Publié par : Yvonne Langford | 27 avril 2013

Désir d’Afrique

« On ne sort pas indemne de l’Afrique. » Angélique Kidjo

« C’est votre premier voyage en Afrique ?», m’a demandé le jeune chauffeur de taxi. « Non, mais c’est mon premier voyage en Afrique noire. » « Et comment vous aimez ? » « Je suis en amour avec l’Afrique ! », ai-je déclaré d’emblée. Je l’ai vu sourire, puis s’interroger. « Ah bon ? Pourquoi ? » Sa question m’a décontenancée. J’ai eu besoin de quelques secondes pour lui répondre. « L’amour ne s’explique pas. C’est comme aimer un homme. On l’aime comme il est, c’est tout. Bien sûr qu’il n’est pas parfait, mais on l’aime. J’aime le Sénégal, comme il est. Et à travers lui, j’aime l’Afrique. » À son sourire, j’ai compris que ma réponse a eu l’heur de lui plaire.

On ne prévoit pas qu’on va tomber amoureux. Ça arrive.

* * * * *

On nous mettait en garde : contre la chaleur, la misère, les microbes, les maladies, le vol, les laideurs, les mauvaises odeurs, la désorganisation, la séduction facile… Ce n’est pas ce qui reste.

Bien sûr, le Sénégal a des manques, des problèmes, peut-être quelques défauts.  Mais aime-t-on quelqu’un parce qu’il n’a pas de défaut ?

* * * * *

J’aime l’énergie africaine, insufflée par le soleil, sa lumière et sa chaleur.  L’Afrique vit dehors. Rencontres, conversations, négociations, transactions, réunions, tout se fait dehors. Énergisant.

Comment ne pas aimer les Sénégalais ? Avec eux, la rencontre, c’est comme entrer dans une mer chaude. Un sens profond de la fraternité leur sort par tous les pores de la peau. Ils sont disponibles, souriants, ouverts, à l’écoute, attentionnés, affectueux, chaleureux. Ils vous touchent. Ils prennent le temps pour le rapport à l’autre, aux autres.

Les Sénégalais, hommes, femmes et enfants, sont plus beaux les uns que les autres. Les enfants qui accourent vers nous partout où nous allons. Les jeunes, nombreux, forts et beaux, ceux qui marchent, ceux qui attendent, ceux qui jouent au foot, ceux qui travaillent, ceux qui font la lutte, ceux qui regardent la lutte, ceux qui vous harcèlent dans l’espoir de vous vendre quelque chose, ceux qui rêvent d’un avenir meilleur… Les femmes sont tellement belles ! Dans leurs vêtements et leurs coiffures colorés, elles rayonnent bien plus qu’elles n’en ont conscience. « Sans les femmes, il n’y a pas d’avenir possible pour l’Afrique », a dit Diébédo Francis Kéré. Les hommes, jeunes et moins jeunes, sont tellement beaux ! Parfois désirables aussi, bien sûr, eux qui ont par moments l’entreprise de séduction complaisante et crue pour les toubabs que nous sommes.

Les Sénégalais respirent la fierté et la dignité. À travers toutes sortes de détails de la vie quotidienne, ils incarnent cette riche culture africaine à laquelle ils sont viscéralement attachés. Partout, la fraternité africaine est belle à voir. À travers eux, c’est toute l’Afrique qu’on veut mieux connaître.

Les Sénégalais sont incroyablement croyants. Jeunes et vieux, ils ont à la fois la tête pleine de magie et d’explications divines et les pieds plantés dans le défi matériel que la vie pose ici et maintenant. Leur culture et leur identité est riche et complexe, à la fois traditionnelle et moderne, conjuguant l’âne, la hutte de paille, les messages publics relayés dans le village par le tam-tam et le téléphone portable.

Malgré ses laideurs, ce qu’on voit, c’est la grande beauté de l’Afrique. Ses paysages de savane, ses forêts, ses merveilleux baobabs, ses côtes maritimes, son architecture. Et, partout, le mouvement. Et souvent, l’anarchie, dont ils n’ont pas peur.

Dans ce pays qui connaît tant de manques, quand on demande aux Sénégalais comment ça va, ils nous disent que ça va bien, puisque le Sénégal vit dans la paix. Ils ont raison. Le Sénégal respire la paix.

L’Afrique avance. Elle est en mouvement, en marche. J’ai rencontré des Sénégalais qui ont fait du développement le sens de leur vie. Au jour le jour, ces héros méconnus se creusent les méninges et se démènent pour aider les populations à mieux vivre. Remarquable.  Éblouissant.

Le Sénégal est jeune. Et par les jeunes, avec eux et en eux, le Sénégal change. Passionnant.

Les Africains sont inventifs, créatifs et débrouillards. Leur principale préoccupation :  faire qu’un peu d’argent entre dans leurs poches. Aujourd’hui, tout de suite. Pour les besoins essentiels. Laissés à eux-mêmes, ne comptant que sur eux-mêmes, les uns sur les autres, solidaires, ils demeurent optimistes. C’est la culture du « s’en sortir ».

Le Sénégalais aime les mots, les langues. Il en use abondamment. Il a la conversation facile. Le joyeux mélange des langues donne ce « langage imagé et enjoué, débité à une cadence de mitraillette ». Le wolof et le serer entrent dans nos oreilles comme de la musique africaine.

Le Sénégal sent bon. Il sent le bord de la mer, la cuisine, la peau et les parfums. Beau mélange.

Le Sénégal est plein de rythme et de musique. Dans les villages, les tams-tams résonnent. C’est l’enchantement.

Les Sénégalais ont un grand sens de la famille, du groupe et du village auxquels ils appartiennent. Ils sont constamment en lien. Je n’ai pas vu beaucoup de place – ni même de besoin – pour ce qu’on appelle ici l’intimité.

Les Sénégalais ont le temps. Ils sont dans l’instant présent. Et ils savent attendre.

* * * * *

Depuis mon enfance, ce désir d’Afrique était enfoui loin en moi. Ce voyage en Afrique l’a fait rejaillir et rebondir.

On a eu beau se préparer à la rencontre qui vient, s’en faire une idée, la réalité de la rencontre surpasse le meilleur de nos scénarios. L’Afrique m’a touchée, dans tous les sens du terme.

La cinquantaine bien sonnée, on s’étonne de constater qu’on n’a pas épuisé toutes ses chances de tomber amoureux. Aimer, c’est sentir une chaleur, la vie au-dedans et en dehors de soi. L’amour fait chaud au cœur, il irradie, comme le soleil africain. L’amour pince aussi un peu, comme le soleil africain. Après, on est plus le même. Parce que l’amour n’est pas sans conséquence. Il change notre regard sur les gens, les événements et les lieux que l’on croise. Notre composition intérieure est changée. Et comme on ressent le manque, on veut y retourner. Au plus vite.


Responses

  1. Bien écrit! Merci …l’Afrique aussi vous aime!

    Kenneth


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