. 8.

[xi] Ibid., p. 9.

Publié par : Yvonne Langford | 1 avril 2017

Imaginer l’été

Cet hiver n’aura pas de fin

Je ne sais plus le compte des jours ni des gestes

Dans l’entrée, dans le garde-robe et dans le coffre

Edens des tuques, des mitaines, des manteaux et des bottes

Ils sont tous là, encore utiles, nécessaires

J’attends de voir l’asphalte, l’herbe, de les sentir chauffés au soleil

Que mon vélo et la plage m’appellent

D’être gorgée de soleil et de vagues

Je vis encore à l’intérieur, de l’autre côté de la vitre

Depuis toujours, il me semble

J’imagine la chaleur

L’ai-je déjà connue

Jamais les froids ne se termineront

(Écrit un jour d’avril, alors que j’en avais marre de l’hiver, sans prétention, comme un jeu de miroir avec le poème d’Aragon Imaginer l’hiver.)

Publié par : Yvonne Langford | 16 août 2016

Hugo Barrette, athlète olympique !

Havre-aux-Maisons, le 16 août 2016

Cher Hugo,

Tout à l’heure, en prenant ma marche, comme souvent ces derniers jours, j’ai pensé à toi. Hier soir, je me suis demandé « Comment arrivera-t-il à s’endormir, sachant que son épreuve se déroule demain ? » En me réveillant ce matin, ma première pensée est allée pour toi : « A-t-il eu une bonne nuit ? » D’autres m’ont dit qu’ils avaient eu les mêmes pensées. Aujourd’hui, comme beaucoup d’autres Madelinots, Québécois et Canadiens, j’ai suivi ta performance, des papillons dans l’estomac. Constatant que tu ne te qualifiais pas pour les demi-finales, je me suis dit « J’espère que ce résultat ne gâchera pas ses jeux ». You dit it, Hugo ! Comme une femme qui se dit, tout juste après avoir donné naissance à son premier enfant : « Je suis maman », aujourd’hui, tu as fait les Olympiques ! Comme j’entendais ta sœur le dire très justement, pour toujours, tu es un athlète olympique ; personne ne pourra jamais t’enlever ça.

Cette réalisation personnelle exceptionnelle pour tous ceux qui la mènent à bien l’est un peu plus pour toi. Grandir aux Îles-de-la-Madeleine, c’est formidable, c’est vrai. Mais à l’évidence, pour celui ou celle qui nourrit le rêve de devenir un athlète de haut niveau, cela implique de surmonter quelques obstacles de plus. Se développer comme athlète sérieux dans un sport à partir de l’âge de 17 ans, c’est un tour de force. En plus, pour réussir ça, le jeune doit s’exiler… Ça coûte souvent pas mal plus cher aux parents… Il faut en faire, des sacrifices ! Il a fallu que tu tiennes très fort à ce rêve devenu projet, objectif et aujourd’hui accomplissement.

Dans une entrevue qu’il a donnée récemment à l’occasion de la parution de son livre, Stéphane Garneau identifiait quelques caractéristiques des grands athlètes : déterminés, engagés, résilients, qui carburent au défi et au dépassement de soi, non seulement dans le sport, mais dans l’ensemble de leur vie, qui s’attaquent à toutes les tâches avec la même intensité. Ces qualités, tu les incarnes parfaitement, comme l’idéal olympique, exprimé par la devise « Plus vite, plus haut, plus fort », si inspirant pour le commun des mortels que nous sommes.

Dans quelques jours, les caméras et les micros vont s’éteindre. Toi, jour après jour, tu vas continuer de te dépasser, de fournir l’effort supplémentaire, de pousser plus fort. Je sais que tu as d’autres rêves, Hugo. Avec beaucoup, beaucoup d’autres supporteurs, je serai derrière toi. Go, Hugo !

Publié par : Yvonne Langford | 12 mars 2016

Haro sur le mépris des pêcheurs

Ce qui m’achale dans le débat actuellement en cours dans le monde de la pêche côtière aux Îles, c’est le mépris affiché par les « appimistes » pour les pêcheurs. Ces derniers mois, dans le Bearing (le journal interne de l’APPIM), sur les ondes de CFIM et de Radio-Canada et sur les pages Facebook de supporteurs(euses) du point de vue de l’APPIM, j’ai lu et entendu que les pêcheurs ne comprendraient pas les enjeux en cause et qu’ils n’auraient pas conscience de ce qu’ils font. La palme revient à M. Léonard Poirier, directeur de l’APPÎM, quand il a affirmé sur les ondes de CFIM le 24 février 2016 que les causes de la désaffection de l’APPIM par les pêcheurs et le succès du Rassemblement seraient « du côté de la communication ou du côté de la compréhension, de la capacité de comprendre » des pêcheurs. À travers les propos de ces appimistes, on comprend que ces pêcheurs ne sauraient pas ce qu’ils font quand ils prennent une décision individuelle ou collective, par exemple quand ils signent une pétition ou quand ils décident d’adhérer à un mouvement. Et plutôt que d’être représentés par les gens du Rassemblement dûment mandatés pour exprimer leur point de vue (sur le journal de bord, sur l’Office, etc.), ils seraient manipulés, abusés par ces derniers, encore une fois suivant cette même logique selon laquelle ils seraient facilement influençables. Quel mépris !

Faudrait-il comprendre que ces appimistes auraient pris plein de décisions au-dessus de la tête des pêcheurs pour leur bien, même au détriment des pêcheurs eux-mêmes ? Que c’est parce que les pêcheurs ne seraient pas capables de comprendre les enjeux qu’il leur faudrait les défendre malgré eux, en allant à l’encontre leur point de vue ? Comment accepter que ces gens-là aillent à l’encontre des positions et des décisions de ces pêcheurs en prétendant représenter leurs intérêts mieux que les pêcheurs ne le font par eux-mêmes pour eux-mêmes ? Quelle condescendance ! Quelle absurdité !

Cette attitude méprisante me met en colère. Je m’étonne d’ailleurs que les journalistes eux-mêmes n’aient pas réagi illico à ces déclarations fracassantes. Ça va faire de tirer sur le pêcheur supposément ignorant ! Ce n’est pas parce que certains ne sont pas allés à l’école aussi longtemps que d’autres qu’ils n’ont pas la capacité de réfléchir et de décider ce qui est bon pour eux. (On sait d’ailleurs très bien que l’intelligence n’est pas directement proportionnelle au temps passé sur les bancs d’école.) Il faut que nos pêcheurs sachent que lorsqu’ils ne comprennent pas le propos qu’on leur sert, ce n’est pas parce qu’il contient un ou deux mots dont ils ne comprennent pas le sens. C’est tout simplement parce que le propos lui-même n’est pas clair, pas comprenable. Si des gens veulent que les pêcheurs comprennent leur point de vue, à eux de s’organiser pour se faire comprendre. C’est une règle de base en communication que de s’adapter à son public cible. C’est aussi simple que ça.

Il n’y a qu’à écouter les pêcheurs pour comprendre qu’ils savent très bien ce qu’ils font. Ils sont les experts de leur métier de pêcheur de homard. Ils ont une tête sur les épaules. Ils sont intelligents en soi et ils sont brillants dans leur façon de pratiquer leur métier, leur gagne-pain. Chaque fois que je vais à la pêche, je suis émerveillée par la grande intelligence de leurs gestes, de leurs décisions, de leurs propos. Ils connaissent la mer, la nature, les fonds de pêche, la ressource, la météo, les engins, la mécanique… Ça ne les empêche pas de comprendre les enjeux du prix, de la mise en marché, de la gestion des pêches ou de toute autre question touchant la pêche au homard. Au contraire, leur point de vue est incontournable et irremplaçable. Par exemple, ils sont en masse capables de réfléchir aux questions touchant la protection de la ressource et de prendre les bonnes décisions pour la durabilité de la ressource qui les fait vivre et qui fera vivre leurs descendants. Ils l’ont maintes fois fait et prouvé. Qu’on arrête de les prendre pour une bande d’innocents et qu’on les respecte pour ce qu’ils sont et pour leur capacité à savoir où est leur propre intérêt. Ils savent très bien ce qu’ils pensent du journal de bord, de la gestion de l’Office et de toutes les questions entourant la pêche côtière. Et comme on l’a vu ces derniers mois, ils sont capables de s’organiser pour le faire valoir.

J’appelle les gens des Îles à écouter et à respecter ce que les pêcheurs ont à dire. C’est à eux seuls de décider où résident leurs intérêts et de déterminer comment ils entendent en faire la promotion. Personne d’autre n’a le droit de le faire à leur place. Quand ils décident de se regrouper dans une nouvelle association, ici le Rassemblement des pêcheurs et des pêcheuses des côtes des Îles, et que ce rassemblement regroupe la grande majorité des pêcheurs de homard des Îles, les représentants qu’ils ont mandatés expriment leur point de vue collectif. Qu’on s’enlève de la tête qu’ils ne savent pas ce qu’ils font et qu’ils sont manipulés et qu’on ramène au plus sacrant le débat sur les vrais enjeux. On n’est pas obligé d’être d’accord avec eux, mais qu’on cesse d’attaquer leurs points de vue en prétendant qu’ils ne comprendraient pas ce qui se passe.

Avec ce Rassemblement, on assiste à une reprise en main par les pêcheurs de leurs affaires, y compris des organismes qui les représentent, incluant l’Office qui gère le Plan conjoint, dont ils étaient depuis trop longtemps écartés par une gestion qui prenait des décisions au-dessus de leur tête. Ça fait longtemps que les pêcheurs ne s’étaient pas donné une voix aussi forte et unie. Ça se pourrait qu’ils aient encore pas mal de choses à dire. On n’a pas fini de les entendre ! C’est tant mieux !

À bon entendeur, salut !

***

Pour l’essentiel, j’ai publié ce point de vue sur ma page Facebook en reprenant la réplique publiée par Félix Cormier à un statut Facebook publié par Annie Landry affirmant que le Rassemblement trompait les pêcheurs. À ma connaissance, c’est la deuxième fois en quelques jours que madame Landry supprime un de ses statuts Facebook sur le sujet qui provoquait les réactions de ceux qui n’avaient pas le même point de vue qu’elle. Une des règles du débat, n’est-ce pas d’écouter celui qui n’a pas la même opinion que nous, de lui permettre de l’exprimer ?  /  Après vérification, il est plus probable que madame Landry nous ait interdit l’accès à sa page Facebook, à Félix et moi, ce qui a eu pour effet de supprimer son post que nous avions partagé sur notre propre page.

Publié par : Yvonne Langford | 9 février 2016

Litanie des tempêtes

En ce jour de tempête, je ressors de mes tiroirs ce texte écrit en 2014.

* * *

Avoir le nez plus souvent dans la fenêtre que sur l’écran de son ordinateur pour tenter de voir arriver la tempête annoncée.

Tenter sans succès de dompter son esprit, malgré l’onde de tempête qui fait son effet, sur soi comme sur les autres.

Voir la neige et le vent arriver par deux, en folie, comme larrons en foire.

Sentir l’excitation monter au rythme de la nature qui se déchaîne.

Résister jusqu’à la dernière minute à l’ordre de partir. Le Cégep ferme.

Avancer dans la poudre blanche, sans savoir où l’on est, où l’on va, ce qu’il y a devant.

Se guider sur les poteaux, les fils d’électricité et les lignes sur l’asphalte, quand on les aperçoit.

Écouter la radio pour se rendre compte que c’est une bonne, une vraie, que tout est fermé, et que ça va durer.

Se jurer que c’est la dernière fois qu’on prend son char pour rentrer à la maison par une tempête de même.

Se donner de l’air pour fourrer son char dans la cour enneigée de la maison.

Rentrer dans la maison en enjambant les coteaux à travers les bourrasques.

Soupirer de soulagement après que la rafale eut refermé la porte derrière soi avec fracas.

Constater qu’à la maison, on n’a pas d’électricité.

Regarder par les chassis pour se rendre compte qu’on ne voit ni ciel, ni terre, ni les maisons des voisins, ni le chemin en face de la maison.

Mesurer ce qu’on aura à pelleter, quand la tempête sera finie.

Appeler les proches pour s’assurer que tout le monde est en sécurité.

Se rendre compte qu’on ne peut pas faire comme si rien n’était, dehors.

Constater que tout est différent, dedans comme dehors.

Se réjouir de cette journée donnée, dont on ne sait pas encore quoi faire.

Aimer les tempêtes, comme des cadeaux toujours bienvenus.

 

 

Publié par : Yvonne Langford | 29 novembre 2014

L’ici et l’ailleurs

Être chez soi, c’est savoir quand arrivent les loups-marins, quand fleurissent les iris versicolores et mûrissent les bleuets.
Être chez soi, c’est savoir avec précision où se trouvent les fraises les plus «bedouses» et les meilleures palourdes.
Être chez soi, c’est savoir où aller pour que, ce jour-là, avec le temps qu’il fait, on se baigne dans la mer la plus chaude et la plus claire.
Être chez soi, c’est connaître le chemin le plus court entre la côte et la maison, sans crainte de s’enliser dans les terres marécageuses.
Être chez soi, c’est savoir par quel flanc monter la butte pour se ménager les efforts et s’assurer la plus belle vue.
Être chez soi, c’est bien vivre avec tout ce vent.
Être chez soi, c’est avoir l’étalon du temps qui passe inscrit dans le paysage, c’est savoir où passait le chemin de jadis, d’où vient la maison d’en face et jusqu’où allait le champ de patates du voisin, c’est voir de ses yeux vus les bâtiments aujourd’hui disparus.
Être chez soi, c’est bien vivre la panne d’électricité et l’immobilité des jours de tempête.
Être chez soi, c’est connaître les liens qui relient les maisons entre elles, par les filiations, d’Augustin à John, de Fred à Philippe, d’Isaac à Jos…
Être chez soi, c’est connaître non seulement le nom du garagiste, mais aussi celui de ses frères et sœurs, de ses enfants, de son père, de sa mère et de toute sa parenté, des deux bords.
Être chez soi, c’est voir son vieux père soigné par une infirmière qui le connaît bien, une fille qu’on a connue à la petite école.
Être chez soi, c’est reconnaître les gens de son île, même ceux qu’on ne connaît pas, quand on les voit ailleurs, sur l’avion, sur le bateau ou n’importe où sur la grande terre, et immanquablement jaser avec eux.

Attachée à ma terre d’origine par l’espace et le temps, je deviendrai femme flottante. J’invoquerai mon amour inconditionnel de l’île natale et le mettrai dans mon sac à dos pour avoir le courage de quitter. Je trouverai dans mon sentiment d’être chez moi l’énergie d’aller voir ailleurs. Je jubilerai à l’idée de partir, sachant que le bonheur de revenir sera toujours là, quand je serai prête à donner tout ce que j’aurai vu pour un coucher de soleil sur la Petite Baie. Je porterai mon île partout où j’irai ; elle m’aidera à comprendre l’ailleurs. Je reviendrai. Je reprendrai le fil de ma vie en me réinscrivant avec bonheur dans ce lieu qui m’est plus familier que tout. Je n’ai pas à choisir entre l’ici ou l’ailleurs. Ailleurs, je suis d’ici.

(J’ai écrit ce texte comme en écho au propos de Jean-Claude Guillebaud dans son livre intitulé « Je n’ai plus peur », plus particulièrement dans son chapitre intitulé « Rassurant comme une maison ».)
Publié par : Yvonne Langford | 1 avril 2014

Je bloguais, je ne blogue pas, je bloguerai

Chers lecteurs, chères lectrices,

Peut-être aurez-vous remarqué que, depuis plusieurs mois, mon blogue est à peu près silencieux. C’est que le projet de développement international auquel je travaille depuis un peu plus d’un an me tient très occupée. En effet, mes séjours en Afrique conjugués à mon travail et à mes autres occupations ne me laissent pas beaucoup de temps pour publier de nouveaux articles. Ce n’est pas l’inspiration qui manque ;  seulement le temps. Croyez bien que je compte y revenir dès que mon emploi du temps me le permettra.

À bientôt.

 

Publié par : Yvonne Langford | 8 octobre 2013

J’appuie Jonathan Lapierre

Dans l’élection à la mairie des Îles-de-la-Madeleine du 3 novembre prochain, je donne mon appui à Jonathan Lapierre. Tout simplement parce que, des cinq candidats en lice, c’est en lui que j’ai le plus confiance.

  • parce qu’il a une énergie positive
  • parce qu’il est passionné par la politique, par le fait de se mettre au service de sa communauté
  • parce qu’il a à la fois la jeunesse et l’expérience (huit ans comme conseiller)
  • parce qu’il veut apporter des changements à la façon de travailler au conseil municipal qui vont faire une belle différence
  • parce qu’il saura faire une meilleure place aux conseillers municipaux et obtenir un conseil plus uni
  • parce qu’il est le plus capable d’inspirer positivement la direction et les employés de la municipalité
  • parce qu’il a une attitude constructive
  • parce qu’il est près du monde
  • parce qu’il est à l’écoute des gens de tous les milieux, des pêcheurs, des gens d’affaires, des travailleurs, des chômeurs, des groupes du milieu et des gens dans les différents secteurs
  • parce que, quand il le faut, il est capable de mettre la main à la pâte
  • parce que, comme conseiller de Grande-Entrée, il a montré qu’il a du leadership, qu’il est capable de mobiliser son monde et de garder son équipe avec lui pour atteindre un objectif
  • parce qu’il a du cran, de la détermination
  • parce que son travail dynamique et ses réalisations des huit dernières années montrent qu’il est capable de réalisations concrètes

Voilà un changement à la mairie qui va faire du bien.

Jonathan Lapierre a mon appui. Je vous encourage à aller à sa rencontre, à discuter avec lui et à l’appuyer à votre tour.

Pour suivre sa campagne, cliquez « j’aime » sur sa page Facebook.

Publié par : Yvonne Langford | 27 septembre 2013

Pour un leadership municipal qui inspire la confiance

Je m’inquiète des problèmes sérieux qui affligent actuellement la Municipalité des Îles, problèmes qui ne lui permettent pas de fonctionner comme il se devrait. On doit donner un sérieux coup de barre pour redresser la situation et enfin bâtir l’organisation municipale dont la société madelinienne a besoin pour progresser. J’invite les citoyens à saisir l’occasion de l’élection du 3 novembre prochain pour renouveler le leadership municipal.

 

UNE MUNICIPALITÉ « QUI POURRAIT ALLER MIEUX »

Depuis sa création en 2002, notre municipalité a traversé de grandes difficultés. À peine l’intégration du personnel des anciennes municipalités dans la nouvelle structure a-t-elle été complétée que le premier conseil municipal a été mobilisé par une menace de défusion. Lorsqu’en 2005, Joël Arseneau arrive à la mairie des Îles, tous ces problèmes de fusion-défusion-refusion sont enfin réglés à la faveur d’une municipalité qui, somme toute, s’en sort avec des dommages mineurs. Dès lors, on pouvait espérer que la Municipalité des Îles se réalise enfin. Pouvait venir le temps où certaines décisions, retardées à cause de tous ces aléas, pourraient enfin être prises. Après les tâtonnements inévitables liés à la fois à une nouvelle organisation et à l’incertitude, la fonction publique municipale allait pouvoir gagner en efficacité et en professionnalisme. On pouvait espérer une municipalité capable d’unir ses forces et sa population pour progresser. Huit ans après, force est de constater que la Municipalité des Îles est mal en point.

 Un grave manque de confiance

La Municipalité souffre d’une grave crise de confiance de la population à son égard. Ce discrédit s’est considérablement aggravé depuis qu’il fut reconnu que le maire gardait dans son compte personnel d’importantes sommes d’argent qu’il devait à la municipalité. Le maire a poussé l’outrage jusqu’à reprocher publiquement aux responsables de la surveillance des dépenses publiques, réclamant l’argent dû, d’avoir, dans le cadre de leurs responsabilités, agi. Cela n’a pu qu’ébranler considérablement le lien de confiance qui doit exister entre les élus et l’appareil municipal, et entre l’institution municipale elle-même et la population. Interpréter toute plainte ou critique de son comportement comme des attaques personnelles vicieuses, se présenter en victime et blâmer qui que ce soit d’autre que lui-même pour les dommages et les coûts engendrés par cette affaire, c’est ne chercher qu’à échapper à sa responsabilité personnelle et à sauver la face. C’est faire preuve non seulement d’un manque de jugement, mais surtout d’un manque d’intégrité doublé d’une absence du sens des responsabilités publiques. Cela ne peut mériter la confiance de la population.

Cette crise de confiance des citoyens se manifeste de toutes sortes de manières : dans les commentaires acerbes et cyniques qui dénigrent le maire, mais aussi, par ricochet, les élus et les travailleurs municipaux, dans les rumeurs et les allégations de toutes sortes qui courent sur l’archipel, dans le sentiment exprimé par un nombre grandissant de citoyens « de ne pas en avoir pour leur argent », dans une forte réaction des citoyens contre plusieurs règlements d’emprunt, etc.

La municipalité est une institution dont les gens des Îles ont besoin plus qu’ailleurs pour construire une communauté forte et en santé. On devrait être en train de bâtir une municipalité pour laquelle les Madelinots ont du respect et dont ils sont fiers. À l’évidence, c’est tout le contraire : cette grave crise de confiance la mine chaque jour un peu plus.

Un conseil municipal dysfonctionnel

Malheureusement, on est encore très loin d’un conseil municipal qui fonctionne pleinement, se montrant capable de développer une vision commune pour la municipalité et de la mettre en oeuvre. Tel que le maire l’a dit lui-même publiquement, l’actuel conseil municipal ne travaille pas en équipe. On en est encore à une fédération de villages, chaque conseiller n’ayant d’autre choix que de tirer sur la couverte pour obtenir le maximum pour son village. Pendant que chaque conseiller se cantonne dans son rôle d’agent de développement de son village, pendant que le maire se complaît à jouer tout seul sur la patinoire du municipal à l’échelle de toutes les Îles, il ne peut naître un conseil municipal capable de placer l’intérêt supérieur des Îles au-dessus de l’intérêt de chacun des villages.  L’absence de décision dans le dossier des arénas illustre bien ce dysfonctionnement.

Une situation difficile pour la fonction publique municipale

Une telle situation ne peut pas être sans impact sur les employés municipaux. Il doit être bien difficile pour eux de faire leur travail. Sans vision d’ensemble pour l’organisation et les services municipaux, ils sont dans le décousu. Chacun fait certes de son mieux, mais à la pièce, dans son coin, sans cohérence, sans cohésion. Ces employés municipaux sont capables de fournir des analyses et des propositions judicieuses, ce pourquoi ils sont payés, mais un conseil municipal qui n’aboutit pas aux décisions à prendre, qui ne fonctionne pas comme il se devrait, cela nuit forcément à leur travail.

À cette situation difficile est venue s’ajouter cette affaire de remboursements impliquant le maire dans laquelle l’administration municipale a été plongée bien malgré elle. Depuis son origine, le maire lui-même, par son comportement, a placé le directeur général de la municipalité en situation de faiblesse, ce qui a affaibli tout l’appareil municipal. En effet, incapable d’obtenir du maire un règlement de la situation avant qu’elle ne dégénère, le directeur général a vu son leadership considérablement fragilisé, ce qui, fatalement, est regrettable pour tout le monde, employés, élus et citoyens.

UN LEADERSHIP À RENOUVELER

Si on veut que la municipalité retrouve le respect et la confiance de la population,  les gens des Îles doivent choisir :

  • un maire qui place l’intérêt de la municipalité au-dessus de tout et qui en est le premier garant;
  • un maire dont l’intégrité et le bon jugement ne font aucun doute;
  • un maire capable d’aller vers les citoyens pour les écouter et leur parler;
  • un maire qui, plutôt que d’être toujours parti, priorise le fait d’être présent aux Îles, à l’hôtel de ville et partout ailleurs sur le territoire où sa présence est requise;
  • un maire rassembleur, qui a le sens du travail d’équipe, respectueux du rôle, du talent et de la contribution de tous et chacun, élus, employés municipaux, partenaires de la communauté, et qui leur laisse de la place;
  • un maire qui met les élus à contribution et qui fait équipe avec eux, de manière à les amener à jouer leur rôle pour l’ensemble des Îles, et non seulement pour leur village. C’est à cette seule condition qu’on verra un conseil municipal envisager non seulement le développement de chacun des villages, mais le développement des Îles dans leur ensemble;
  • un maire et un conseil municipal qui attendent du directeur général qu’il joue son rôle sans complaisance à l’endroit des élus;
  • un maire qui respecte le rôle des employés municipaux et qui laisse les directeurs de services éclairer pleinement les élus et la population, sans chercher à s’accaparer pour lui seul leur contribution et leur expertise;
  • un maire qui priorise l’organisation et la dispensation, avec un maximum d’efficacité, des services municipaux : la voirie, l’aqueduc, le traitement des déchets, les loisirs et l’aménagement du territoire;
  • un maire soucieux de la gestion des deniers publics et respectueux de la capacité de payer d’une communauté de 13 000 habitants.

Les Îles ont besoin d’un leadership renouvelé, qui inspire la confiance et qui amène la municipalité plus loin. Le 3 novembre prochain, je souhaite que les Madelinots et les Madeliniennes aient ce choix de voter afin d’exprimer ce grand besoin de changement dans notre municipalité.

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