Publié par : Yvonne Langford | 12 mars 2016

Haro sur le mépris des pêcheurs

Ce qui m’achale dans le débat actuellement en cours dans le monde de la pêche côtière aux Îles, c’est le mépris affiché par les « appimistes » pour les pêcheurs. Ces derniers mois, dans le Bearing (le journal interne de l’APPIM), sur les ondes de CFIM et de Radio-Canada et sur les pages Facebook de supporteurs(euses) du point de vue de l’APPIM, j’ai lu et entendu que les pêcheurs ne comprendraient pas les enjeux en cause et qu’ils n’auraient pas conscience de ce qu’ils font. La palme revient à M. Léonard Poirier, directeur de l’APPÎM, quand il a affirmé sur les ondes de CFIM le 24 février 2016 que les causes de la désaffection de l’APPIM par les pêcheurs et le succès du Rassemblement seraient « du côté de la communication ou du côté de la compréhension, de la capacité de comprendre » des pêcheurs. À travers les propos de ces appimistes, on comprend que ces pêcheurs ne sauraient pas ce qu’ils font quand ils prennent une décision individuelle ou collective, par exemple quand ils signent une pétition ou quand ils décident d’adhérer à un mouvement. Et plutôt que d’être représentés par les gens du Rassemblement dûment mandatés pour exprimer leur point de vue (sur le journal de bord, sur l’Office, etc.), ils seraient manipulés, abusés par ces derniers, encore une fois suivant cette même logique selon laquelle ils seraient facilement influençables. Quel mépris !

Faudrait-il comprendre que ces appimistes auraient pris plein de décisions au-dessus de la tête des pêcheurs pour leur bien, même au détriment des pêcheurs eux-mêmes ? Que c’est parce que les pêcheurs ne seraient pas capables de comprendre les enjeux qu’il leur faudrait les défendre malgré eux, en allant à l’encontre leur point de vue ? Comment accepter que ces gens-là aillent à l’encontre des positions et des décisions de ces pêcheurs en prétendant représenter leurs intérêts mieux que les pêcheurs ne le font par eux-mêmes pour eux-mêmes ? Quelle condescendance ! Quelle absurdité !

Cette attitude méprisante me met en colère. Je m’étonne d’ailleurs que les journalistes eux-mêmes n’aient pas réagi illico à ces déclarations fracassantes. Ça va faire de tirer sur le pêcheur supposément ignorant ! Ce n’est pas parce que certains ne sont pas allés à l’école aussi longtemps que d’autres qu’ils n’ont pas la capacité de réfléchir et de décider ce qui est bon pour eux. (On sait d’ailleurs très bien que l’intelligence n’est pas directement proportionnelle au temps passé sur les bancs d’école.) Il faut que nos pêcheurs sachent que lorsqu’ils ne comprennent pas le propos qu’on leur sert, ce n’est pas parce qu’il contient un ou deux mots dont ils ne comprennent pas le sens. C’est tout simplement parce que le propos lui-même n’est pas clair, pas comprenable. Si des gens veulent que les pêcheurs comprennent leur point de vue, à eux de s’organiser pour se faire comprendre. C’est une règle de base en communication que de s’adapter à son public cible. C’est aussi simple que ça.

Il n’y a qu’à écouter les pêcheurs pour comprendre qu’ils savent très bien ce qu’ils font. Ils sont les experts de leur métier de pêcheur de homard. Ils ont une tête sur les épaules. Ils sont intelligents en soi et ils sont brillants dans leur façon de pratiquer leur métier, leur gagne-pain. Chaque fois que je vais à la pêche, je suis émerveillée par la grande intelligence de leurs gestes, de leurs décisions, de leurs propos. Ils connaissent la mer, la nature, les fonds de pêche, la ressource, la météo, les engins, la mécanique… Ça ne les empêche pas de comprendre les enjeux du prix, de la mise en marché, de la gestion des pêches ou de toute autre question touchant la pêche au homard. Au contraire, leur point de vue est incontournable et irremplaçable. Par exemple, ils sont en masse capables de réfléchir aux questions touchant la protection de la ressource et de prendre les bonnes décisions pour la durabilité de la ressource qui les fait vivre et qui fera vivre leurs descendants. Ils l’ont maintes fois fait et prouvé. Qu’on arrête de les prendre pour une bande d’innocents et qu’on les respecte pour ce qu’ils sont et pour leur capacité à savoir où est leur propre intérêt. Ils savent très bien ce qu’ils pensent du journal de bord, de la gestion de l’Office et de toutes les questions entourant la pêche côtière. Et comme on l’a vu ces derniers mois, ils sont capables de s’organiser pour le faire valoir.

J’appelle les gens des Îles à écouter et à respecter ce que les pêcheurs ont à dire. C’est à eux seuls de décider où résident leurs intérêts et de déterminer comment ils entendent en faire la promotion. Personne d’autre n’a le droit de le faire à leur place. Quand ils décident de se regrouper dans une nouvelle association, ici le Rassemblement des pêcheurs et des pêcheuses des côtes des Îles, et que ce rassemblement regroupe la grande majorité des pêcheurs de homard des Îles, les représentants qu’ils ont mandatés expriment leur point de vue collectif. Qu’on s’enlève de la tête qu’ils ne savent pas ce qu’ils font et qu’ils sont manipulés et qu’on ramène au plus sacrant le débat sur les vrais enjeux. On n’est pas obligé d’être d’accord avec eux, mais qu’on cesse d’attaquer leurs points de vue en prétendant qu’ils ne comprendraient pas ce qui se passe.

Avec ce Rassemblement, on assiste à une reprise en main par les pêcheurs de leurs affaires, y compris des organismes qui les représentent, incluant l’Office qui gère le Plan conjoint, dont ils étaient depuis trop longtemps écartés par une gestion qui prenait des décisions au-dessus de leur tête. Ça fait longtemps que les pêcheurs ne s’étaient pas donné une voix aussi forte et unie. Ça se pourrait qu’ils aient encore pas mal de choses à dire. On n’a pas fini de les entendre ! C’est tant mieux !

À bon entendeur, salut !

***

Pour l’essentiel, j’ai publié ce point de vue sur ma page Facebook en reprenant la réplique publiée par Félix Cormier à un statut Facebook publié par Annie Landry affirmant que le Rassemblement trompait les pêcheurs. À ma connaissance, c’est la deuxième fois en quelques jours que madame Landry supprime un de ses statuts Facebook sur le sujet qui provoquait les réactions de ceux qui n’avaient pas le même point de vue qu’elle. Une des règles du débat, n’est-ce pas d’écouter celui qui n’a pas la même opinion que nous, de lui permettre de l’exprimer ?  /  Après vérification, il est plus probable que madame Landry nous ait interdit l’accès à sa page Facebook, à Félix et moi, ce qui a eu pour effet de supprimer son post que nous avions partagé sur notre propre page.


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