Publié par : Yvonne Langford | 1 avril 2014

Je bloguais, je ne blogue pas, je bloguerai

Chers lecteurs, chères lectrices,

Peut-être aurez-vous remarqué que, depuis plusieurs mois, mon blogue est à peu près silencieux. C’est que le projet de développement international auquel je travaille depuis un peu plus d’un an me tient très occupée. En effet, mes séjours en Afrique conjugués à mon travail et à mes autres occupations ne me laissent pas beaucoup de temps pour publier de nouveaux articles. Ce n’est pas l’inspiration qui manque ;  seulement le temps. Croyez bien que je compte y revenir dès que mon emploi du temps me le permettra.

À bientôt.

 

Publié par : Yvonne Langford | 8 octobre 2013

J’appuie Jonathan Lapierre

Dans l’élection à la mairie des Îles-de-la-Madeleine du 3 novembre prochain, je donne mon appui à Jonathan Lapierre. Tout simplement parce que, des cinq candidats en lice, c’est en lui que j’ai le plus confiance.

  • parce qu’il a une énergie positive
  • parce qu’il est passionné par la politique, par le fait de se mettre au service de sa communauté
  • parce qu’il a à la fois la jeunesse et l’expérience (huit ans comme conseiller)
  • parce qu’il veut apporter des changements à la façon de travailler au conseil municipal qui vont faire une belle différence
  • parce qu’il saura faire une meilleure place aux conseillers municipaux et obtenir un conseil plus uni
  • parce qu’il est le plus capable d’inspirer positivement la direction et les employés de la municipalité
  • parce qu’il a une attitude constructive
  • parce qu’il est près du monde
  • parce qu’il est à l’écoute des gens de tous les milieux, des pêcheurs, des gens d’affaires, des travailleurs, des chômeurs, des groupes du milieu et des gens dans les différents secteurs
  • parce que, quand il le faut, il est capable de mettre la main à la pâte
  • parce que, comme conseiller de Grande-Entrée, il a montré qu’il a du leadership, qu’il est capable de mobiliser son monde et de garder son équipe avec lui pour atteindre un objectif
  • parce qu’il a du cran, de la détermination
  • parce que son travail dynamique et ses réalisations des huit dernières années montrent qu’il est capable de réalisations concrètes

Voilà un changement à la mairie qui va faire du bien.

Jonathan Lapierre a mon appui. Je vous encourage à aller à sa rencontre, à discuter avec lui et à l’appuyer à votre tour.

Pour suivre sa campagne, cliquez « j’aime » sur sa page Facebook.

Publié par : Yvonne Langford | 27 septembre 2013

Pour un leadership municipal qui inspire la confiance

Je m’inquiète des problèmes sérieux qui affligent actuellement la Municipalité des Îles, problèmes qui ne lui permettent pas de fonctionner comme il se devrait. On doit donner un sérieux coup de barre pour redresser la situation et enfin bâtir l’organisation municipale dont la société madelinienne a besoin pour progresser. J’invite les citoyens à saisir l’occasion de l’élection du 3 novembre prochain pour renouveler le leadership municipal.

 

UNE MUNICIPALITÉ « QUI POURRAIT ALLER MIEUX »

Depuis sa création en 2002, notre municipalité a traversé de grandes difficultés. À peine l’intégration du personnel des anciennes municipalités dans la nouvelle structure a-t-elle été complétée que le premier conseil municipal a été mobilisé par une menace de défusion. Lorsqu’en 2005, Joël Arseneau arrive à la mairie des Îles, tous ces problèmes de fusion-défusion-refusion sont enfin réglés à la faveur d’une municipalité qui, somme toute, s’en sort avec des dommages mineurs. Dès lors, on pouvait espérer que la Municipalité des Îles se réalise enfin. Pouvait venir le temps où certaines décisions, retardées à cause de tous ces aléas, pourraient enfin être prises. Après les tâtonnements inévitables liés à la fois à une nouvelle organisation et à l’incertitude, la fonction publique municipale allait pouvoir gagner en efficacité et en professionnalisme. On pouvait espérer une municipalité capable d’unir ses forces et sa population pour progresser. Huit ans après, force est de constater que la Municipalité des Îles est mal en point.

 Un grave manque de confiance

La Municipalité souffre d’une grave crise de confiance de la population à son égard. Ce discrédit s’est considérablement aggravé depuis qu’il fut reconnu que le maire gardait dans son compte personnel d’importantes sommes d’argent qu’il devait à la municipalité. Le maire a poussé l’outrage jusqu’à reprocher publiquement aux responsables de la surveillance des dépenses publiques, réclamant l’argent dû, d’avoir, dans le cadre de leurs responsabilités, agi. Cela n’a pu qu’ébranler considérablement le lien de confiance qui doit exister entre les élus et l’appareil municipal, et entre l’institution municipale elle-même et la population. Interpréter toute plainte ou critique de son comportement comme des attaques personnelles vicieuses, se présenter en victime et blâmer qui que ce soit d’autre que lui-même pour les dommages et les coûts engendrés par cette affaire, c’est ne chercher qu’à échapper à sa responsabilité personnelle et à sauver la face. C’est faire preuve non seulement d’un manque de jugement, mais surtout d’un manque d’intégrité doublé d’une absence du sens des responsabilités publiques. Cela ne peut mériter la confiance de la population.

Cette crise de confiance des citoyens se manifeste de toutes sortes de manières : dans les commentaires acerbes et cyniques qui dénigrent le maire, mais aussi, par ricochet, les élus et les travailleurs municipaux, dans les rumeurs et les allégations de toutes sortes qui courent sur l’archipel, dans le sentiment exprimé par un nombre grandissant de citoyens « de ne pas en avoir pour leur argent », dans une forte réaction des citoyens contre plusieurs règlements d’emprunt, etc.

La municipalité est une institution dont les gens des Îles ont besoin plus qu’ailleurs pour construire une communauté forte et en santé. On devrait être en train de bâtir une municipalité pour laquelle les Madelinots ont du respect et dont ils sont fiers. À l’évidence, c’est tout le contraire : cette grave crise de confiance la mine chaque jour un peu plus.

Un conseil municipal dysfonctionnel

Malheureusement, on est encore très loin d’un conseil municipal qui fonctionne pleinement, se montrant capable de développer une vision commune pour la municipalité et de la mettre en oeuvre. Tel que le maire l’a dit lui-même publiquement, l’actuel conseil municipal ne travaille pas en équipe. On en est encore à une fédération de villages, chaque conseiller n’ayant d’autre choix que de tirer sur la couverte pour obtenir le maximum pour son village. Pendant que chaque conseiller se cantonne dans son rôle d’agent de développement de son village, pendant que le maire se complaît à jouer tout seul sur la patinoire du municipal à l’échelle de toutes les Îles, il ne peut naître un conseil municipal capable de placer l’intérêt supérieur des Îles au-dessus de l’intérêt de chacun des villages.  L’absence de décision dans le dossier des arénas illustre bien ce dysfonctionnement.

Une situation difficile pour la fonction publique municipale

Une telle situation ne peut pas être sans impact sur les employés municipaux. Il doit être bien difficile pour eux de faire leur travail. Sans vision d’ensemble pour l’organisation et les services municipaux, ils sont dans le décousu. Chacun fait certes de son mieux, mais à la pièce, dans son coin, sans cohérence, sans cohésion. Ces employés municipaux sont capables de fournir des analyses et des propositions judicieuses, ce pourquoi ils sont payés, mais un conseil municipal qui n’aboutit pas aux décisions à prendre, qui ne fonctionne pas comme il se devrait, cela nuit forcément à leur travail.

À cette situation difficile est venue s’ajouter cette affaire de remboursements impliquant le maire dans laquelle l’administration municipale a été plongée bien malgré elle. Depuis son origine, le maire lui-même, par son comportement, a placé le directeur général de la municipalité en situation de faiblesse, ce qui a affaibli tout l’appareil municipal. En effet, incapable d’obtenir du maire un règlement de la situation avant qu’elle ne dégénère, le directeur général a vu son leadership considérablement fragilisé, ce qui, fatalement, est regrettable pour tout le monde, employés, élus et citoyens.

UN LEADERSHIP À RENOUVELER

Si on veut que la municipalité retrouve le respect et la confiance de la population,  les gens des Îles doivent choisir :

  • un maire qui place l’intérêt de la municipalité au-dessus de tout et qui en est le premier garant;
  • un maire dont l’intégrité et le bon jugement ne font aucun doute;
  • un maire capable d’aller vers les citoyens pour les écouter et leur parler;
  • un maire qui, plutôt que d’être toujours parti, priorise le fait d’être présent aux Îles, à l’hôtel de ville et partout ailleurs sur le territoire où sa présence est requise;
  • un maire rassembleur, qui a le sens du travail d’équipe, respectueux du rôle, du talent et de la contribution de tous et chacun, élus, employés municipaux, partenaires de la communauté, et qui leur laisse de la place;
  • un maire qui met les élus à contribution et qui fait équipe avec eux, de manière à les amener à jouer leur rôle pour l’ensemble des Îles, et non seulement pour leur village. C’est à cette seule condition qu’on verra un conseil municipal envisager non seulement le développement de chacun des villages, mais le développement des Îles dans leur ensemble;
  • un maire et un conseil municipal qui attendent du directeur général qu’il joue son rôle sans complaisance à l’endroit des élus;
  • un maire qui respecte le rôle des employés municipaux et qui laisse les directeurs de services éclairer pleinement les élus et la population, sans chercher à s’accaparer pour lui seul leur contribution et leur expertise;
  • un maire qui priorise l’organisation et la dispensation, avec un maximum d’efficacité, des services municipaux : la voirie, l’aqueduc, le traitement des déchets, les loisirs et l’aménagement du territoire;
  • un maire soucieux de la gestion des deniers publics et respectueux de la capacité de payer d’une communauté de 13 000 habitants.

Les Îles ont besoin d’un leadership renouvelé, qui inspire la confiance et qui amène la municipalité plus loin. Le 3 novembre prochain, je souhaite que les Madelinots et les Madeliniennes aient ce choix de voter afin d’exprimer ce grand besoin de changement dans notre municipalité.

Publié par : Yvonne Langford | 2 juin 2013

Joël Arseneau : une personne acquittée, un maire indigne

Le 1er juin 2013, on a appris que le jury avait jugé Joël Arseneau non coupable des crimes de vol et de fraude dont il était accusé. Précisons que la question que les jurés avaient à trancher n’était pas de savoir si M. Arseneau avait bien ou mal agi, mais si son geste était un crime.  Les jurés n’ayant pas pu, hors de tout doute raisonnable, juger que Joël Arseneau avait des intentions criminelles, celui-ci est acquitté. Voilà pour la personne.

Nous devons toutefois nous garder d’en conclure que cet acquittement donne l’absolution au maire Arseneau. Il faut se rappeler que, lors des premières nouvelles entourant ce dossier, Joël Arseneau disait aux Madelinots que c’était juste une affaire de paperasses et que, puisqu’il avait remboursé, l’affaire était réglée et classée. Aujourd’hui, acquitté, il dit que « c’est une page que l’on tourne, un chapitre que l’on ferme ». Je comprends que le maire souhaite que les citoyens concluent du verdict du jury qu’il n’a rien à se reprocher, mais nous savons bien que c’est là un raccourci abusif et que l’affaire mérite un peu plus d’analyse et de réflexion.

C’est vrai qu’au plan légal, nous n’avons pas à nous substituer au tribunal pour juger Joël Arseneau. Mais sa faute d’homme public ne s’efface pas pour autant. Au contraire. Comme citoyen, comme on le ferait pour tout personnage public, nous avons la responsabilité de juger les gestes et l’attitude du maire Arseneau à la lumière des faits révélés devant la cour de justice. Ces faits nous permettent de constater que le personnage public a commis une grave inconduite.

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Les procédures policières et judiciaires auront au moins servi à informer un peu mieux les citoyens sur le fond de l’affaire. L’enquête de l’escouade Marteau et le procès ont en effet établi les faits que voici. Le maire utilisait la carte de crédit de la municipalité pour des dépenses de voyage et de représentation pour des organismes tiers. Il produisait personnellement les réclamations pour les frais encourus auprès de ces organismes, puis recevait et encaissait les remboursements, mais ne remettait pas l’argent dû à la municipalité. Le manège a duré plusieurs années pour un montant dépassant 20 000 $, malgré les interventions de responsables de l’administration municipale pour régler le problème.

Le maire a toujours allégué qu’il n’avait pas le temps de faire le petit bout qui manquait, pourtant si simple : rembourser la municipalité. Il avait pourtant le temps de faire tout le reste du processus, c’est-à-dire les réclamations et les encaissements des remboursements effectués par les organismes tiers. Et comment peut-il invoquer son manque de temps alors qu’il a accepté de participer à plusieurs instances à l’extérieur des Îles, et ce, bien au-delà de ses responsabilités et de ses obligations à titre de maire des Îles? Voilà qui en dit long sur le sens des priorités du maire.

Le procès a aussi mis en lumière une attitude troublante de la part de la défense de M. Arseneau, celle de s’en prendre à la crédibilité des personnes chargées de la bonne administration des deniers municipaux. En effet, le procès nous a appris que le maire omettait sciemment de rembourser la municipalité pendant une longue période, et ce, en dépit des interventions de la directrice des finances, Mme Dominique Delaney, qui a sonné l’alarme, envoyé des états de compte au maire et offert qu’un employé l’aide dans ses remboursements, ce que le maire Arseneau a refusé. L’avocat représentant Joël Arseneau s’en est même pris à la crédibilité de Mme Delaney. N’aurait-il pas été, au contraire, anormal et inquiétant que la directrice des finances ne dise et ne fasse rien devant l’incurie du maire? Dans la foulée des événements, que ce soit Mme Delaney plutôt que M. Arseneau qui ait quitté la municipalité, voilà qui est plutôt troublant. M. Arseneau s’en est aussi pris au conseiller Roger Chevarie, alors à la tête du comité de surveillance, sous prétexte qu’il voulait devenir maire. Qu’est-ce que cela aurait changé? Le maire attendait-il que M. Chevarie, mis au courant de ses irrégularités, ne fasse rien et taise toute l’affaire auprès de ses collègues du conseil municipal? Au contraire, en intervenant comme ils l’ont fait, Dominique Delaney et Roger Chevarie se sont acquittés de leurs responsabilités au regard des finances de la municipalité. Voilà quelqu’un qui se plaignait qu’on lui fasse un procès d’intention et qui applique la même médecine aux gens qui ont questionné ses actes. C’est selon moi un aveu de faiblesse sur le fond de l’affaire. Que le maire agisse ainsi, même pour se défendre d’un crime, voilà qui pose de graves questions éthiques.

Et dire que, n’eût été la fuite dans les médias par on ne sait qui et la plainte d’un citoyen dont on ne connaît toujours pas l’identité, nous n’en aurions rien su.

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J’ai toujours dit que je ne savais pas où commençaient et où se terminaient le vol et la fraude au plan légal, mais on ne me fera pas avaler que le maire est irréprochable. Faisons un parallèle avec une situation fictive. Toi et moi, nous établissons une entente. Je te prête 1000 $ que tu me remettras quand tu recevras ton remboursement d’impôt. Finalement, après un bon moment, il s’avère que tu as reçu et encaissé ton chèque d’impôt, mais tu ne m’as pas remboursé. Tu n’as donc pas respecté notre entente. Pire :  deux ans et demi plus tard, malgré mes demandes répétées, non seulement tu ne m’as toujours pas remboursé, mais tu as continué d’utiliser mon argent en utilisant le même stratagème, ta dette à mon égard gonflant un peu plus chaque fois.  Ce n’est peut-être pas du vol au sens de la loi, mais de manière évidente, ton geste brise la relation de confiance que j’avais avec toi. À titre personnel, si ce n’est pas du vol, un tel comportement est néanmoins sévèrement répréhensible.

Alors, qu’en est-il lorsque le geste est commis par la personne à la tête d’un organisme public comme la municipalité? Si elle n’est pas criminelle, la conduite du maire Arseneau reste irresponsable, inacceptable et condamnable. Il a montré selon quel ordre de priorité et avec quelles valeurs il considérait l’argent des contribuables. On n’attend pas d’un maire qu’il se comporte ainsi. On s’attend plutôt qu’il soit doublement vigilant avec les deniers publics et le premier imputable de toute faute commise à cet égard.

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En agissant comme il l’a fait dans toute cette affaire, Joël Arseneau s’est montré indigne d’être maire.  Bien des politiciens ont démissionné pour beaucoup moins que ça. En ne démissionnant pas, Joël Arseneau nous demande d’admettre sa conduite, nous suggérant d’augmenter notre seuil de tolérance éthique dans d’autres situations du genre. Ce faisant, il expose et affaiblit considérablement l’institution municipale déjà en mal de crédibilité dans l’opinion publique. Par son geste et la manière dont il s’en est défendu, il est désormais discrédité et impuissant à exercer le leadership qu’un maire doit incarner à l’endroit des employés, des citoyens et des interlocuteurs du gouvernement municipal. En restant maire, Joël Arseneau prouve aussi qu’il place ses intérêts personnels au-dessus des intérêts de la municipalité. Je ne peux pas croire qu’il ne s’en rende pas compte. Est-il tellement imbu de lui-même qu’il en vienne à croire que, malgré son inconduite, il est dans notre intérêt que la municipalité des Îles soit dirigée par lui? Ce serait tellement narcissique!

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Le procès a révélé des faits préoccupants. Le maire Joël Arseneau veut tourner la page. Il espère que nous fassions de même. Pourtant, de toute évidence, M. Arseneau n’a pas agi en toute intégrité. Comme citoyen, est-il déraisonnable d’exiger davantage d’un maire qu’il ne soit pas reconnu par la justice comme un criminel ?

Publié par : Yvonne Langford | 27 avril 2013

Désir d’Afrique

« On ne sort pas indemne de l’Afrique. » Angélique Kidjo

« C’est votre premier voyage en Afrique ?», m’a demandé le jeune chauffeur de taxi. « Non, mais c’est mon premier voyage en Afrique noire. » « Et comment vous aimez ? » « Je suis en amour avec l’Afrique ! », ai-je déclaré d’emblée. Je l’ai vu sourire, puis s’interroger. « Ah bon ? Pourquoi ? » Sa question m’a décontenancée. J’ai eu besoin de quelques secondes pour lui répondre. « L’amour ne s’explique pas. C’est comme aimer un homme. On l’aime comme il est, c’est tout. Bien sûr qu’il n’est pas parfait, mais on l’aime. J’aime le Sénégal, comme il est. Et à travers lui, j’aime l’Afrique. » À son sourire, j’ai compris que ma réponse a eu l’heur de lui plaire.

On ne prévoit pas qu’on va tomber amoureux. Ça arrive.

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On nous mettait en garde : contre la chaleur, la misère, les microbes, les maladies, le vol, les laideurs, les mauvaises odeurs, la désorganisation, la séduction facile… Ce n’est pas ce qui reste.

Bien sûr, le Sénégal a des manques, des problèmes, peut-être quelques défauts.  Mais aime-t-on quelqu’un parce qu’il n’a pas de défaut ?

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J’aime l’énergie africaine, insufflée par le soleil, sa lumière et sa chaleur.  L’Afrique vit dehors. Rencontres, conversations, négociations, transactions, réunions, tout se fait dehors. Énergisant.

Comment ne pas aimer les Sénégalais ? Avec eux, la rencontre, c’est comme entrer dans une mer chaude. Un sens profond de la fraternité leur sort par tous les pores de la peau. Ils sont disponibles, souriants, ouverts, à l’écoute, attentionnés, affectueux, chaleureux. Ils vous touchent. Ils prennent le temps pour le rapport à l’autre, aux autres.

Les Sénégalais, hommes, femmes et enfants, sont plus beaux les uns que les autres. Les enfants qui accourent vers nous partout où nous allons. Les jeunes, nombreux, forts et beaux, ceux qui marchent, ceux qui attendent, ceux qui jouent au foot, ceux qui travaillent, ceux qui font la lutte, ceux qui regardent la lutte, ceux qui vous harcèlent dans l’espoir de vous vendre quelque chose, ceux qui rêvent d’un avenir meilleur… Les femmes sont tellement belles ! Dans leurs vêtements et leurs coiffures colorés, elles rayonnent bien plus qu’elles n’en ont conscience. « Sans les femmes, il n’y a pas d’avenir possible pour l’Afrique », a dit Diébédo Francis Kéré. Les hommes, jeunes et moins jeunes, sont tellement beaux ! Parfois désirables aussi, bien sûr, eux qui ont par moments l’entreprise de séduction complaisante et crue pour les toubabs que nous sommes.

Les Sénégalais respirent la fierté et la dignité. À travers toutes sortes de détails de la vie quotidienne, ils incarnent cette riche culture africaine à laquelle ils sont viscéralement attachés. Partout, la fraternité africaine est belle à voir. À travers eux, c’est toute l’Afrique qu’on veut mieux connaître.

Les Sénégalais sont incroyablement croyants. Jeunes et vieux, ils ont à la fois la tête pleine de magie et d’explications divines et les pieds plantés dans le défi matériel que la vie pose ici et maintenant. Leur culture et leur identité est riche et complexe, à la fois traditionnelle et moderne, conjuguant l’âne, la hutte de paille, les messages publics relayés dans le village par le tam-tam et le téléphone portable.

Malgré ses laideurs, ce qu’on voit, c’est la grande beauté de l’Afrique. Ses paysages de savane, ses forêts, ses merveilleux baobabs, ses côtes maritimes, son architecture. Et, partout, le mouvement. Et souvent, l’anarchie, dont ils n’ont pas peur.

Dans ce pays qui connaît tant de manques, quand on demande aux Sénégalais comment ça va, ils nous disent que ça va bien, puisque le Sénégal vit dans la paix. Ils ont raison. Le Sénégal respire la paix.

L’Afrique avance. Elle est en mouvement, en marche. J’ai rencontré des Sénégalais qui ont fait du développement le sens de leur vie. Au jour le jour, ces héros méconnus se creusent les méninges et se démènent pour aider les populations à mieux vivre. Remarquable.  Éblouissant.

Le Sénégal est jeune. Et par les jeunes, avec eux et en eux, le Sénégal change. Passionnant.

Les Africains sont inventifs, créatifs et débrouillards. Leur principale préoccupation :  faire qu’un peu d’argent entre dans leurs poches. Aujourd’hui, tout de suite. Pour les besoins essentiels. Laissés à eux-mêmes, ne comptant que sur eux-mêmes, les uns sur les autres, solidaires, ils demeurent optimistes. C’est la culture du « s’en sortir ».

Le Sénégalais aime les mots, les langues. Il en use abondamment. Il a la conversation facile. Le joyeux mélange des langues donne ce « langage imagé et enjoué, débité à une cadence de mitraillette ». Le wolof et le serer entrent dans nos oreilles comme de la musique africaine.

Le Sénégal sent bon. Il sent le bord de la mer, la cuisine, la peau et les parfums. Beau mélange.

Le Sénégal est plein de rythme et de musique. Dans les villages, les tams-tams résonnent. C’est l’enchantement.

Les Sénégalais ont un grand sens de la famille, du groupe et du village auxquels ils appartiennent. Ils sont constamment en lien. Je n’ai pas vu beaucoup de place – ni même de besoin – pour ce qu’on appelle ici l’intimité.

Les Sénégalais ont le temps. Ils sont dans l’instant présent. Et ils savent attendre.

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Depuis mon enfance, ce désir d’Afrique était enfoui loin en moi. Ce voyage en Afrique l’a fait rejaillir et rebondir.

On a eu beau se préparer à la rencontre qui vient, s’en faire une idée, la réalité de la rencontre surpasse le meilleur de nos scénarios. L’Afrique m’a touchée, dans tous les sens du terme.

La cinquantaine bien sonnée, on s’étonne de constater qu’on n’a pas épuisé toutes ses chances de tomber amoureux. Aimer, c’est sentir une chaleur, la vie au-dedans et en dehors de soi. L’amour fait chaud au cœur, il irradie, comme le soleil africain. L’amour pince aussi un peu, comme le soleil africain. Après, on est plus le même. Parce que l’amour n’est pas sans conséquence. Il change notre regard sur les gens, les événements et les lieux que l’on croise. Notre composition intérieure est changée. Et comme on ressent le manque, on veut y retourner. Au plus vite.

Depuis le 12 décembre 2012 et jusqu’au 12 mars 2013, sur le site de l’Assemblée nationale, les Québécois peuvent signer une pétition réclamant que le Code civil du Québec soit modifié « afin que l’animal de compagnie ait un statut juridique qui reconnaît son droit à la vie. » Voilà une proposition clairement animaliste, cette philosophie que les Madelinots combattent depuis plusieurs décennies dans le dossier de la chasse au phoque.

Le plus étonnant, c’est que ce soit la députée des Îles-de-la-Madeleine, Jeannine Richard, qui parraine cette pétition. Je comprends mal ce geste conscient ou inconscient de madame Richard. Voici pourquoi.

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Je ne doute pas des bonnes intentions des gens qui ont pris l’initiative de cette pétition. Ils aiment les animaux et sont sensibles à leur bien-être. Ils sont dégoûtés par les phénomènes de l’abandon et de l’euthanasie d’animaux sains et les scandales comme celui des usines à chiots. Ils veulent améliorer leur sort. Ils jugent insuffisantes les lois en vigueur au Québec et au Canada (article 444 à 447 du Code criminel canadien) qui interdisent de causer volontairement de la souffrance à un animal en le négligeant ou en lui infligeant des douleurs ou des blessures et qui, par exemple, obligent tout propriétaire d’un animal à lui donner un abri, de l’eau et de la nourriture et qui lui interdisent de le frapper ou de le blesser.

C’est pourquoi les pétitionnaires veulent « que le Code civil du Québec soit amendé afin que l’animal de compagnie ait un statut juridique qui reconnaît son droit à la vie ». Dans une entrevue à Benoit Dutrisac, Marie-Josée Paquette, responsable de la pétition, va jusqu’à parler d’une personnalité animale et d’une charte du droit des animaux. Voilà des propositions très franchement animalistes.

Ce principe du droit à la vie pour les animaux, quels qu’ils soient, est selon moi une grave erreur. (J’en ai d’ailleurs traité dans un précédent article publié sur mon blogue.) Qu’on veuille resserrer les lois et la règlementation, imposer des peines plus sévères contre les contrevenants, exercer une meilleure surveillance afin d’assurer un plus grand respect des animaux, sauvages ou domestiques, on peut en être. Prendre soin des animaux et les traiter avec humanité est en effet une responsabilité que seul l’homme peut et doit prendre. Ce sont autant d’obligations que l’homme doit assumer vis-à-vis des animaux, comme globalement vis-à-vis l’environnement, et cela ne peut découler d’un prétendu droit des animaux que seul l’homme pourrait définir et faire appliquer. – Imaginez-vous un chien ou un hamster devant un juge ? – Dans ce cadre, le droit à la vie pour les animaux domestiques et de compagnie est une complète absurdité qui nous amène à une complète aberration. Et qu’en sera-t-il lorsqu’on devra, en toute logique, en toute notion d’égalité des droits pour tous les animaux, l’étendre aussi aux animaux sauvages, aux mouches, aux homards comme aux rats ? Et tant qu’à y être, pourquoi pas à tout être vivant, y compris les carottes et les bactéries ?

Plutôt qu’un fallacieux droit à la vie pour les animaux, parlons donc du devoir de l’homme vis-à-vis des animaux, y compris, lorsqu’il le faut, celui de mettre fin à leurs jours de la façon la plus humaine possible, pour arrêter leur souffrance, pour éviter qu’ils errent librement et dangereusement dans la cité parce que leur propriétaire les a abandonnés et qu’on ne trouve personne pour les adopter, pour assurer un meilleur équilibre entre les espèces, sans non plus nous interdire de tuer un animal pour nous nourrir et nous vêtir, toujours en s’assurant de la pérennité des espèces. Ce sont des valeurs humaines, l’écologie et la protection de l’environnement qui doivent dicter notre conduite vis-à-vis les animaux, et non l’animalisme.

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Je comprends qu’un élu veuille faire plaisir à des citoyens, ici des gens qui aiment les animaux et leur veulent du bien. Mais cet élu a aussi le devoir de ne pas être naïf et d’examiner et de soupeser sérieusement les idées qu’on lui soumet. De surcroît, comme tout habitant des Îles-de-la-Madeleine, plus que d’autres Québécois, conscient que le dossier de la chasse au phoque comporte une grande dimension politique, il devrait entendre une alarme sonner devant  le caractère évidemment animaliste de cette proposition du droit à la vie pour des animaux.  Jusqu’où pourrait aller une telle reconnaissance du droit à la vie des animaux ? Comment ne pas penser que si le principe du droit à la vie repose sur l’idée que les animaux domestiques « sont des êtres vivants doués de sensibilité éprouvant la faim, la douleur et la souffrance », les animaux sauvages, des êtres vivants sensibles, devraient eux aussi « jouir » du même droit ?

Je m’étonne que Jeannine Richard, députée des Îles-de-la-Madeleine et adjointe parlementaire au ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation, ait parrainé cette pétition qui pue l’animalisme à plein nez. L’aurait-elle vu et qu’elle aurait décidé de parrainer cette pétition quand même ? Je m’en étonne encore plus. N’a-t-elle pas de problème à favoriser la promotion de ces principes animalistes qui ne tiennent pas debout, même pour les animaux domestiques, puisqu’ils ne servent pas du tout la protection des animaux ? Et compte tenu de ses responsabilités d’élue, comment pourra-t-elle justifier devant les animalistes que ce principe du droit à la vie ne devrait pas s’appliquer aux phoques et aux autres animaux sauvages ?

Publié par : Yvonne Langford | 2 janvier 2013

Non à l’animalisme à Québec solidaire

Lors de son Conseil national tenu du 30 novembre au 2 décembre 2012, j’ai été soulagée que Québec solidaire (QS) ait eu le bon jugement de refuser la création d’un collectif animaliste[1]. Je vois mal comment j’aurais pu concilier mon adhésion à ce parti et plus encore ma candidature sous cette bannière avec l’existence d’un tel collectif dans ses rangs.

Le mouvement animaliste attaque la communauté des Îles-de-la-Madeleine depuis environ une quarantaine d’années.  Au fil des années, à notre détriment, les Madelinots et les Madeliniennes dont je suis ont appris à connaître ce mouvement, sa philosophie, ses valeurs, ses actions et ses comportements. Et je ne vois rien dans ce mouvement qui pourrait être cohérent avec QS.

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Le mouvement animaliste que nous connaissons aux Îles-de-la-Madeleine repose sur une vision dogmatique selon laquelle les animaux devraient avoir des droits, non seulement en tant qu’espèces, mais en tant qu’individus. En vertu de ces droits, comme les esclaves – parallèle plus que douteux, parce que réducteur et insultant pour tous ceux et celles qui ont donné leur vie pour leur libération -, les animaux seraient actuellement victimes de discrimination, notamment en regard de toute activité qui entre dans une optique d’exploitation. On peut penser à toutes les situations où les animaux sont capturés, possédés, gardés captifs, vendus, tués ou que leurs produits sont consommés. On devine rapidement que la pensée et l’activité des groupes animalistes heurtent de plein fouet une panoplie d’activités inscrites au cœur même de la vie de l’espèce humaine depuis son apparition sur la Terre, y compris la chasse, la pêche et l’agriculture, activités qui occupent des centaines de milliers de Québécois encore aujourd’hui.

Le mouvement animaliste que nous connaissons fait fi des connaissances et des avancées scientifiques sur le bien-être, la santé et l’équilibre des populations animales prises dans leur ensemble. Cette approche scientifique ne les intéresse pas. Leur vision est autre qu’écologiste ;  elle est ailleurs. Ainsi, malgré ce que souhaitent les animalistes eux-mêmes lorsqu’ils utilisent les arguments des écologistes, on fait erreur lorsqu’on amalgame leur approche à celle des écologistes, qui se soucient notamment du respect et de la conservation de la nature, de la préservation des espèces et de la diversité biologique, tout en respectant les lois de la nature, comme la prédation de la gazelle par le lion, de la morue par le phoque ou de la souris par le chat.

Le mouvement animaliste que nous connaissons agit en lutte contre des populations humaines. De leur point de vue, il y a eux et les animaux qu’ils disent défendre d’un côté ;  de l’autre côté adverse, il y a les populations qui vivent du prélèvement de la nature, les chasseurs par exemple. Sur la banquise entourant les Îles-de-la-Madeleine, année après année, les animalistes ont provoqué les chasseurs de phoque. Dans les médias et sur des forums de discussion, des animalistes sont allés jusqu’à se réjouir de la mort de quatre pêcheurs-chasseurs dans le naufrage de l’Acadien II lors de la campagne de chasse de 2008 après que le tristement réputé Paul Watson ait déclaré que la chasse au phoque constituait une tragédie beaucoup plus grave que la mort des quatre chasseurs qui ont péri dans ce naufrage[2]. Voilà qui est tout à fait démonstratif de ce courant de pensée qui place ici l’animal avant l’humain.

Le mouvement animaliste que nous connaissons fait l’objet de vives controverses. Plus encore, il crée de toutes pièces des conflits qui prennent parfois les couleurs de la guerre.  Aux Îles-de-la-Madeleine, il y a des décennies que cela dure. Les animalistes créent délibérément des incidents pour mousser leur propagande médiatique. Ils nuisent délibérément au travail des chasseurs, un travail de doigté et de précision qui se déroule avec des armes à feu et des embarcations soumises au mouvement des glaces et de la mer… Avec leurs hélicoptères, les animalistes volent à basse altitude de manière à apeurer les phoques pour qu’ils se jettent à l’eau et échappent ainsi aux chasseurs. Souvent au mépris des règles encadrant l’émission de leurs permis d’observateurs, les animalistes harcèlent les chasseurs dans le but de prendre des images qui leur permettront de les dépeindre à la face du monde comme des barbares assoiffés de sang, ce qui leur vaudra par la même occasion de remplir les coffres de leurs organisations. Nous redoutons le jour où des altercations entre ces animalistes et nos chasseurs provoqueront des événements plus regrettables encore.

Par les procédés qu’ils emploient et les arguments qu’ils invoquent, les animalistes que nous connaissons nous font penser aux militants du mouvement pro-vie. C’est particulièrement vrai lorsqu’ils argumentent pour la défense d’êtres sensibles dits sans droits et lorsqu’ils prétendent parler au nom de ces êtres vivants incapables de s’exprimer pour eux-mêmes.

Rien, dans le mouvement que nous connaissons, ne nous permet de comprendre que la mouvance animaliste aurait à voir avec les idées de gauche. Au contraire, des animalistes que nous connaissons sont franchement à droite. Par exemple, ils comptent dans leurs rangs des gens comme Brigitte Bardot, proche du Front national de Jean-Marie et Marine Le Pen.

* * * * *

S’appuyant sur l’ouverture qui fait la réputation de QS, certaines personnes ont trouvé incongru que le Conseil national refuse la création de ce collectif. Pour moi, la question d’accepter ou non ce collectif n’en est pas une de degré, mais de cohérence. Les collectifs existant à Québec solidaire me semblent bien cohabiter avec la « nébuleuse » de la gauche et du progressisme. Il en est tout autrement ici. Je ne vois pas du tout comment un collectif animaliste correspondrait aux valeurs de QS. Où place-t-on la limite ? Accepterait-on un collectif pro-vie ? Un collectif contre l’existence d’un État palestinien ? Un collectif cléricaliste ? Nous ne croyons pas que, sous prétexte d’ouverture, il appartienne à QS d’abriter toutes les chapelles.

De mon point de vue, accepter un collectif animaliste dans nos rangs aurait atteint sérieusement la relation de QS avec les populations de ce qu’on appelle les « régions ressources » (expression mal choisie s’il en est une). Aussi, elle aurait nourri la perception d’un trop grand nombre de Québécois qui jugent ce parti comme trop seulement montréalais et trop facilement farfelu et excentrique.

Un parti politique, ce n’est pas un club où on réfléchit à tout et à rien, mais un lieu où on adhère à quelque chose. À QS, si on crée un collectif, c’est qu’on accepte de réfléchir sur un objet précis dans une perspective politique. En quoi les réflexions d’un collectif animaliste s’inscriraient-elles dans les réflexions du parti politique de gauche qu’est QS ? Le parti est-il prêt à remettre en question la relation homme-animal au-delà des perspectives éthique, économique, écologiste et de santé publique ? Que veulent les militants-tes qui ont proposé un collectif animaliste ? Est-ce que la doctrine animaliste exprime bien ce qu’ils et elles recherchent ? Si oui, je les inviterais à s’organiser ailleurs qu’à QS, puisque leurs objectifs sont carrément incompatibles avec ce que je comprends de QS. Sinon, peut-être recherchent-ils autre chose et qu’un autre terme ou d’autres moyens qu’un collectif correspondraient mieux à leurs objectifs. En effet, qu’il puisse y avoir dans le parti des réflexions sur la condition animale, notamment sur la cruauté envers les animaux, l’élevage industriel ou l’utilisation de la production animale en agriculture, cela ne vaut certainement pas la création d’un collectif appelé animaliste.

Je me réjouis que les membres de QS aient pris la bonne décision.

 


[1] Les statuts de QS prévoient que le parti peut reconnaître l’existence de collectifs « de courants de pensée différents et complémentaires » (article 14.1 des statuts de QS). Un collectif est constitué par un ensemble de membres en règle du parti (au moins dix) qui se regroupent sur la base d’un thème ou d’une affinité politique particulière tout en s’engageant à respecter les valeurs, les statuts et le programme du parti. Même s’ils ne jouissent pas d’une représentation particulière, ces collectifs sont reconnus par les instances du parti et peuvent promouvoir leurs idées et leurs activités lors des rencontres du parti, essentiellement grâce à des tables d’informations mises à leur disposition.

[2] « Chasse et naufrage :  des propos controversés », Radio-Canada Est-du-Québec, vendredi 4 avril 2008, adresse :  http://www.radio-canada.ca/regions/est-quebec/2008/04/04/004-watson-propos-controverse.asp.

Publié par : Yvonne Langford | 24 octobre 2012

Debout pour la protection du golfe Saint-Laurent

Le 24 octobre 2012 – Salle des Pas perdus, à Cap-aux-Meules, aux Îles-de-la-Madeleine, Québec – Intervention d’Yvonne Langford à la séance de « consultation » de l’Office Canada-Terre-Neuve des hydrocarbures extracôtiers sur la mise à jour de l’évaluation environnementale stratégique de la portion terre-neuvienne du projet Old Harry.

* * *

Nous, les gens des Îles-de-la-Madeleine, nous sommes les gardiens du golfe Saint-Laurent.  Aujourd’hui, nous sommes ici pour faire entendre la voix des gens des Îles et des habitants du golfe.

Comme citoyenne des Îles-de-la-Madeleine, j’unis ma voix à celles de mes concitoyens et à celles des habitants du golfe Saint-Laurent.

Avec eux, je dénonce la consultation actuellement menée par une firme de génie-conseil mandatée par l’Office Canada-Terre-Neuve des hydrocarbures extracôtiers sur la mise à jour de l’évaluation environnementale stratégique de la portion terre-neuvième du projet Old Harry. Avec eux, je dénonce le trop court laps de temps accordé aux citoyens et aux organismes qui ont voulu s’y préparer, la trop grande proximité des intérêts de la firme de génie-conseil chargée de la mise à jour de l’EES, de l’Office et des pétrolières, la piètre qualité des informations portées à la connaissance du public lors des séances de consultation, le manque de transparence de tout le processus et l’absence de tout débat qui servirait réellement les intérêts de la population.

Avec eux, je m’oppose à toute exploitation des éventuelles ressources fossiles que contiendrait le golfe. En cherchant à exploiter les éventuelles ressources pétrolières et gazières dans le golfe du Saint-Laurent le plus vite possible, on ne va pas dans la bonne direction. Avec beaucoup d’autres résidents du golfe, je réclame un vrai moratoire sur le projet Old Harry.

Et au terme du processus en cours, quelle que soit la décision prise, je m’engage à œuvrer avec eux de manière à ce que tout projet d’exploration et d’exploitation s’arrête le plus vite possible. Si les entreprises privées sont autorisées à quand même réaliser leur projet, avec eux, je continuerai de m’objecter et d’intervenir de manière à ce que ce ne ce soit pas possible d’exploiter tranquillement les ressources du golfe en énergies fossiles en exigeant toutes les mesures de sécurité susceptibles de protéger le golfe. Aussi, je m’unirai à tous ceux et celles qui réclameront des mesures de mitigation précises pour palier au pire et pour que soit augmentée de manière significative la capacité d’intervention en cas de déversement accidentel d’hydrocarbures dans le golfe.

* * *

Pour moi, Old Harry, c’est non pour une tonne de bonnes raisons :

  1. Parce que la voie des énergies fossiles n’est pas la voie à suivre pour un Québec plus vert et une planète plus en santé. Produire des énergies fossiles, c’est aller dans le sens de l’économie du XXe siècle, c’est creuser le problème des émissions de gaz à effet de serre (GES) qui sont de loin responsables des changements climatiques. On doit s’engager dans une voie qui nous amène à réduire nos émissions de GES, pas à les augmenter.
  2. Parce que les habitants des Îles, de Terre-Neuve et des côtes du golfe Saint-Laurent sont les premiers menacés par les effets de ces changements climatiques. Ces dernières années, ici aux Îles, on est frappé de plein fouet par ces effets et jusqu’ici, nous sommes laissés seuls face à leurs conséquences :  érosion accélérée des côtes, routes et infrastructures menacées… Et ce n’est que le début. Comme habitant du Québec et du Canada maritimes, notre responsabilité est d’aller vers un monde plus vert, pas d’ajouter à la production de GES.
  3. Parce que si des réserves existent, elles ne perdront pas de valeur avec le temps; au contraire. Donc, rien ne presse.
  4. Parce qu’actuellement, il n’y a pas de gestion intégrée du golfe, malgré que le golfe est un seul écosystème et que toutes les communautés côtières sont à risque avec le projet de forer le site de Old Harry, qu’il s’agisse de la portion terre-neuvienne ou de la portion québécoise de ce site. Puisque l’exploitation d’hydrocarbures dans le golfe du Saint-Laurent menacerait les cinq provinces frontalières du golfe, elle doit être décidée par les cinq provinces. En conséquence, leurs populations doivent être consultées correctement.
  5. Parce que « le golfe Saint-Laurent est un écosystème fragile, unique au monde, où tout incident pétrolier pourrait avoir des conséquences désastreuses ». Il faut noter que l’exploration est aussi dangereuse que l’exploitation, même plus, diront ceux qui s’y connaissent.
  6. Parce qu’encore une fois, nous constatons que l’évaluation environnementale stratégique en cours est menée par une firme qui a des intérêts dans l’industrie des énergies fossiles. Aussi, l’Office Canada-Terre-Neuve des hydrocarbures extra-côtiers est lui-même devenu un organisme qui fait la promotion de l’industrie pétrolière, alors qu’il a dans son mandat de protéger l’environnement. Nos inquiétudes sont vives quant à cette trop grande proximité des intérêts des organisations actuellement impliquées dans le processus, intérêts, bien sûr, en faveur de l’exploitation pétrolière.
  7. Parce que, dans l’ensemble des provinces frontalières du golfe et au niveau fédéral, une importante révision des normes et des lois entourant l’exploitation de nos ressources naturelles s’impose. Dans la dernière année, le gouvernement de M. Harper a considérablement affaibli l’encadrement législatif et réglementaire entourant ce genre de projet d’exploitation pétrolière en mer, notamment la loi sur la protection des océans. C’est inquiétant de constater que les gouvernements provinciaux sont silencieux là-dessus, à croire que ça fait leur affaire. Dans ce contexte, qui assure que les intérêts de la population soient pris en compte ?
  8. Parce qu’actuellement, les conditions ne sont pas réunies pour un encadrement environnemental adéquat. Les connaissances scientifiques actuelles sont loin d’être suffisantes pour une évaluation environnementale stratégique digne de ce nom, notamment sur la dynamique et les particularités du golfe Saint-Laurent (vent, températures, glaces…). Ces dernières années, les gouvernements fédéral et provinciaux ont détruit ou privatisé les ressources scientifiques indépendantes qui apporteraient une réelle crédibilité aux études qui sont nécessaires pour aller de l’avant. Notamment, le gouvernement du Canada a mis à pied ses scientifiques qui travaillaient sur ces questions. Ce n’est rien pour nous rassurer. Il sera long de reconstruire des ressources scientifiques indépendantes, libres des attaches qu’elles ont souvent aujourd’hui avec l’industrie.
  9. Actuellement, le cadre réglementaire et de partage des bénéfices découlant de l’exploitation des ressources naturelles non renouvelables est loin de permettre un réel partage de la valeur de ces ressources au bénéfice des Québécois et des Canadiens, et plus particulièrement des populations des régions où ces ressources se trouvent. Dans ces conditions, on ne peut pas aller de l’avant.
  10. Parce que les risques sont immenses pour les deux pôles socio-économiques des Îles et des communautés côtières du golfe Saint-Laurent que sont la pêche et le tourisme. À ce chapitre, les services écologiques rendus par le golfe Saint-Laurent pour les gens qui l’habitent dépassent les retombées économiques qu’on nous fait miroiter et qui ne sont souvent pas au rendez-vous pour les communautés côtières. Un exemple :  la Louisiane est à la fois l’État qui produit le plus de pétrole et un des États les plus pauvres des États-Unis. À ce chapitre, je veux faire entendre les grandes inquiétudes des pêcheurs sur les développements qui pourraient se faire à Old Harry. Je me rappelle, lors du lancement de la Coalition Saint-Laurent aux Îles, avoir entendu un pêcheur dire, de manière bien imagée : « Nous autres, on le sait :  une seule cuillerée à soupe de « fuel » et nos crustacés ne sont plus vendables sur le marché. » Ces propos sont corroborés par Émilien Pelletier, un scientifique de l’UQAR, qui nous a expliqué comment il fallait bien peu de pétrole pour que les crustacés, notamment, prennent le goût du pétrole et pour longtemps. Il y a un choix à faire :  les pêches et le tourisme ou le pétrole.
  11. Parce que l’actuel processus de consultation est carrément insatisfaisant.
  12. Parce que l’exploitation des hydrocarbures dans le golfe Saint-Laurent n’est pas sécuritaire. Les Îles occupent une situation à la fois stratégique et très exposée dans le golfe. Actuellement, avant même une exploitation du site de Old Harry, ce n’est pas sécuritaire du point de vue du trafic des pétroliers dans le golfe. Nous n’avons pas la capacité de faire face au déversement d’un seul de ces gros pétroliers. En plus, « La loi fédérale limite la responsabilité financière des entreprises pétrolières à 30 millions $ sur la côte est. S’il y a une marée noire, les contribuables pourraient hériter du reste de la facture (…) ». Il faut que les Îles et le golfe soient mieux protégés des risques que nous font courir les pétroliers qui naviguent chaque bord de l’archipel. Dans le contexte de la « consultation » d’aujourd’hui, il est aberrant que la compagnie Corridor Resources refuse de revoir son modèle de déversement pétrolier dans le golfe du Saint-Laurent, un modèle qui a pourtant été sévèrement critiqué par les autorités d’Environnement Canada et de Pêches et Océans Canada et par les groupes environnementaux. Que cette pétrolière fasse aussi peu de cas de la sécurité environnementale du golfe, c’est une attitude totalement inacceptable et inexcusable qui témoigne de l’arrogance et du mépris de cette compagnie pour le golfe et ses habitants, alors qu’elle demande l’autorisation d’exploiter nos ressources en faisant des trous dans le plancher sous-marin du golfe Saint-Laurent.
  13. Parce qu’actuellement, tout va beaucoup trop vite pour la capacité des populations, des municipalités et des groupes environnementaux – laissés à eux-mêmes, sans un financement qui leur permet de bien faire leur travail – de réagir.

* * *

En conclusion, ni l’état actuel des connaissances scientifiques, ni le processus actuel de consultation, ni les conditions d’ordre légal, réglementaire, environnemental, fiscal et économique entourant le projet Old Harry ne sont en mesure d’offrir aux Madelinots, aux Québécois et aux habitants du golfe un encadrement digne de confiance et des retombées qui vaillent les risques encourus.

En conséquence, j’interpelle le maire des Îles, Joël Arseneau, la députée des Îles à l’Assemblée nationale du Québec, Jeannine Richard, le député de la Gaspésie-les Îles à la Chambre des Communes, Philip Toone, le ministre québécois de l’Environnement, M. Daniel Breton, et le ministre canadien de l’Environnement, M. Peter Kent, pour qu’ils fassent tout en leur pouvoir :

  • pour arrêter ce processus « bidon » actuellement mené par l’Office Canada-Terre-Neuve
  • pour qu’ils assurent la réelle prise en compte des intérêts des populations riveraines du golfe
  • pour qu’ils exigent une consultation digne de ce nom sous la forme d’un BAPE (nous parlons ici d’un BAPE réformé, pas du BAPE de ces dernières années, qui a perdu sa crédibilité) avant que quelque geste soit autorisé en matière d’exploration et d’exploitation dans le golfe Saint-Laurent, une consultation où toutes les connaissances scientifiques seront partagées, les intérêts exposés de manière transparente et les points de vue discutés.
  • pour qu’ils favorisent une décision prise d’un commun accord par les cinq provinces concernées par le projet Old Harry.
  • pour que cette décision soit celle d’imposer un moratoire sur toute exploration ou exploitation des hydrocarbures dans le golfe Saint-Laurent, le temps d’une génération.
  • pour que, quelle que soit la décision sur le projet Old Harry, on dispose aux Îles-de-la-Madeleine d’un centre d’intervention d’urgence en mer pour tout le golfe Saint-Laurent.

 

Publié par : Yvonne Langford | 24 juillet 2012

Mon blogue en pause, le temps d’une campagne électorale

Chers lecteurs, chères lectrices,

D’ici au terme de la prochaine élection au Québec, je mets mon blogue en veilleuse pour consacrer mes énergies à préparer et à mener ma campagne électorale en tant que candidate de Québec Solidaire aux Îles-de-la-Madeleine. Donc, je continuerai de soumettre des analyses et des idées, mais dans un contexte de campagne électorale.

L’intérêt que vous avez manifesté à l’égard de mon blogue stimule mon désir de contribuer aux débats lors de la prochaine campagne électorale.

Je vous invite à suivre ma campagne grâce à :
mon blogue de candidate de Québec Solidaire
ma page Facebook de candidate

– mon compte Twitter : @yvlangford

Au plaisir d’échanger avec vous.

 

Publié par : Yvonne Langford | 28 juin 2012

Rien pour donner confiance aux gens des Îles et du golfe

Des liens entre Genivar, l’industrie pétrolière et le Parti libéral du Québec :

RIEN POUR DONNER CONFIANCE AUX GENS DES ÎLES ET DU GOLFE

Depuis novembre 2011, les gens des Îles et du golfe Saint-Laurent ont été mis au courant de nouvelles qui sont venues éclairer les liens entre la firme de génie-conseil Genivar, l’industrie pétrolière et le Parti libéral du Québec. Rien pour rassurer.

Au début du mois de novembre 2011, les gens des Îles ont été au-delà de cent cinquante à assister à la tournée de « consultation publique » organisée aux Îles par la firme de génie-conseil Genivar responsable de « l’Évaluation environnementale stratégique sur la mise en valeur des hydrocarbures du golfe Saint-Laurent » (EES2).  Comme les Gaspésiens et les Nord-Côtiers avant eux, les Madelinots ont alors exprimé leur manque de confiance dans le processus de consultation et dans le rapport préliminaire qui leur a été soumis. Les gens des Îles comme des autres régions côtières se sont aussi montrés fort inquiets des enjeux de l’exploration et de l’exploitation des hydrocarbures du gisement Old Harry.

Un peu avant, la firme avait été mandatée par le gouvernement du Québec pour réaliser cette étude qui revêt une importance cruciale, puisque le gouvernement devrait se baser sur le rapport que lui remettra Genivar à l’automne 2012 pour franchir les prochaines étapes dans ce dossier.

Si nous avions su…

NOUVELLE

RÉFLEXION

Nous aurions dû savoir depuis le printemps 2011 que Genivar investissait dans l’industrie pétrolière en faisant l’acquisition « d’une entreprise spécialisée dans la conception et la gestion d’installations pétrolières et gazières » (réf. 1).En mars 2012, une autre transaction est venue confirmer cette orientation de l’entreprise (réf. 2). À preuve, une page de son site Internet est désormais consacrée à ce savoir-faire industriel de Genivar dans le pétrole et le gaz. Amir Khadir, député de Québec Solidaire, avait complètement raison quand il a soulevé le conflit d’intérêts dans lequel ces investissements plaçaient la firme de génie-conseil chargée d’étudier les risques liés à l’exploitation des gisements sous-marins de pétrole (réf. 1).  En effet, comment Genivar peut-il à la fois avoir des intérêts dans l’industrie pétrolière et être l’évaluateur des risques environnementaux d’un projet d’exploitation d’hydrocarbures dans le golfe? Que Nathalie Normandeau n’y voit aucun problème (réf. 3) n’a absolument rien pour nous rassurer.Le dossier Old Harry doit être traité en toute indépendance et ne présenter ni conflit d’intérêts ni apparence de conflit d’intérêts. Genivar ne doit tout simplement pas être impliqué dans le dossier.
En mai 2012, en pleine crise étudiante, nous avons appris qu’en avril 2009, deux vice-présidents chez Genivar avaient organisé, à titre personnel nous dit-on, une activité-bénéfice pour le Parti libéral du Québec. Ce petit déjeuner réunissait entre 15 et 20 participants, dont le mafioso Domenico Arcuri (réf. 4) et l’invitée-vedette de cette activité de financement :  Line Beauchamp, alors ministre de l’Environnement. Prix d’entrée (avant les dons volontaires) :  1000 $ par personne. Résultat :  61 500 $ dans les coffres du PLQ.Un des participants, l’ingénieur André-Martin Bouchard, est aujourd’hui vice-président environnement de l’entreprise Genivar. Voilà qui illustre de manière fort éloquente les liens entre les firmes et les partis politiques. Les deux y trouvent leur compte.Les dirigeants de Genivar participant généreusement à la caisse électorale de la ministre, l’entreprise, elle-même impliquée dans l’industrie pétrolière, peut espérer obtenir du gouvernement un positionnement fort avantageux. Le gouvernement libéral, quant à lui, met la table pour obtenir les conclusions dont il aura besoin pour aller de l’avant avec l’exploitation des hydrocarbures. N’écoutant que les généreux donateurs à sa caisse électorale, il appuiera sans faillir l’entreprise, même quand le conflit d’intérêts exposé plus haut sera exposé en plein jour (réf. 3).
Juin 2012 :  dans la foulée de la commission Charbonneau et du témoignage de Jacques Duchesneau , nous avons appris que Genivar figurait dans le top 5 des firmes de génie-conseil dont les employés et les proches avaient été les plus généreux envers les partis politiques, en particulier le Parti libéral du Québec. En dix ans, ses ingénieurs et autres employés ont versé 532 160 $ à la caisse des partis politiques québécois, essentiellement le PLQ et le PQ. Même que proportionnellement à leur nombre, ce sont les employés de Genivar qui, de toutes les firmes de génie-conseil, ont le plus contribué à la caisse du PLQ (réf. 5).Le Parti québécois a aussi profité de la générosité des ingénieurs québécois, récoltant 34 % des contributions liées à des firmes de génie-conseil. Duchesneau est d’avis que le financement populaire des partis politiques, c’est une grande hypocrisie (réf. 6). C’est que beaucoup de gens font comme si la pratique des prête-noms n’avait pas cours et que c’était un pur hasard si autant d’employés de Genivar donnaient si généreusement au PLQ. Mais personne n’est dupe. Il y a bel et bien convergence d’intérêts. « Tu donnes à mon parti et je serai sensible aux intérêts de ton entreprise. » « Je donne à ton parti et je m’attends à ce que tu aies bien compris ce que je t’ai confié dans le creux de l’oreille. »Ici, ces intérêts privés s‘articulent entre la ministre de l’Environnement et une entreprise à la recherche d’opportunités d’affaires. L’une veut de l’argent pour sa caisse électorale. L’autre veut des contrats et du chiffre d’affaires, en particulier dans l’exploitation des ressources naturelles. Voilà qui devrait pouvoir s’arranger.

Quelles leçons faut-il tirer de ces événements ?

  • À juste titre, ces nouvelles ne font qu’ajouter aux inquiétudes des citoyens sur l’ensemble de l’opération en cours entreprise par le gouvernement du Québec avec l’aide de la firme mandataire visant l’exploitation des hydrocarbures autour des Îles. L’attitude responsable dans les circonstances, c’est de garder une attitude critique et, compte tenu de ce qu’on apprend, de ne pas accorder notre confiance aux gens qui pilotent le dossier.
  • Qui aurait cru que même aux Îles, les questions politiques actuelles liées à l’attribution des contrats publics et au financement des partis politiques nous rattraperaient. En tant que Madelinot, on ne peut plus croire que cette proximité d’intérêts entre l’actuel gouvernement du Québec et les entreprises privées impliquées dans l’exploitation de nos ressources ne nous touche pas.  Y compris pour des enjeux nous concernant ici aux Îles, l’argent peut acheter l’oreille d’un ministre libéral et du gouvernement dont il fait partie.
  • Il ne faut pas se faire d’illusion sur notre capacité comme citoyen, aussi avisés que certains d’entre nous puissent être, d’influencer les Genivar, ministres et autres décideurs et entreprises privées en « faisant leur éducation » pour les amener à se rendre compte des dangers de l’exploitation des hydrocarbures dans le golfe Saint-Laurent. Cette attitude candide fait l’impasse sur les intérêts communs de ces entreprises et du gouvernement en place. Qu’on se le dise :  actuellement, ce sont ces intérêts qui priment et qui dictent la conduite du gouvernement. Pour prendre des décisions éclairées quant à ce qu’il convient de faire dans ce dossier, un gouvernement vraiment au service de l’intérêt public, mais aussi les citoyens, ont absolument besoin du savoir scientifique pour éclairer les enjeux de cette éventuelle exploitation des hydrocarbures dans le golfe. C’est pourquoi il faut exiger que toutes les recherches scientifiques nécessaires soient conduites, dirigées par des organismes et des institutions publiques autonomes face au gouvernement et aux entreprises, neutres et sans partis-pris, comme doivent l’être les scientifiques dignes de ce nom. C’est à ce prix que les citoyens pourront regagner un peu de confiance. C’est pour ça qu’il faut continuer d’exiger un BAPE véritable où les citoyens pourront questionner la recherche scientifique.
  • À un niveau encore plus politique, lors de la prochaine élection, faisons tout ce que nous pouvons pour décourager nos parents et amis de voter libéral, ce parti qui confond ses intérêts et les intérêts des entreprises privées qui le financent, et ce, au détriment de l’intérêt public. Et encourageons les partis politiques qui se mettent au service de l’ensemble de la population, qui se portent à la défense du bien commun et de la qualité de l’environnement et qui appuient leurs positions et leurs actes sur des avis émis par des institutions neutres et indépendantes. Pour moi, le parti qui incarne le mieux cet idéal politique, c’est Québec Solidaire. Pourquoi cela ne peut-il pas être le Parti québécois ? Parce qu’historiquement, le PQ fait plus partie du problème que de la solution. N’est-ce pas le PQ qui, drastiquement, a préparé la situation dans laquelle le Québec est englué en dégarnissant les institutions publiques et les ministères de leur expertise et en ouvrant très largement les portes du gouvernement aux ruineux consultants de tout acabit ? N’a-t-il pas profité lui-même, même si c’est dans une mesure moins importante, de la pratique des prête-noms pour contourner les règles et se financer à même les entreprises privées, alors qu’il aurait pu agir pour resserrer la loi sur le financement des partis ? Il faut changer les choses plus loin que l’alternance.

Références

  1. « Genivar est en conflit d’intérêts selon Amir Khadir », communiqué de Québec Solidaire, 20 avril 2011, adresse web : http://www.quebecsolidaire.net/genivar_est_en_conflit_d%E2%80%99interets_selon_amir_khadir
  2. PC, « Genivar achète GRB engireering », Le Devoir, 2 mars 2012, adresse web :  http://www.ledevoir.com/economie/actualites-economiques/344048/en-bref-genivar-achete-grb-engineering
  3. SHIELDS, Alexandre, « Contrat d’évaluation environnementale – Pas de conflit d’intérêts chez Genivar, assure Nathalie Normandeau », Le Devoir, 20 avril 2011, adresse web :  http://www.ledevoir.com/politique/quebec/321552/contrat-d-evalutation-environnementale-pas-de-conflit-d-interets-chez-genivar-assure-nathalie-normandeau
  4. NOËL, André, « Un invité embarrassant », La Presse, 2 mai 2012, adresse web :  http://www.lapresse.ca/actualites/quebec-canada/politique-quebecoise/201205/01/01-4520935-un-invite-embarrassant.php
  5. « Financement des partis :  des ingénieurs généreux », Radio-Canada, 21 juin 2012, adresse web : http://m.radio-canada.ca/nouvelles/Politique/2012/06/21/002-firmesgenie-financement-partis.shtml
  6. « Le financement public des partis politiques est une grande hypocrisie, dit Duchesneau », Radio-Canada, 19 juin 2012, adresse web :  http://www.radio-canada.ca/nouvelles/societe/2012/06/19/002-commission-charbonneau-mardi.shtml

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