Publié par : Yvonne Langford | 22 Mai 2012

La politique, mon père et moi

Ces dernières semaines, la crise politique et sociale provoquée par la réaction du gouvernement Charest au mouvement des étudiants québécois a happé l’attention, la vôtre comme la mienne. Écrire un papier de plus sur le sujet n’aurait probablement pas ajouté grand-chose à tout ce qui s’est exprimé là-dessus. D’un autre côté, parler d’autre chose alors que le conflit  s’exacerbait, cela me paraissait carrément indécent.

Bien des analystes ont fait remarquer le caractère historique de l’événement. Je suis d’accord avec eux. Nous n’avons pas fini de voir les changements profonds autour de ce qui pourrait devenir un événement phare de l’histoire du Québec. Alors qu’on s’attriste de la réaction du gouvernement Charest, réaction caractérisée par la fermeture, le mépris, la condescendance et la répression, on a des raisons de se réjouir, ne serait-ce que pour le formidable réveil politique provoqué par cette jeunesse intelligente, inventive, déterminée, engagée et solidaire.

Les événements de ces 100 derniers jours font que je suis à l’affût des changements profonds déjà induits ou rendus plus visibles grâce à cette crise, comme notre relation politique, à mon père, Raoul, et moi.

LA POLITIQUE, MON PÈRE ET MOI

D’aussi loin que je me souvienne, mon père s’est intéressé à l’actualité politique. C’est en faisant comme lui que, très jeune, j’ai commencé à écouter les nouvelles et à suivre les élections et les courses à la chefferie des partis politiques comme d’autres suivent le hockey.

Aussi loin que je puisse remonter dans le temps, mon père a été libéral et fédéraliste. Je ne me souviens pas de sa réaction à l’élection du PQ le 15 novembre 1976, mais à l’époque – j’avais 16 ans – je me rappelle avoir été transportée par cette victoire prometteuse. Le référendum du 20 mai 1980 a constitué notre premier froid politique. Au fond, je crois que mon père était tout simplement soulagé que les Îles restent dans le Canada. Le non à cette première invitation faite aux Québécois de réaliser l’indépendance du Québec, c’était ma première vraie défaite politique, de celles qui font mal. J’ai interprété ce premier désaccord politique profond, exposé avec retenue de part et d’autre, comme un conflit de générations. Mon père, comme les autres de sa génération, était libéral et fédéraliste. Moi, plus jeune d’une génération, j’étais de gauche et souverainiste.

Depuis, l’un et l’autre, nous savions très bien que nous n’avions pas les mêmes positions. Nous avons continué de discuter politique, mais en faisant bien attention de ne pas heurter nos opinions au-delà d’un certain seuil. Pas question de se chicaner de manière irrémédiable à cause de la politique. Il s’agissait plus d’exprimer nos positions respectives que d’essayer de convaincre l’autre. Après tout, nous avons en commun notre intérêt pour la politique et les affaires publiques. Il a sans doute longtemps cru que j’étais restée péquiste, beaucoup plus longtemps que je ne l’ai été en réalité ; en effet, depuis plusieurs décennies, pour moi, les libéraux et les péquistes, à bien des égards, c’était blanc bonnet et bonnet blanc. De mon côté, j’étais convaincue que mon père était de ceux qui étaient nés libéral et qui mourraient libéral.

* * * * *

Au milieu des années 2000, le scandale des commandites lui a fait plus de mal qu’à moi. Des années plus tard, il n’a toujours pas pardonné à Jean Chrétien et au Parti libéral du Canada d’avoir été malhonnêtes à ce point. Je comprends que, pour lui, ce fut une sorte de trahison. Désormais, il fait partie des anciens libéraux qui ne votent plus libéral au fédéral.

Au Québec, les affaires de corruption et de collusion révélées par les médias et les premières enquêtes policières lui font dire que Jean Charest est en train de faire la même chose avec le Parti libéral du Québec :  le détruire. Alors qu’auparavant, il aurait, me semble-t-il, trouvé toutes les raisons du monde de justifier les décisions et les positions du PLQ, voilà que, ces derniers temps, il a lâché ce parti. Peut-être est-ce davantage le PLQ qui a trahi ses plus fidèles électeurs, comme mon père, en faisant fi des règles morales dans la conduite des affaires de l’État.

* * * * *

J’ai toujours eu du respect pour ceux qui, comme mon père, ont voté libéral au moment où le Canada et le Québec ont mis en place l’État providence, un État plus juste et plus soucieux des autres. Mes parents ont toujours eu un grand respect pour un député comme Charles Cannon (premier député fédéral libéral du comté alors autonome des Îles-de-la-Madeleine de 1949 à 1958). Le député Cannon a notamment fait en sorte que les pêcheurs puissent bénéficier de l’assurance-chômage. Dans le même esprit, durant le long règne de Duplessis, voter libéral, c’était appuyer des mesures comme celles prises par Adélard Godbout ; par exemple, le vote des femmes, le droit à la syndicalisation et l’éducation gratuite au primaire. Au début des années soixante, voter libéral, c’était appuyer la nationalisation de l’électricité, la séparation de l’Église et de l’État, la création de la Commission Parent (avec tout ce qui en découlera) et de la Caisse de dépôt et placement, et j’en passe. En y réfléchissant bien, l’action de ces gouvernements qui ont bâti le Québec moderne a carrément métamorphosé la vie de familles comme celle de mon père (dix enfants), tant pour ce qui est du travail, du niveau de vie, que de l’éducation, la santé, etc.

Cet État que les libéraux de Godbout, St-Laurent et Lesage ont bâti, les libéraux de Jean Charest et les conservateurs de Stephen Harper sont en train d’essayer de le mettre en pièces. En plus de chercher à détruire ce que les générations comme celles de mon père ont bâti, ces gouvernants d’aujourd’hui cherchent à antagoniser les citoyens :  travailleurs contre étudiants, gens des régions contre urbains, vieux contre jeunes… Ils n’hésitent pas non plus à recourir à des procédés malhonnêtes pour arriver à leurs fins.

* * * * *

J’ai un profond respect pour ceux qui, parmi les libéraux traditionnels comme mon père, constatent l’inacceptable et se révèlent capables de remettre en question leur fidélité au Parti libéral du Québec. Désormais, à chaque élection, provinciale comme fédérale, mon père prend le temps de réfléchir avant de décider à quel parti ou à quel candidat il donnera son vote. Et la prochaine fois, il ne votera pas pour les libéraux, ça, j’en suis certaine.

Au-delà des enjeux en cause dans ce mouvement de grève étudiante – les frais de scolarité universitaires –, la manière dont le premier ministre Charest traite cette crise sociale révèle la véritable nature de ce gouvernement sans morale politique et démocratique.

En cela aussi, cette grève est historique.

* * * * *

On l’a dit et redit :  la grève étudiante est historique à plusieurs égards :  sa durée, son ampleur, les enjeux qu’elle soulève, l’imagination sans bornes des jeunes… Mais elle est aussi historique par le traitement bassement électoraliste qu’en a fait le gouvernement Charest.

En effet, on n’aura jamais vu un gouvernement ignorer à ce point les appels criants de sa jeunesse. Que ni l’ampleur ni la durée du mouvement n’ait abouti à ce que le gouvernement Charest daigne seulement s’asseoir pour parler avec les représentants de ce mouvement, c’est tout simplement ahurissant. Et insultant, comme le disait justement Martine Desjardins, présidente de la FEUQ.

Au lieu de traiter ces jeunes comme les interlocuteurs légitimes, responsables et sensés qu’ils sont, le gouvernement Charest a tout fait pour les réprimer, à coup de matraques, d’amendes salées, de gaz lacrymogènes, d’arrestations…

Il a aussi tout fait pour discréditer leur discours pourtant beaucoup plus solide que la pitoyable rhétorique libérale. Pour arriver à leurs fins, la ministre Beauchamp et son gouvernement ne dédaignent pas triturer les faits. Des exemples. Il n’y a pas de gel de frais de scolarité depuis 2007. Le mouvement actuel ne réclame pas la gratuité, mais le retrait de la hausse de 75 % décrétée par ce gouvernement. Les étudiants qui ont voté contre la grève ne sont pas nécessairement pour la hausse des frais de scolarité, loin s’en faut. Et en tentant d’amener les Québécois dans une logique de calcul individualiste, le gouvernement libéral a voulu nous faire croire que les étudiants se comportaient de manière égoïste (la « juste part »), alors que leur lutte est solidaire.

Nos gouvernants sont même allés jusqu’à mettre en doute le caractère démocratique des décisions des étudiants. De la part d’un gouvernement qui fait l’objet d’une enquête pour corruption et pour financement occulte, faut le faire !

Ces piètres politiciens ont eux-mêmes mis en scène la contrepartie, soutenant et n’écoutant qu’un mouvement – le mal nommé Mouvement des étudiants socialement responsables du Québec, d’abord formé de jeunes libéraux, puis de quelques milliers d’étudiants frustrés – créé de toutes pièces pour faire croire qu’un mouvement valait l’autre. Ensuite, leurs exécuteurs de basses œuvres ont encouragé les étudiants à ne pas respecter les décisions prises démocratiquement en assemblée et à entamer des recours judiciaires. Belle leçon de démocratie servie par des politiciens cyniques et indignes de leur fonction.

Finalement, ces jours-ci, le gouvernement essaie de forcer un retour en classe en faisant pression sur les directions de collèges, celles-là mêmes qui non seulement reçoivent annuellement de ce gouvernement leur « bonus à la performance », mais aussi qui, pour maintenir en vie les institutions qu’elles représentent, sont forcées de mendier des fonds pour contrer les coupures dramatiques opérées dans les cégeps année après année. Dernière stratégie :  la ministre essaie de renverser la pression en la mettant sur les directions d’établissements et les enseignants, allant jusqu’à exiger que les directions passent outre les lignes de piquetage et que les profs donnent leurs cours, peu importe que les étudiants y assistent ou pas. Édifiant comme discours de la ministre de l’Éducation! Encore heureux que les enseignants aient une conscience pédagogique un peu plus élevée que la ministre elle-même.

Depuis le début, le gouvernement Charest n’a fait preuve d’aucune écoute ni d’aucun respect à l’égard des étudiants. Que du paternalisme, de l’ignorance et du mépris. Pourtant, face à toute cette hargne exprimée par le gouvernement du Québec, les étudiants continuent.

En cela aussi, cette grève est historique.

* * * * *

Depuis le début, à aucun moment ce gouvernement n’aura démontré une réelle préoccupation pour la paix sociale, le respect de la démocratie ou les impératifs éducatifs, des devoirs pourtant élémentaires de la part de tout gouvernement digne de ce nom. À la fois juge et partie dans ce conflit, n’écoutant que les sondages et ceux qui s’en prennent aux étudiants grévistes, il n’en a que pour son calcul électoraliste visant à se donner l’image d’un gouvernement déterminé. Sourd à toute tentative de médiation ou des propositions de solutions qui sont venues de toutes parts, il a du même coup abandonné ses responsabilités de fiduciaire de l’État. Indifférent aux conséquences à long terme de ses gestes et à leur teneur morale et ne dédaignant pas de recourir à des stratégies bas de gamme, il analyse et agit à courte vue et s’assoit sur son pouvoir pour gagner à tout prix ce bras de fer avec les étudiants.

En cela aussi, cette grève est historique.

* * * * *

Dans la vie en général – et c’est encore plus vrai en éducation -, ce qui compte, c’est non seulement ce qu’on fait, mais la manière dont on le fait. Et la manière dont le gouvernement Charest « gère » ce conflit, c’est de l’abus de pouvoir. Pour moi, ce gouvernement dirigé par un conservateur ne vaut pas mieux que le gouvernement Harper en matière d’éthique démocratique, se comportant comme si être élu lui donnait tous les droits et tous les pouvoirs. Faisons en sorte que le Parti libéral du Québec, ce champion fossoyeur d’espoir, ce parti sans scrupule, sans éthique, sans sens de l’honneur, quitte définitivement la scène politique québécoise dans les mois qui viennent.

Peu importe l’issue du conflit, les étudiants se sont montrés infiniment plus dignes du pouvoir qu’ils se sont donné, plus riches et convaincants dans leur discours, plus intelligents dans leurs stratégies et plus éthiques dans leurs gestes. En tout, ils ont fait preuve d’une compréhension bien plus élevée de la chose politique et d’une vision bien plus inspirante de la société québécoise. Il est là, l’espoir.

En cela aussi, cette grève aura été historique.

Publié par : Yvonne Langford | 8 mars 2012

J’appuie les étudiants des Îles en grève

Aujourd’hui, je veux saluer les étudiants et étudiantes du Campus des Îles qui, en étant en grève depuis le 27 février dernier, se portent courageusement à l’avant-garde de la lutte contre la hausse des frais de scolarité et pour l’accès aux études universitaires. Je veux aussi vous encourager, Madelinots et Madeliniennes, à appuyer leurs revendications et les moyens de pression qu’ils ont démocratiquement choisi d’exercer de toutes les manières que vous le pourrez.

Cette action de protestation partagée à l’heure qu’il est par au-delà de cent mille étudiants et étudiantes à travers le Québec me semble prendre une signification plus forte et plus porteuse d’espoir ici. Que 150 étudiants des Îles soient en grève, on pourrait penser que ça ne fera pas la différence. Leur force n’est pas dans leur nombre, mais dans le message qu’ils envoient à notre député, au gouvernement et au Québec tout entier. Les études universitaires leur coûtent plus cher et l’endettement qui suit les études est souvent plus lourd pour eux que pour les autres Québécois. Ils n’adoptent pas pour autant une attitude de quêteux en invoquant leur situation particulière, mais s’associent aux étudiants québécois pour réclamer le retrait de la hausse annoncée des frais de scolarité. Ils appuient ainsi une mesure universelle et progressiste assurant un meilleur accès à l’université pour tous les Québécois et toutes les Québécoises.

Ils sont en grève. Ils font bien ça. J’admire leur geste. Ils ont tout mon appui.

* * * * *

Un moyen parmi d’autres pour les appuyer, c’est de signer la pétition sur le site de l’Assemblée nationale (cliquez sur le lien en rouge pour vous y rendre).

Aussi, je partage avec vous des réflexions intéressantes sur cette grève étudiante disponibles ici et là sur Internet. N’hésitez pas à nous en suggérer d’autres.

« La mobilisation étudiante qui prend forme au Québec autour d’une radicale hausse des droits n’a rien d’un caprice d’enfants-rois.  L’appel à la grève générale illimitée n’est pas la reprise d’un classique pour abonnés au farniente. Il s’agit du seul moyen disponible pour ébranler un gouvernement acharné, intraitable et indifférent aux questions d’inégalités sociales » CHOUINARD, Marie-Andrée, « Droits de scolarité – Avant-goût électoral », Le Devoir, 16 février 2012.

* * * * *

En novembre dernier, j’avais publié un article contre cette décision injuste, et plus injuste encore pour les jeunes et toute la communauté des Îles. Je persiste et je signe!

Publié par : Yvonne Langford | 1 mars 2012

Un maire accusé : que peut-on en penser ?

En refusant de se retirer, Joël Arseneau a raté une bonne occasion de regagner du respect auprès de la population des Îles en démontrant qu’il savait protéger les intérêts supérieurs de la municipalité et répondre aux devoirs de sa charge de maire. Mais puisqu’il ne l’a pas fait, voici ce que je pense…

… du paiement des frais d’avocat encourus pour sa défense :

  • Si Joël Arseneau en est là, c’est parce qu’il n’a pas remboursé la municipalité pour les sommes dues dans un délai raisonnable. Il était personnellement responsable d’agir autrement. En conséquence de cette responsabilité, Joël Arseneau doit payer ces honoraires.

… du son retrait de la fonction de maire des Îles :

  • étant donné que l’affaire dans laquelle il est impliqué affaiblit non seulement la fonction de maire, mais l’institution municipale elle-même,
  • étant donné que Joël Arseneau associe faussement le fait de s’écarter de cette fonction à un aveu de sa culpabilité,

le conseil municipal devrait lui faciliter la tâche en exigeant qu’il se retire, le temps des procédures. Ainsi, le conseil municipal ne conclura pas à sa culpabilité ;  il reconnaîtra seulement que la situation est devenue trop inconfortable pour le maire lui-même comme pour l’institution municipale. S’il est déclaré innocent des charges qui pèsent contre lui, Joël Arseneau récupérera aussitôt sa pleine charge de maire.

 En s’appuyant sur la présomption d’innocence, un des principes les plus importants de notre droit criminel, jusqu’au jugement de cette affaire ou jusqu’à la fin de son mandat, la municipalité devrait lui verser la rémunération qu’il aurait touchée en tant que maire.

Comment en suis-je venue à ces conclusions ? Tout en le comprenant, j’ai cherché à dépasser le sentiment de colère et d’indignation de citoyens, ou pire encore, leur cynisme. J’ai essayé, le temps d’une réflexion, de faire place à la raison.

Un bref rappel des faits (pour ceux qui en ont besoin)

On a d’abord appris, en octobre 2010, que Joël Arseneau, maire des Îles, avait fait défaut de rembourser la municipalité des Îles pour des frais encourus pour sa participation au sein d’instances régionales et provinciales qu’il avait portés à la carte de crédit de la municipalité entre 2007 et 2010, montants pour lesquels il avait été remboursé par ces organismes, mais pour lesquels il n’avait pas remboursé la municipalité qui n’avait pas à acquitter ces dépenses. Plusieurs montants ont circulé :  19 300 $, 21 000 $, 26 000 $…  Lorsque l’affaire est sortie dans les médias, le maire a reconnu avoir « fait preuve d’insouciance » et a dit qu’il avait tout remboursé, c’est-à-dire les montants en cause et les intérêts, sous-entendant que l’affaire était réglée et classée.

Le jeudi 23 février 2012, on a appris que le maire faisait face à des accusations criminelles de fraude et de vol. Depuis, il a démissionné d’organismes sur lesquels il siégeait (Fédération québécoise des municipalités et Fédération canadienne des municipalités), mais il refuse de renoncer à ses fonctions de maire. Le lundi 27 février, il a réitéré qu’il entendait continuer à agir comme maire et il nous a appris que la municipalité des Îles allait couvrir les frais d’avocat encourus pour sa défense.

Une plainte est toujours en traitement au ministère des Affaires municipales.

Les questions éthiques en cause dans cette affaire

Pour ce qui est des charges criminelles qui pèsent contre lui, charges qui ne sont pas anodines, il ne m’appartient pas d’en juger, pas plus qu’à vous d’ailleurs. Comme tout accusé, Joël Arseneau a droit à un procès juste et équitable devant un tribunal impartial. La Couronne, qui accuse M. Arseneau, est responsable de faire la preuve de sa culpabilité et il appartiendra au tribunal de juger s’il est coupable ou innocent des deux crimes dont il est accusé. Et d’ici là, il faut que ce soit clairement établi :  tous, nous avons l’obligation de respecter un des principes fondateurs de notre système de justice :  la présomption d’innocence.

Cependant, deux autres faits posent selon moi des questions d’ordre éthique :  le fait que Joël Arseneau continue d’occuper ses fonctions de maire et la décision qu’il a communiquée indiquant que les honoraires des avocats chargés de sa défense seraient à la charge de la municipalité.

* * * * *

Pour ce qui est de l’affaire portée à la connaissance du public en 2010, Joël Arseneau n’a pas lui-même reconnu sa faute, assimilant cette situation à une simple affaire de paperasses administratives. Aujourd’hui, il semble présenter le remboursement des sommes dues et des intérêts comme classant l’affaire. Peut-on convenir que sa responsabilité pour ses actes passés reste entière et qu’il doit en assumer les conséquences, y compris le jugement des citoyens?

Pour ce qui est des accusations criminelles portées contre M. Arseneau, il faudrait se garder de conclure, comme on l’a entendu ici et là depuis le 23 février, que tout le système de justice est corrompu au point qu’il serait devenu un instrument politique au service de sombres complots. Comment croire que les enquêteurs, les procureurs de la Couronne et les juges soient guidés par de tels intérêts ? Cette gravissime vision des choses dépasse l’entendement.

En tant que maire, Joël Arseneau n’a-t-il pas un devoir de montrer l’exemple, de demander d’être traité comme on traiterait tout autre élu ou employé dans les mêmes circonstances ? Plusieurs employés municipaux ont le sentiment que s’ils avaient eux-mêmes manqué à leur devoir de remettre à la municipalité d’importantes sommes dues sur une période aussi longue ou que s’ils étaient accusés d’avoir fraudé et volé la municipalité, ils ne seraient pas traités comme monsieur Arseneau décide de traiter l’affaire qui l’implique lui-même. En restant à son poste, quel message le maire envoie-t-il aux autres élus et à tous les employés de la municipalité ?

Joël Arseneau est actuellement la personne au sommet de la hiérarchie municipale madelinienne. Il entre dans les bureaux de l’hôtel de ville comme le supérieur en chef. Sa présence à la mairie ne menace-t-elle pas l’intégrité du processus judiciaire en cours ? Comment être certain à 100 % qu’il n’exerce pas, en lien avec cette affaire, une influence indue sur la fonction publique municipale, alors même qu’il est accusé d’avoir frustré la municipalité d’une somme d’argent « (…) par la supercherie, le mensonge ou autre moyen dolosif (…) » (extrait des actes d’accusation) ? Par exemple, peut-on imaginer que certains employés, y compris ceux et celles qui pourraient être appelés à témoigner, pourraient éprouver un malaise dans la situation? L’indépendance et la tranquillité d’esprit dont ils ont besoin pour bien faire leur travail dans les circonstances passent par le retrait du maire.  Concrètement, quelles mesures la municipalité prend-elle pour garantir la sauvegarde des intérêts de la municipalité, prétendument lésée dans cette affaire ?

Comment peut-on être certain que Joël Arseneau pourra, durant les procédures, se placer dans une position d’impartialité, au-dessus de ses intérêts personnels, dans toutes les affaires dans lesquelles il sera impliqué à titre de maire ?  La municipalité n’a-t-elle pas l’obligation de se garder non seulement du conflit d’intérêt, mais de l’apparence de conflit d’intérêt ? L’autorité des devoirs oblige ceux et celles qui ont choisi librement d’occuper des responsabilités publiques de placer les exigences de leur charge au-dessus de leurs motivations et de leurs intérêts personnels. Protéger la municipalité en fait partie.

Lorsque Joël Arseneau s’exprime publiquement comme lors du point de presse du 27 février dernier, est-il le porte-parole de ses intérêts ou de ceux de la municipalité des Îles ? Comment peut-il être à la fois porte-parole de lui-même et de la municipalité, réputée lésée dans cette affaire ?

Les décisions de rester en fonction et de faire payer les frais juridiques par la municipalité que Joël Arseneau a communiquées à l’occasion de son point de presse du 27 janvier relèvent-elles de Joël Arseneau lui-même ou du conseil municipal ? Le conseil municipal a-t-il tenu des rencontres à huis clos où ces deux éléments ont été discutés ? M. Arseneau y participait-il ? Et dans quel sens la haute fonction publique municipale a-t-elle conseillé le conseil municipal ? Des décisions en rapport avec cette affaire ont-elles été prises lors de ces rencontres ? M. Arseneau a-t-il voté sur des propositions en lien avec cette affaire ? Quelle a été la position de chacun des conseillers municipaux ? Le citoyen a-t-il pu être témoin des délibérations de son conseil municipal à ce sujet ? Si des « décisions » ont été prises, ne sont-elles pas invalides, étant donné qu’il n’y a eu aucune séance publique de la municipalité depuis le dépôt des accusations et que la loi oblige les municipalités à tenir des séances publiques ? Nous parlons ici de démocratie et de transparence, les thèmes sur lesquels le maire s’est fait élire.

Le maire dit qu’il va consacrer ses énergies à préparer sa défense ;  comment peut-il être en même temps pleinement et entièrement disponible à défendre les intérêts de la municipalité ?

La municipalité a-t-elle demandé un avis juridique sur la question des frais juridiques occasionnés par cette affaire ?  Si oui, l’avocat qui lui a donné cet avis juridique est-il le même que celui qui défend les intérêts de l’accusé Joël Arseneau ? L’avis du ministère des Affaires municipales a-t-il été demandé sur cette question ?

Si toutes les interprétations vont dans le sens de l’interprétation communiquée par le maire au sujet de la responsabilité de la municipalité de payer ses frais juridiques, peut-on convenir que cette disposition de la Loi sur les cités et villes (articles 604.6 et 604.7) serait aberrante, puisqu’elle obligerait les citoyens à payer les frais juridiques de politiciens exerçant potentiellement leurs activités criminelles à leurs dépens? Dans l’hypothèse où il serait jugé coupable, ne serait-il pas absurde de constater que la municipalité aurait payé pour défendre un individu qui l’aurait fraudée ou volée ?

L’avocat qui défend les intérêts de Joël Arseneau est-il le même que celui qui défend les intérêts de la municipalité ?  Si oui, comment est-ce possible que l’avocat de la municipalité défende les intérêts d’une personne accusée de fraude et de vol à l’endroit de cette même municipalité ? Pendant ce temps, quel avocat assure la défense des intérêts de la municipalité ?

Comme institution, la municipalité est en relation avec un ensemble d’organisations et d’institutions elles aussi soumises à la loi, à des règles et à des normes.  Comment est-il pensable que l’institution municipale garde sa crédibilité dans les circonstances ? Qu’en serait-il si l’accusé était un directeur d’entreprise, un enseignant, un ministre ? Le fait que le maire reste en poste ne contribue-t-il pas à donner prise aux insinuations malheureuses selon lesquelles d’autres élus ou employés pourraient avoir spolié la municipalité ? Mettez-vous un instant à la place des employés municipaux et des élus ;  n’est-il pas injuste que la rumeur publique fasse retomber sur eux les accusations portées à l’endroit du maire ?

Comment les citoyens peuvent-ils maintenir un lien de confiance avec leur maire, un lien déjà durement éprouvé par son inconduite vis-à-vis du bien public ? Et comment le maire peut-il continuer de présider aux décisions de la municipalité alors que, de toute évidence, une bonne partie des citoyens se questionne sur son intégrité ?

Une conclusion qui ne m’appartient pas

Alors que les affaires de manquement aux devoirs de leur charge par des autorités publiques semblent se multiplier, on peut s’encourager en remarquant qu’on n’a jamais autant parlé d’éthique. Mais en parler ne suffit pas ;  il faut aussi y réfléchir à deux fois avant de poser des gestes, avant de prendre des décisions.

Chers lecteurs de ce blogue, merci d’accueillir cet article comme une petite contribution à la réflexion autour de cette affaire qui fait tant jaser. Tout le monde en parle, c’est vrai, mais nous avons justement le devoir d’en discuter. Merci de m’avoir lu et de continuer à faire évoluer ces idées au gré de vos propres réflexions.

Comme bien des gens des Îles-de-la-Madeleine privés d’électricité depuis tôt dimanche matin, nous avons décidé de tenir feu et lieu. La vie se passe bien, mais c’est un travail à temps plein qui ne laisse pas beaucoup de répit. C’est aussi un état constant de veille, de vigilance.

Voici, à la manière de listes, les tâches et les pensées qui occupent notre quotidien.

Poêle à bois, boule de feu ou génératrice, on imagine que ce doit être la même chanson pour à peu près tous ceux qui ont été plongés dans cette situation.

* * * * *

Tenir un peu de chaleur dans la maison

Voir combien il fait dans la maison. Voir s’il fait froid.

Ouvrir les ronds de la cuisinière au gaz.

Voir si la maison s’est réchauffée.

Entendre qu’on pourrait manquer d’électricité pour plusieurs jours, peut-être une semaine.

Voir combien il fait dehors, combien il fera la nuit prochaine. Et demain.

Voir si la maison s’est refroidie depuis deux heures. À quel rythme.

Voir si les tuyaux risquent de geler.

Fermer les portes intérieures et extérieures pour garder la chaleur.

Brancher la génératrice sur la fournaise. La « starter » . Ça marche !

Mettre le réveil-matin pour « fueler » la génératrice et voir si tout est ok.

Notre génératrice ayant rendu l’âme, voir qui pourrait nous prêter une génératrice. Comprendre pourquoi la nôtre ne veut pas partir. Le carburateur ? L’huile ? L’essence ? La bougie ? S’assurer que l’âme généreuse n’a pas besoin de la sienne.

Y penser à deux fois avant de fermer la maison. Si on doit quitter la maison, savoir comment on s’y prend pour vider les tuyaux du système de chauffage à eau chaude.

Démarrer la génératrice qu’un généreux beau-frère nous a prêtée. Écouter le ronron rassurant de la génératrice. Se réjouir qu’elle fonctionne bien. L’entendre changer de rythme lorsqu’on lui demande un effort.

Laisser la maison se réchauffer.  Voir si elle s’est réchauffée depuis qu’on a démarré la génératrice.

Être attentif à tous les bruits de la maison.

Laisser se reposer la génératrice.

Dans la nuit, entendre le concert des génératrices des voisins.

Y penser à deux fois avant de s’absenter. Ne pas s’absenter très longtemps.

Se procurer de l’essence, de l’huile, du WD-40, du Kleen-flo, du « fuel stabilizer ». Se demander où on a mis la « can » d’éther. Se demander si on a assez de gaz propane.

Faire réparer la génératrice.

Voir combien il fait dans la maison.

* * * * *

Dormir

Voir s’il fait assez chaud pour passer la nuit. Prévoir combien il fera demain matin.

S’assurer qu’on peut dormir en toute sécurité.

S’assurer que la qualité de l’air est bonne. Acheter un détecteur de monoxyde de carbone.

Au matin, constater qu’on a dormi comme une bûche.

Demander à l’homme de la maison s’il a dormi la nuit dernière. Espérer qu’il dormira mieux la nuit prochaine.

Gare au feu !

* * * * *

Faire de la lumière

À la nuit tombée, s’éclairer. Avec les lampes de poche, les chandelles, les lampes frontales (une des inventions du siècle, inspirée par les mineurs, puis étendue au monde entier), les lampes à l’huile ou le fanal au propane.

Avoir des batteries, du kérosène, encore des batteries, des chandelles, du gaz propane.

Laver les globes.

Toujours avoir sa lampe frontale à portée de la main.

* * * * *

S’assurer que les autres sont bien

Parler au téléphone. Aller de maison en maison voir comment vont nos proches. Prendre des nouvelles. Voir comment ils ont passé la nuit, s’ils ont tout ce qu’il faut.

S’échanger des informations, des impressions, des services, des biens, de la bouffe.

Voir ce qu’on peut faire pour les autres.

Aller démarrer la génératrice d’un proche. Vérifier le niveau d’huile de sa génératrice.

Offrir de prêter notre génératrice pour quelques heures à quelqu’un qui n’en a pas.

Voir si les autres – en particulier les vieux, les personnes seules, les femmes sans homme – ont besoin de quelque chose.

Être rassuré que les rangers, pompiers et policiers fassent le tour des maisons pour s’assurer que les gens vont bien. Être rassuré que les gens qui ont besoin seront repérés.

Constater que le fun est pris chez la soeur et le beau-frère, qui ont sorti les instruments de musique et la bouteille de fort.

Admirer les champions empathiques, qui vont de maison en maison aider, dépanner, supporter, réparer, patenter… Il y a le beau-frère qui travaille de l’aube à la nuit profonde, toujours de bonne humeur, farceur à ses heures, au service des siens et des autres. Il y a un autre beau-frère, celui dont on se moquait alors qu’il entretenait des vieilles génératrices, au cas où ça pourrait servir un jour. Constater qu’ils font des grosses journées. S’émerveiller de leur attention, de leur générosité, de leur disponibilité, de la variété et de l’étendue de leurs compétences et de leurs ressources, de leur résistance au froid et de leur bonne nature.

* * * * *

S’informer

Constater les dégâts à l’extérieur. Réaliser que la nature est tellement plus forte que nous, elle qui a cassé les poteaux d’électricité comme des cure-dents.

Sortir de chez soi. Sortir une auto de l’emprise de la glace. Un vrai travail d’équipe.

Mettre des batteries dans la radio. Synthoniser CFIM. Écouter les nouvelles.

Se demander comment vont les gens qu’on côtoie tous les jours, comment vont les collègues qui ont des bébés.

Se demander si on ira travailler, s’il y aura de l’école.

En parler avec les gens qu’on rencontre. Apprécier l’empathie des collègues de travail.

Se demander comment c’est à Pointe-aux-Loups, à Grosse-Île, à Grande-Entrée. Et à Hâvre-Aubert. Se demander si les gens de l’île d’Entrée ont du courant, si on s’occupe d’eux.

Plaindre pauvre monsieur le maire, en mission humanitaire au Burkina Faso.

Jaser de tout ça avec les amis qui nous appellent de loin.

Entendre un politicien tenter de se faire du capital politique dans la situation.

Reconnaître le travail de tous ceux qui travaillent à rétablir la situation. Admirer le travail des gars d’Hydro-Québec. Admirer la capacité qu’ont développée les sociétés humaines de s’organiser, d’être efficace en temps de crise.

Prendre le temps de s’émerveiller des beautés de la nature, le verglas en étant une des plus resplendissantes manifestations.

Relativiser. En 1998, la crise du verglas avait privé les centaines de milliers de personnes et un territoire d’une superficie importante pendant plus d’un mois, certains pendant huit semaines. Au printemps 2011, les sinistrés du Richelieu ont eu les pieds dans l’eau pendant près de deux mois. Et on ne parle pas du Japon ni d’Haïti.

* * * * *

Tenir maison

Vider et laver le frigidaire. Vider et laver le congélateur. Sauver leur contenu. Se demander ce qu’on va faire de la nourriture congelée quand il fera moins froid.

Se laver. À la mitaine. Trouver un endroit où on pourra aller prendre une bonne douche. L’apprécier.

Cuisiner. Manger. Laver la vaisselle.

Tenir la maison propre.

Garder une petite réserve d’eau potable, au cas où.

* * * * *

En retenir les leçons

Apprendre : à mettre de l’antigel dans les tuyaux, à tester la génératrice avant l’hiver, à hiverner une maison, (pour une fille) à démarrer une génératrice.

Réaliser comment la situation est riche d’enseignement pour les petits et les grands.

Philosopher sur la vie avec sa nièce.

Constater que le temps a pris d’autres proportions.

Se rendre compte que les gars sont absolument indispensables dans ce genre de situation. Les apprécier. Le leur dire.

Écouter le silence quand il se fait. Fonctionner dans l’espace rétréci de la noirceur.

Se rendre compte que rapidement, on s’y ferait, à l’absence d’électricité.

À travers tout ça, voir les misères et les grandeurs de la nature humaine. Surtout ses grandeurs.

Rester vigilant. Faire tout ce qu’il faut pour tenir, le temps que le courant revienne.

S’étonner de se sentir joyeux, solidaires, plus attentifs aux autres, reliés, fatigués. Heureux, quoi.

Publié par : Yvonne Langford | 15 janvier 2012

Bonne année citoyenne!

Cher lecteur, bonne et heureuse année 2012.

Merci pour l’accueil que vous avez réservé à ce blogue. Au-delà de 2000 visites des différentes pages de ce blogue depuis son lancement en novembre dernier, je n’en espérais pas tant. Un immense merci !

* * * * *

L’année est encore toute neuve. Les gens en sont encore à s’échanger des souhaits et à prendre des résolutions.

Sur le plan de la vie collective, que faut-il pour que 2012 soit une année réussie ? Je n’ai qu’une envie :  arrêtons d’espérer que les choses changent et agissons sur ce qui dépend de nous. Si nous voulons un monde meilleur, agissons pour qu’il advienne.
Que faire, me direz-vous ?

  • D’abord, informons-nous. Parce que pour agir, il faut savoir ce qui se passe. C’est un « must ». Comment expliquer que tant de nos concitoyens ne s’intéressent pas aux affaires publiques ? Ce désintérêt ne fait-il pas l’affaire de certains élus, qui en profitent pour agir dans l’intérêt de minorités déjà favorisées ? « Être informé, c’est être libre« , disait René Lévesque.
  • Posons des gestes réfléchis, responsables. « Vous devez être le changement que vous voulez voir dans ce monde. » (Gandhi). Pas toujours facile, mais avec le temps, on y arrivera. Déjà, on est plus responsable qu’avant ; par exemple, dans notre manière de disposer de nos déchets, d’encourager nos producteurs locaux ou de prendre soin de notre santé.
  • Pour que les choses changent, il faut aussi voter. Qu’on se le dise : nous n’arriverons à rien avec ceux qui ne votent pas, même quand ils déclarent le faire par « conscience politique ». Comme le dit à peu près le dramaturge Michel-Marc Bouchard, si tu ne votes pas, tu n’as pas le droit de chialer si les choses ne vont pas à ton goût.  Que plus de 40 % des Québécois n’aient pas voté lors de la dernière élection, c’est désolant et catastrophique, comme le faisait remarquer le directeur des élections du Québec. Les scandales et les allégations de collusion et de corruption dont sont l’objet nos dirigeants ne doivent pas nous décourager d’aller voter, mais au contraire redoubler notre volonté d’exprimer notre ras-le-bol, notre vision de l’avenir et notre aspiration à être gouverné par des élus soucieux de servir le peuple, non pas eux-mêmes.
  • Si on pousse l’action un cran plus loin, on prend position. Déjà, voter, c’est prendre position, me direz-vous? C’est vrai. Mais on peut aller plus loin en soutenant des positions sur des sujets d’actualité ou des enjeux de société :  l’avenir des arénas aux Îles, l’exploitation des éventuelles ressources en gaz et en pétrole sur notre territoire, l’avenir des services publics, la langue au Québec, le traitement des criminels, la souveraineté, l’avenir des Palestiniens, la place de la religion dans nos sociétés… En discuter avec les gens de notre entourage pour faire évoluer nos points de vue, c’est encore mieux. On peut aussi poser des gestes citoyens comme signer une pétition (aujourd’hui, j’ai signé cette pétition, et vous ?) ou assister à une assemblée publique.
  • Un certain nombre de citoyens en font encore plus en s’impliquant dans des mouvements, des organisations, des partis politiques. C’est nécessaire. J’en profite pour saluer le travail réalisé par les Madelinots et les Québécois alertés par les projets d’exploitation incontrôlée du pétrole et du gaz. En particulier, l’obtention d’audiences du BAPE dans le dossier du gaz aux Îles revient en bonne partie au groupe Énergies alternatives.

« Tout ce que tu feras sera dérisoire, mais il est essentiel que tu le fasses. » (Gandhi)

Pour agir, il faut être habité par un certain sens de l’urgence. Le sens de l’urgence pour se décider de faire quelque chose, adopter des causes, choisir parmi les options possibles, s’organiser, faire pression là où il le faut et exiger que le changement se fasse rapidement.

Mais aussi, il faut aussi avoir un certain sens de l’histoire et savoir se contenter d’un changement qui se fait rarement à vive allure. Les Québécoises ont bataillé pendant trente ans avant d’obtenir le droit de vote pour les femmes ;  heureusement qu’elles ne se sont pas découragées ! Le changement advient rarement d’un coup ;  il se fait pas à pas, comme une longue marche. Pour s’en rendre compte, il faut de temps en temps jeter un coup d’oeil en arrière ;  on mesure mieux le chemin parcouru.

Bonne année citoyenne !

Publié par : Yvonne Langford | 18 décembre 2011

Au cégep, des fêtes en famille

Chaque année, à ce moment-ci, ça sent le temps des fêtes au cégep.

Il y a les étudiants, fébriles à l’idée que la session soit enfin terminée, excités en pensant au congé des fêtes qui approche, mais qui savent qu’ils devront redoubler d’effort pour goûter au jour de leur “libération”. La bibliothèque est pleine. Partout, des étudiants travaillent. Il y a tant à faire qu’on doute de pouvoir y arriver. On sent l’effervescence de centaines de cerveaux à l’ouvrage, avec un trop-plein de travaux et d’étude à effectuer. Plus que jamais, les enseignants sont sollicités par leurs étudiants. L’activité est à son comble.

Il y a, jour après jour, le retour des anciens qui poursuivent leurs études à l’extérieur et qui viennent faire leur tour au cégep, s’y sentant comme chez eux. Il y a ces embrassades, ces accolades, ces effusions d’affection. Il y a ces heureuses retrouvailles des anciens étudiants. Il y a ces rencontres entre ces anciens étudiants et leurs anciens profs et employés du cégep, les uns comme les autres heureux de se revoir, d’échanger de leurs nouvelles. Il y a ce plat préféré préparé pour celui-ci par Carole, ce dessert favori préparé pour celle-là par Ghislaine et Angèle. Il y a ce dîner de Noël, avec dinde, farce, sauce aux atocas et bûche traditionnelle. Les anciens viennent parfois au cégep pour terminer quelque travail universitaire. En revenant sur leurs pas, ils mesurent mieux le chemin parcouru depuis leur départ. Ils savent que, dans ce cégep, personne n’est passé incognito, chacun a eu des relations significatives avec d’autres. Les plus jeunes observent avec une curiosité intéressée ces manifestations d’attachement des plus vieux envers leur ancien cégep et des employés du cégep vis-à-vis leurs anciens étudiants.

* * * * *

Chaque année, lorsque j’en suis témoin, ces manifestations d’attachement au campus des Îles m’émeuvent et me rappellent ces moments extraordinaires où, quelques jours avant les fêtes, après une longue attente, mes grandes soeurs aux études à Rimouski ou ailleurs revenaient à la maison. Juste ça, c’était Noël !

* * * * *

Les fêtes, c’est le moment idéal pour les retrouvailles en famille. Plus qu’à aucun autre moment de l’année, j’ai ce sentiment que le Cégep, c’est une belle grosse famille.

Chaleureuses et joyeuses fêtes à tous !

Publié par : Yvonne Langford | 5 décembre 2011

Pour une municipalité démocratique et transparente

Ceux avec qui je discute de politique savent que la manière dont s’exerce la démocratie municipale madelinienne m’exaspère. Je suis d’avis que la piètre qualité des pratiques démocratiques de l’actuel conseil municipal cause des torts considérables à toute la sphère publique madelinienne.

* * * * *

Un conseil municipal qui délibère en cachette – Pour ceux qui n’ont jamais assisté à une séance du conseil municipal, décrivons la chose. Sauf exception, peu de citoyens y assistent. L’ordre du jour ressemble à celui-ci (conseilmunicipal_20090210_ordredujour). Il ne s’agit donc pas d’une rencontre où les dossiers courants de la municipalité sont abordés ; les seuls points qui y figurent sont les sujets pour lesquels la municipalité a l’obligation légale d’adopter une résolution en bonne et due forme :  autorisation de signature, adoption d’un règlement, avis de motion, etc. La séance dure rarement plus de 45 minutes. Il n’y a aucune discussion, aucun débat entre les élus municipaux. Sauf rarissime exception, les propositions sont votées à l’unanimité, sans qu’il soit nécessaire que le maire appelle le vote.

La « vraie » assemblée, celle où les « vrais » dossiers sont abordés, où probablement les fonctionnaires présentent des rapports, où les élus partagent leurs positions et leurs arguments, leurs positions, elle se déroule un peu avant, en cachette, à huis clos, à l’abri du regard des citoyens et des journalistes.

Selon moi, il s’agit d’une caricature de l’article 149 du Code municipal du Québec qui prescrit que « Les séances sont publiques et les délibérations doivent y être faites à haute et intelligible voix.« 

* * * * *

Un maire élu sur la base d’une promesse d’une municipalité plus démocratique et plus transparente – La Municipalité des Îles a été créée en 2001, suite au regroupement des municipalités locales. Claude Vigneau en a été le premier maire. Le 3 octobre 2005, au terme de son mandat, 27 citoyens, dont j’étais, ont signé ce qu’on a appelé familièrement le manifeste des 27 (manifestedes27_pourunemunicipaliteunie_20051003), qui a pris la forme d’un texte d’opinion publié dans le Radar. Les signataires y exprimaient leur préoccupation par rapport à la situation de la municipalité des Îles. Une de leurs inquiétudes était la piètre qualité de la démocratie à l’hôtel de ville. « Nous exigeons que les élus revoient le fonctionnement des assemblées publiques du futur conseil municipal pour assurer la transparence des débats et de l’information au citoyen. La population des Îles ne doit plus accepter que le conseil municipal se réunisse à huis clos de manière systématique (…). »

Un des signataires de ce manifeste a été élu maire un mois plus tard. Il avait fait campagne en disant s’appuyer sur cette vision et en s’engageant à mettre en place les changements proposés par ce manifeste, notamment au chapitre de la transparence et de la démocratie. Six ans plus tard, à la moitié du deuxième mandat de ce maire, un constat s’impose : loin de s’améliorer, la qualité de la démocratie municipale madelinienne s’est dégradée.

* * * * *

Des dommages considérables à la vie citoyenne aux Îles – On pourrait juger que tout ça est sans grande importance. Loin s’en faut. On doit se rendre compte des dommages que cette façon de faire inflige à la vie citoyenne des Îles.

  • Même en assistant à toutes les séances publiques du conseil municipal, un citoyen ou un journaliste ne recevra que des miettes d’information et sera privé de la connaissance des affaires pourtant « publiques » traitées par le conseil municipal.
  • Impossible pour un citoyen de savoir où loge le conseiller de son village, ou celui du village voisin, ou le maire. Privé du débat public, comment le citoyen peut-il se faire sa propre opinion quant aux positions défendues par les élus ?
  • Les journalistes ne peuvent pas faire un travail complètement adéquat pour informer la population. Le maire monopolise les interventions publiques ;  rare qu’on entende les conseillers municipaux – si ce n’est sur un sujet ne touchant que son village – ou les fonctionnaires municipaux – qui sont pourtant les véritables experts de la chose municipale et qui ne devraient pas être qu’au service du maire, mais d’abord et avant tout au service de la communauté dans son ensemble. Les affaires municipales en sont pour ainsi dire réduites aux communications opérées par le maire à coup de communiqués de presse et d’interventions publiques. Le travail du service des communications de la municipalité, dont le budget a explosé ces dernières années, ne peut et ne doit pas remplacer le travail libre et indépendant des journalistes.
  • Comme on ne sait pas grand chose des affaires de la municipalité – à part ce que le maire consent à en dire -, les citoyens sont devant un dilemme :  la confiance aveugle ou la défiance. Dans l’ignorance de ce qui se passe, la rumeur se répand. Par exemple, à l’automne 2010, il a fallu qu’une personne – dont on ne connaît toujours pas l’identité – sorte l’information selon laquelle le maire aurait fait défaut de rembourser la municipalité pour un montant d’argent appréciable pour que la population soit mise au courant, la rumeur étant devenue trop insistante pour ne pas être traitée les médias. Seul le maire est intervenu dans les médias, pour minimiser l’affaire, bien sûr. Pourtant, à peu près tout le monde est d’accord pour dire que cette erreur lui a fait perdre beaucoup de crédibilité, comme en témoigne un citoyen que je connais bien dans une lettre ouverte au maire – pour la lire, vous pouvez cliquer sur ce lien : lettreouverte_maireim_jacquesbourbeau_20101110 . La rumeur gangrène la vie citoyenne. Elle est parfois vraie, comme dans le cas de ces comptes de dépenses non remboursés, mais parfois fausse. Et on ne le sait pas toujours. Ce n’est pas sans conséquence, notamment sur la confiance des citoyens envers les élus, la fonction publique et l’institution municipale elle-même. Tous ne le méritent pas.
  • Les pratiques démocratiques déplorables de la municipalité affaiblissent la défense de l’intérêt supérieur des Îles. Bien des enjeux importants exigent que la population soit derrière les élus pour parler haut et fort au nom des Îles. Le maire ne peut se contenter de sonner la population quand il en a besoin ou les soi-disant consulter pour donner l’illusion à ses interlocuteurs politiques que la population est derrière lui. Ces tactiques ne peuvent remplacer de vraies séances publiques.
  • Finalement, en matière de transparence et de démocratie, la municipalité donne un exemple désolant à tous les Madelinots. Je n’en ai pas cru mes oreilles lorsque, à deux reprises, j’ai entendu le maire interpeller les gens du milieu de l’éducation quant à leur responsabilité d’éduquer les jeunes des Îles à la citoyenneté. Pour affirmer qu’il se soucie de l’éducation à la citoyenneté et faire la leçon aux éducateurs, il faudrait que la municipalité qu’il dirige donne l’exemple de pratiques démocratiques saines et transparentes. Ce n’est pas le cas.

* * * * *

Pour une loi qui garantisse la démocratie et la transparence en politique municipale – J’ai pensé un moment que le maire confondait démocratie et communications. Il n’en est rien. Mieux que quiconque, il connaît l’intérêt pour le politicien qu’il est de contrôler l’information et il ne se gêne pas pour le faire.

De quelque couleur politique qu’on soit, quel que soit notre rôle dans la société, quelles que soient nos idées, si on est démocrate, on est pour la transparence, la libre expression des opinions, l’accès des citoyens à une information complète et objective et la liberté de la presse. À l’heure qu’il est, aux Îles, ces règles de base de la démocratie ne sont pas intégralement respectées.

Je n’arrive pas à imaginer les arguments qu’on pourrait nous donner pour qu’on se contente de telles pratiques. On me dira que ça se passe ainsi dans bien des municipalités du Québec :  raison de plus pour décrier ce simulacre de démocratie. Le gouvernement du Québec, responsable du palier municipal, doit faire le ménage dans les moeurs de nos conseils municipaux et proposer une loi, que votera l’Assemblée nationale, pour obliger les conseils municipaux du Québec à tenir leurs rencontres, et toutes leurs rencontres, publiques et à gouverner en toute transparence. En ces temps où la corruption, notamment dans le milieu municipal, pourrit la vie politique québécoise, on ne peut tolérer qu’il en soit autrement.

Cher lecteur de ce blogue,

Devrions-nous participer à la « consultation » de l’entreprise de génie-conseil Génivar, le consultant privé chargé de l’évaluation stratégique environnementale sur le Golfe Saint-Laurent ? C’est la question que je me suis posée. Après bien des hésitations, encouragée par l’invitation pressante des leaders de la Coalition Saint-Laurent, je me suis mise à rédiger une réponse au sondage en ligne. Mais il n’était pas dit que j’allais peser sur le bouton pour l’envoyer.

Avant d’arriver à la question pour laquelle je laisserais un commentaire, j’ai dû répondre à une série de questions toutes plus embêtantes les unes que les autres. En effet, pas possible d’avancer dans ce questionnaire en ligne en laissant une question sans réponse. Par exemple, j’ai dû avouer que je n’avais pas de « données complémentaires qui auraient bonifié la description des composantes des milieux physique, biologique et humain de la version préliminaire du rapport« . Aussi, j’ai été bien embêtée de cocher « cinq thèmes qui traduisent, selon vous, le mieux vos préoccupations et qui devraient faire l’objet d’une attention particulière » :

  • « l’emploi
  • le partenariat avec les communautés concernées
  • la protection des mammifères marins
  • la protection de la biodiversité
  • la protection des habitats sensibles
  • la protection de l’industrie de la pêche
  • les conflits d’usages dans les zones de pêche
  • la protection de l’industrie touristique
  • la protection des paysages
  • les conflits frontaliers potentiels avec les provinces maritimes
  • les risques de déversements accidentels et la gestion de ces risques« 

J’ai eu l’impression qu’il s’agissait d’une question piège. Si vous aviez été à ma place, qu’auriez-vous « choisi » ? Pouvez-vous affirmer qu’il est un seul de ces choix de réponse qui ne vous préoccupe pas ?

Finalement, la seule question pour laquelle j’ai rédigé une réponse, c’est celle-ci (numéro 6) :  « Veuillez nous faire part de tout autre commentaire ou suggestion concernant l’évaluation environnementale stratégique sur la mise en valeur des hydrocarbures dans les bassins de la baie des Chaleurs, d’Anticosti et de Madeleine (max. 250 mots). » Voici ma réponse.

* * * * *

En commençant, je dois vous avouer que j’ai de la misère avec le titre de votre rapport : « Programme d’évaluation environnementale stratégique sur la mise en valeur des hydrocarbures dans les bassins d’Anticosti, de Madeleine et de la baie des Chaleurs (EES2)« . Le titre le dit :  la prémisse de départ, c’est l’exploration et l’exploitation de ces ressources. Vous êtes des scientifiques ;  vous reconnaîtrez que ce parti-pris impose un gros biais à toute la démarche qui vous a conduit à produire ce rapport. D’où le sentiment que la décision est prise et que toute cette démarche ne vise qu’à faire que la population avale la pilule.

C’est le gouvernement du Québec qui vous a donné ce mandat, me direz-vous. Je le sais bien. C’est justement là le problème. Que le gouvernement confie à l’entreprise privée une enquête sur un enjeu collectif, en soi, ce n’est pas crédible. Un consultant privé, ça cherche avant tout à servir son propre intérêt. C’est pour ça que ça peut servir un jour le gouvernement, un autre jour l’entreprise privée, parfois les deux en même temps. Ce genre d’enquête devrait être confiée à des institutions publiques, vouées à l’intérêt public, comme le BAPE ou l’INRS (Institut national de recherche scientifique).

Aussi, reconnaissez que votre rapport a une ampleur (671 pages) et une nature scientifique et technique telles qu’à moins d’être un expert et d’avoir beaucoup de temps à consacrer à l’exercice, le simple citoyen ne peut tout simplement pas le commenter. C’est pourquoi je n’apporterai pas une contribution scientifique à votre rapport. Je me contenterai de vous demander de transmettre au gouvernement du Québec ce qui suit.

«Monsieur le premier ministre du Québec,

Aujourd’hui, je vous écris parce que, comme bien des Madelinots et des habitants de la région du Golfe Saint-Laurent, je suis inquiète devant la forte pression en faveur de l’exploitation des hydrocarbures et des gaz que recèlerait le sous-sol de notre territoire. Je suis inquiète parce qu’actuellement, les conditions d’une éventuelle exploitation des ressources naturelles dans la région sont les suivantes:

  • Les intérêts de l’entreprise privée semblent tout dicter, y compris l’attitude de votre gouvernement dans ce dossier, alors qu’un débat de fond s’engage au Québec sur ce qu’on fait de nos richesses naturelles. Forêts, mines, gaz naturel, gaz de schiste, pétrole :  on voit que, pour votre gouvernement, l’intérêt des entreprises privées qui exploitent ces ressources domine l’intérêt des collectivités locales et des Québécois dans leur ensemble. Ça ne peut plus durer. La situation doit changer. Le Québec doit se donner un cadre légal et réglementaire et une politique qui serve l’intérêt supérieur du Québec avant celui du Parti libéral du Québec, que vous dirigez, et de ses proches.
  • Plusieurs scientifiques l’ont affirmé :  il reste encore beaucoup d’inconnus par rapport à la connaissance du golfe, de sa richesse, de sa dynamique. Même avec la contribution des scientifiques qui viendront le bonifier, le rapport que le consultant privé vous remettra sera loin de faire le tour de ces questions. Et vous le savez. Votre gouvernement a affirmé qu’il se baserait sur ce rapport pour élaborer sa loi sur les hydrocarbures et pour décider de prolonger ou de lever le moratoire actuel interdisant l’exploitation des hydrocarbures dans le golfe. Difficile d’avoir confiance.
  • Une telle industrie ne générera que des miettes comme emplois et autres retombées économiques aux Îles-de-la-Madeleine.
  • Le fait que cinq provinces se partagent le golfe complique considérablement le dossier. Actuellement, aucun plan d’ensemble n’a présidé à l’étude des opportunités et des menaces de ce gros projet industriel. On est mal parti ! À quoi ça sert de vivre dans un régime fédéral si on est incapable de travailler de concert ? Ne serait-on pas mieux positionné si on parlait d’égal à égal avec un pays voisin du Québec ?
  • Le modèle actuel de l’exploitation des ressources naturelles, c’est que les profits vont aux entreprises privées, tandis que les risques, les conséquences environnementales et les coûts qui en découlent pèsent sur les populations locales et les citoyens du Québec. C’est intolérable !
  • Les plans et les mesures d’urgence en cas de déversements accidentels ne garantissent absolument pas que la pêche et le tourisme dans toute la région du golfe ne seraient pas sérieusement menacés. Ce serait même le contraire ! Pourtant, ces activités économiques sont la base du mode de vie aux Îles et dans toute la région. Il y a amplement de quoi s’en faire.
  • Les exploiteurs de ces ressources naturelles semblent croire que la qualité de la vie des populations côtières et de l’environnement naturel peut s’acheter à coup de compensations. Il n’en est rien.

M. Charest, qu’est-ce qui presse tant, voulez-vous bien nous le dire ?

Admettez qu’il est un peu absurde que la démarche que votre gouvernement a adoptée fasse qu’aujourd’hui, j’aie à confier tout ça à un consultant privé, alors que l’autorité responsable de prendre la décision d’y aller ou pas, c’est le gouvernement du Québec que vous dirigez. Cet enjeu est essentiellement politique; vous comme moi, nous le savons. C’est pourquoi je vous demande de cesser de vous dérober à un échange avec les populations côtières sous prétexte que des études sont en cours. On en a assez d’avoir devant nous, comme interlocuteurs, des compagnies privées, qu’elles se nomment Génivar, Corridor Resources ou Gastem. On veut parler à des élus et à des institutions garantes de l’intérêt public, et non à des entreprises privées ou à des politiciens promoteurs de  projets qui nous inquiètent grandement. On veut un examen sérieux et un réel débat quant à l’opportunité de lancer une industrie pétrolière et gazière dans le golfe du Saint-Laurent.»

* * * * *

Allais-je peser sur le bouton ? Lecteur, qu’auriez-vous fait à ma place ? N’avais-je pas perdu mon temps ? Ma réponse à Génivar – qui faisait non pas 250, mais 892 mots – ne montrait-elle pas l’absurdité de la situation ? Finalement, je me suis dit que je n’avais pas grand-chose à perdre et… j’ai pesé sur le piton « Transmettre ».

Publié par : Yvonne Langford | 18 novembre 2011

Aux Îles, contre la hausse des frais de scolarité.

Le 10 novembre dernier, ça m’a fait chaud au coeur de voir les étudiants du Québec faire grève et manifester contre la décision du gouvernement libéral de hausser drastiquement les frais de scolarité facturés aux étudiants universitaires. De toute évidence, ces moyens de pression n’étaient pas suffisants, mais ils étaient nécessaires. Espérons que ce n’était là que le début d’une mobilisation plus large, plus forte, pour gagner cette bataille de l’accessibilité aux études.

Une décision injuste – Les étudiants sont mécontents. Moi aussi. En soi, cette décision est inacceptable. Quand le gouvernement Charest décide de faire payer la note aux étudiants, il va dans le sens contraire de l’accessibilité aux études. Quand ce même gouvernement explique que les étudiants sont de futurs gros salariés et, donc, qu’ils peuvent très bien payer plus cher pour leurs études, il oublie que si la fiscalité québécoise était vraiment progressive, ces futurs salariés feraient leur « juste part » en remboursant au centuple le coût de leurs études universitaires par le versement d’impôts à l’État québécois tout au long de leur vie professionnelle. Par ailleurs, on ne peut réduire les études universitaires à un choix individuel dans le seul intérêt de l’étudiant. Un jeune qui étudie enrichit toute la société.

Pire encore pour les Îles – Pour les jeunes étudiants madelinots, cette hausse est encore plus injuste. Avant même les frais de scolarité, il en coûte une fortune aux étudiants – et à leurs parents – d’étudier à l’extérieur.  C’est vrai pour l’université, mais aussi pour le cégep et les écoles professionnelles, lorsque ces maisons d’enseignement ne sont pas situées aux Îles. Imaginez un seul instant ce que ça coûte de moins à un étudiant de Montréal ou de Québec, par exemple, de fréquenter l’université dans sa ville de résidence (en supposant qu’il habite chez ses parents). Au Campus des Îles, en ne comptant pas les dépenses que l’étudiant occasionnerait en restant chez ses parents (ex. :  nourriture, transport local, activités, matériel scolaire…), on estime à environ 7 500 $ ce qu’il en coûte de plus à un étudiant des Îles pour une année d’étude loin de chez lui (pour les frais de transport de et vers les Îles, d’installation, de logement, etc.). Méchante différence ! Conclusion :  les jeunes Madelinots sont largement perdants en ce qui a trait à l’accessibilité aux études. Si on ajoute à ces dépenses la hausse de frais de scolarité de 75 % imposée par le gouvernement, évidemment, les études universitaires sont encore moins accessibles aux jeunes Madelinots. Qui peut prétendre le contraire ? L’Association du Parti libéral aux Îles ? Le député Chevarie ?

Les perdants de cette situation, ce sont les étudiants madelinots, leurs familles et toute la société madelinienne. C’est pour ça qu’aux Îles et dans les régions, plus qu’ailleurs, nous devons encourager les étudiants à s’engager et être à leurs côtés dans cette bataille.

2005, une grève historique – Le gouvernement nous dit qu’il octroiera plus d’aide financière, sous forme de prêts et bourses, aux jeunes qui en auront besoin pour leur garantir l’accès à l’université. Tout le monde le sait :  pas besoin d’être riche pour ne pas avoir droit à une aide financière aux études sous forme de prêt ou, plus encore, de bourse. Cet argument, c’est une piètre manière de cacher le fait que la hausse des frais de scolarité appauvrira à peu près tout le monde, à commencer par les étudiants bénéficiaires de l’aide financière aux études de l’État. Comme encouragement aux études, on a déjà vu mieux.

Rappelons-nous qu’en 2005, les étudiants des Îles avaient été parmi les premiers sur la ligne de piquetage pour se battre contre des coupes dans le programme des prêts et bourses. Je revois bien des visages, mais en particulier ceux d’Andréane Boudreau et d’Anne-Christine Boudreau, les instigatrices et leaders du mouvement. Après cinq semaines d’une grève historique, avec un large appui de la population, guidés par la recherche du bien commun, les étudiants québécois avaient réussi à faire reculer le gouvernement Charest dans sa décision de réduire les prêts et bourses aux étudiants.

Pour des études accessibles – Au lieu de hausser les barrières aux études, le gouvernement doit les abaisser. Rendre les études universitaires plus accessibles, quel beau choix de société ! Engageons-nous pour que l’éducation demeure accessible à tous les étudiants du Québec, à commencer pour ceux des Îles et des régions. C’est important.

« Newer Posts - Older Posts »

Catégories