Publié par : Yvonne Langford | 24 août 2021

Des nouvelles d’Haïti

Bonjour tout le monde,

Chaque jour, je me dis que je vais arriver à vous remercier tous et chacun, personnellement. Chaque jour, vous êtes plus nombreux et d’autres tâches urgentes m’appellent. Ça viendra. Je ne vous oublierai pas.

Ce soir, je veux absolument vous donner des nouvelles des frères Printemps, avec qui je suis en contact régulier. Oui, mon texte est un peu long, mais je crois que ça en vaut vraiment la peine. C’est comme s’ils vous parlaient à vous.

JEAN-NICOLAS PRINTEMPS, frère de Jean-François

C’est par lui qu’un premier transfert s’est rendu au directeur du Collège Saint-Jean. Il m’écrit de retour de la région dévastée.

En résumé :

  • Les populations touchées sont littéralement sous le choc et en grande partie laissées à elles-mêmes.
  • Ce qui est beau, c’est la mobilisation des Haïtiens eux-mêmes, pour venir en aide directe à leurs frères et soeurs affectés.
  • Son frère va bien. La tâche qu’il a devant lui est immense.
  • Il est reconnaissant envers tous ceux qui s’activent pour faire de cette campagne un succès.

Rien de tel que de le lire (entre guillemets) :

« Au-delà de la petite satisfaction de retrouver les miens en bonne santé, la souffrance est visible et palpable. Et puis quand les gens racontent comment ils ont vécu les événements, il n’y a pas moyen de ne pas être touché. Les traumatismes du tremblement de terre sont toujours là. Les récits concernant les sensations sont effarants. L’expérience de la pluie durant les deux nuits après le séisme l’est encore davantage. Les gens n’étaient pas encore équipés de tentes ni de prélats. Pour se protéger et pour protéger les enfants, ils ont dû utiliser les moyens du bord. Et puis la terre continuait à trembler avec les répliques. À chaque fois, ça fait revivre les mauvaises sensations.

Pour le moment, l’aide arrive au compte-gouttes. L’État ne s’active pas assez ou n’a tout simplement pas les moyens pour intervenir de manière convenable et efficace. Comme on est dans une situation de grande détresse et qu’il n’y en a pas assez pour tout le monde, les séances de distribution donnent souvent lieu à des dérapages.

Ce qui est perceptible et louable, c’est le mouvement de la société civile(…) Une chose tout aussi appréciable qui contribue à alléger cette pénible situation, c’est la solidarité au sein des familles. Maintenant que les gangs rivaux qui empêchaient la circulation vers le Sud observent une trêve, il y a beaucoup de mouvements en direction du Sud. Les gens en profitent pour aller visiter leurs proches et leur apporter leur soutien en termes nourriture, tentes, bâches, etc. Ceux qui sont en dehors du Pays leur font des transferts. Durant mes deux jours de passage dans le Sud, j’ai vu une foule devant chaque maison de transfert. Juste pour te dire comment la solidarité haïtienne est bien en place. Espérons que la solidarité internationale va emboîter le pas de manière à faire la différence par rapport à la faiblesse de l’État.

Pour ce qui concerne Jean-François, j’étais heureux de le retrouver en bonne santé aussi. Il n’est pas affaissé. Ton initiative y est certainement pour quelque chose. Il s’active pour voir comment embrasser sa nouvelle situation.

Au moment où je l’ai laissé, il était en train de réfléchir à l’évaluation des bâtiments et sur la construction d’un abri provisoire pour héberger l’équipe en charge de l’école. En effet, la partie de bâtiment réservée à l’hébergement de l’équipe n’est plus viable. La toiture et le réservoir d’eau qui alimentait la maison sont fissurés. Quand il pleut, il y a donc de l’eau dans les chambres. Son système d’inverter n’était pas non plus fonctionnel. Il réfléchissait aussi sur comment remplacer provisoirement les salles de classe manquantes. Bref, il se débrouille au milieu d’une multitude de problèmes les uns plus complexes que les autres. (…)

J’ai vu que la levée de fonds en faveur du Collège Saint Jean suit son cours et est en phase d’atteindre l’objectif fixé. Un grand merci à toi et à tous les bienfaiteurs ! »

Il y a quelques heures, constatant la progression de la campagne, il exprimait sa reconnaissance par ces mots :

« Grande est ma satisfaction de voir notre objectif atteint en seulement 5 jours. Grande aussi est ma reconnaissance à l’égard de tous les bienfaiteurs et les bienfaitrices. J’imagine aussi la satisfaction de Jean François. C’est vraiment encourageant! Chaque don est pour lui un signe qu’il ne faut pas baisser les bras face aux innombrables difficultés parce qu’il n’est pas seul dans le combat pour remettre le Collège Saint Jean en condition de continuer à offrir aux enfants, aux adolescents et aux jeunes de la ville des Cayes et des environs un service éducatif de qualité. C’est là le sens de l’élan de générosité et et de la solidarité exprimés par chacun et chacune de nos bienfaiteurs et bienfaitrices, comme tu l’as si bien exprimé dans ton communiqué après que l’objectif ait été atteint. Ce qui est déjà réalisé est chargé de signification! C’est carrément une leçon de vie! Moi personnellement j’en apprend beaucoup! Amitiés! »

JEAN-FRANÇOIS PRINTEMPS, directeur du collège

En résumé : –

  • Après évaluation, une partie de l’école et des dortoirs devront être démolis, puis reconstruits. En plus de tout ce qu’il y a à réparer, solidifier, remplacer, réaménager, etc.
  • En attendant, ils doivent aménager des espaces temporaires (classes et dortoirs) pour fonctionner d’ici la reconstruction.
  • Jean-François, qui était hébergé au collège, se retrouve dehors depuis le séisme. à dormir dans sa voiture. Il ne s’en plaint pas.
  • Il est très encouragé par la progression de la campagne, pour l’argent ET comme un formidable soutien moral.

Dans ses mots (entre guillemets) :

« Je me réjouis que la campagne avance. (…)

Je travaille maintenant sur la démolition d’une bonne partie du bâtiment et sur l’hébergement provisoire pour héberger les classes et aussi moi-même et les collègues qui résident au collège. Là maintenant, mon seul abri, c’est une voiture dans laquelle je me couche et dépose quelques effets sauvés des décombres.

Je suis un rude travailleur. En quatre ans, j’ai pu ajouter 14 salles de classe au Collège avec l’implantation des sections préscolaire et primaire qui n’existaient pas avant mon arrivée en septembre 2013. J’ai construit et réparé avec les maigres ressources que j’avais à ma disposition.

Je te donne ces quelques informations pour te rassurer que tout ce qui sera collecté sera utilisé pour remettre le Collège sur ses pieds. J’estime que tu es traversé par le même courant que moi.

Je réfléchis à pleins de choses que nous pouvons faire ensemble pour cette œuvre qui me tient à cœur.

Puisse le Seigneur nous donner assez d’énergie pour mobiliser autant de cœurs et d’esprits dans cette campagne.« 

Chers bienfaiteurs et bienfaitrices,

Avez-vous vu ça ? On a atteint et même dépassé l’objectif de notre levée de fonds ! En quelques jours. Grâce à tous vos dons, petits comme grands !

Comment vous dire merci ? Je suis littéralement transportée par votre grand coeur, par votre sens de l’autre. Les gens du Collège Saint-Jean aussi ! (Je vous en donne des nouvelles dans mon prochain communiqué.)

On ne lâche surtout pas !

Je ne voudrais surtout pas que l’atteinte de l’objectif freine les élans de générosité de tous celles et ceux qui se sentent appelés par cette belle cause et qui voudraient donner.

Comme vous vous en doutez, l’objectif fixé au départ était bien en-deça des besoins du Collège Saint-Jean. Vous imaginez bien que leurs besoins sont immenses. Comme vous m’avez peut-être entendu le dire, on ne pourra pas leur donner tout ce qu’ils ont besoin, mais tout ce qu’on va leur donner va les aider à 100 % à combler une partie de leur besoins.

Si j’ai sous-estimé quelque chose, c’est votre générosité, votre désir d’aider les autres, les moins chanceux, votre volonté d’agir pour vivre dans un monde où on coopère et où on s’entraide les uns les autres.

Alors, doubler ou tripler notre objectif, ce serait juste super !

Pour donner,
c’est ici : https://gofund.me/0635419c
ou au bas de cet article, pour d’autres manières de donner : https://yvonnelangford.com/2021/08/19/suite-au-tremblement-de-terre-du-14-aout-donner-pour-aider-le-college-saint-jean-en-haiti/

À tous, un immense merci !!!

Publié par : Yvonne Langford | 22 août 2021

Mises à jour – Donner pour aider le Collège Saint-Jean, en Haïti

Mise à jour – Dimanche 22 août 2021 10 h 30

Bon dimanche à tous et à toutes,

Votre générosité encourage grandement mon ami Jean-François, directeur du Collège Saint-Jean – et moi aussi ! Avec un premier transfert d’argent que j’ai réussi à lui envoyer, il a pu répondre à quelques besoins urgents :

  • acheter des matériaux pour de l’hébergement provisoire des classes et d’un dortoir (pour le moment, pas question de réintégrer les espaces du collège) ;
  • faire des démarches pour avoir une expertise du bâtiment, gravement endommagé ; il pourra ensuite prendre la décision la plus appropriée : démolir, puis reconstruire ou réparer ;
  • acheter de la nourriture pour des familles qui vivent une grave crise alimentaire depuis le séisme (impensable pour Jean-François de laisser des gens mourir de faim devant les portes du collège, et on le comprend).

Il m’écrit aussi : « Ça me fait chaud au cœur de voir les réponses qui expriment la solidarité et le sens de l’autre. La solidarité est cette force qui me permettra de relever les défis que le séisme ajoute à ma mission.  »

***

Notre levée de fonds progresse bien. À l’heure où je vous écris ce mot, nous enregistrons :

  • 3 100 $ sur GoFundMe
  • 595 $ qui m’ont été remis autrement
  • pour un total de 3 695 $, soit 56,8 % de notre objectif.

Pas pire, n’est-ce pas !?!

Les gens trouvent toutes sortes de moyens de faire leur don. Par exemple :

  • Sophie a joint ma soeur pour avoir mon numéro de téléphone, puis elle m’a fait un virement Interac. Voici deux moyens grâce auxquels vous pouvez m’envoyer un virement Interac : mon no de celllulaire : 418 937 6190 / mon courriel : yvlangford@gmail.com Plusieurs ont déjà procédé de cette manière.
  • François est venu à la maison.
  • Alain m’a arrêtée alors que je prenais ma marche.
  • Pierrette et une coiffeuse ont remis l’argent à des proches, qui me l’ont remis.
  • Une amie ramasse de l’argent dans son entourage, qu’elle va m’apporter plus tard.

Tous les moyens sont bons quand on a le désir d’aider les moins chanceux.

Merci de votre générosité.

Si vous êtes prêt à faire votre don, allez sur ce lien : https://gofund.me/0635419c. C’est facile, avec son cellulaire, sa tablette, son ordinateur.

À bientôt pour la suite !

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Mise à jour – Samedi 21 août AM

Mes amis,

Mon ami Jean-François Printemps, directeur du Collège Saint-Jean, m’a écrit cet avant-midi. Il me disait « La solidarité est cette force qui me permettra de relever les défis que le séisme ajoute à ma mission. »

Alors, merci, merci, merci à vous les donateurs, qui prennent le temps d’aller faire leur contribution à ma modeste levée de fonds pour le Collège Saint-Jean, des Cayes, en Haïti, durement affecté par le tremblement de terre d’il y a une semaine.

Je viens de parler à une dame au grand coeur de Grande-Entrée qui m’a acheminé son don via ma voisine. Ça m’encourage tellement de voir des gens comme elle, comme vous, qui sont sensibles aux besoins des plus mal pris et qui sentent concrètement le bien que leur contribution apportera à l’autre bout.

À ceux et celles qui ont l’intention de donner et qui ne l’ont pas encore fait, je vous demande de ne pas oublier et d’aller faire leur contribution.

On ne lâche pas ! On continue !

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Mise à jour – Jeudi 19 août 2021 18 h 24

Chers donateurs,

Chères donatrices,

Il n’y a pas encore 24 h que j’ai lancé cette levée de fonds et nous avons déjà atteint 25 % de l’objectif.

Je suis tellement fière, contente, émerveillée de ce qu’ensemble, on peut faire ! Merci tellement ! Du fond du coeur ! Votre générosité m’émeut. Ça me rend tellement fière et tellement heureuse de voir que les gens sont capables de se serrer les coudes et d’aider, même des gens qu’ils ne connaissent pas ! Soyez certain que vous aidez concrètement ces gens qui en ont tellement besoin.

En espérant que, de temps à autre, ils ont une connexion Internet qui a de l’allure, j’imagine avec un sourire que mes amis du Collège Saint-Jean (à qui j’ai envoyé le lien) voient le montant qui gonfle au fur et à mesure que vos dons entrent. J’espère que ça continuera encore et encore.

Alors, ne vous gênez pas pour aller faire un don, pour partager la campagne et en parler autour de vous.

Pour ceux et celles qui aiment mieux écouter la radio que lire un texte, cette entrevue que m’a accordée CFIM : https://cfim.ca/appel-a-la-generosite-pour-aider-des…/…

Pour plus d’information et pour donner, c’est ici : https://gofund.me/0635419c

Pour d’autres manières de donner, aller au bas de cet article de mon blogue : https://yvonnelangford.com/…/suite-au-tremblement-de…/

Encore merci ! Et on continue !

Amis, parents, collègues du monde de l’éducation et concitoyens des Îles, de la Gaspésie et d’ailleurs,

Je fais appel à votre générosité pour venir en aide à une institution et à des gens en Haïti qui me sont très chers et qui se trouvent en grand et urgent besoin. Il s’agit d’aider l’équipe du Collège Saint-Jean, situé dans la ville des Cayes, à faire le nécessaire pour que leurs élèves, traumatisés par le tremblement de terre du samedi 14 août dernier, reprennent leur vie scolaire dès que possible et dans des conditions décentes.

Pour ceux et celles qui préfèrent en savoir plus en écoutant un extrait radio plutôt qu’en lisant un texte, je vous conseille cette entrevue que m’a accordée CFIM. Vous n’avez qu’à cliquer sur ce lien :
https://cfim.ca/appel-a-la-generosite-pour-aider-des-eleves-dhaiti-a-partir-des-iles/?fbclid=IwAR2Q_751zQKmRXj3tog73jqYGQkWbX6vPDIWR885-o-h6L4MKzP13cbihUo.

***

Vous avez sûrement vu aux nouvelles : le samedi 14 août au matin, la terre a tremblé dans le sud d’Haïti. On compte de nombreuses victimes. Les importants dommages aux infrastructures et à l’environnement de la zone font peine à voir.

L’argent de cette levée de fonds s’inscrit dans l’urgence de la situation plus que difficile dans laquelle se trouve le Collège Saint-Jean, établi dans la ville des Cayes. Il servira entièrement à remettre les installations et le matériel en état pour démarrer l’année scolaire. Ce retour à l’école, c’est ce qui fera le plus grand bien aux enfants, petits et grands.

Le Collège Saint-Jean, cette institution chère à mon coeur, scolarise 1 109 jeunes haïtiens dans 30 classes du primaire et du secondaire. Il opère depuis 1970, sous l’égide de la communauté des Oblats de Marie-Immaculée (OMI). Je connais bien son directeur, M. Jean-François Printemps, qui, avec son équipe, se dévoue corps et âme à cette mission si essentielle pour le développement en Haïti, alors que l’État est loin de pouvoir assurer à tous et à toutes une éducation accessible et de qualité. (Comme vous pouvez l’imaginer, le défi financier de faire bien fonctionner le collège était déjà entier avant le tremblement de terre.) À l’occasion de plusieurs séjours, j’ai travaillé avec l’équipe du collège, notamment son directeur, un éducateur compétent et dédié à sa mission. Au fil des années, de nombreux élèves du réputé Collège Saint-Jean se sont illustrés de différentes manières (compétitions sportives, concours littéraires et oratoires, postes de responsabilités, etc.) au niveau régional, national, dans la francophonie et au-delà, ce qui témoigne de son dynamisme et de sa qualité en dépit des conditions difficiles dans lesquelles il évolue. Pour moi et pour le monde, son directeur et ses éducateurs sont une grande source d’inspiration, notamment pour la générosité avec laquelle ils consacrent leur vie à éduquer les jeunes.

Un laboratoire du Collège Saint-Jean après le tremblement de terre du 14 août 2021

La rentrée était prévue pour le 6 septembre prochain.

Heureusement, samedi dernier, le Collège Saint-Jean n’a pas fait de victimes. Et il ne s’est pas effondré. Cependant, il a subi de graves dommages. Depuis, il y a tant à faire : de structures, murs, plafonds et planchers à évaluer, déblayer, solidifier, réparer, refaire… de mobilier, équipements et matériel pédagogique à réparer et remplacer… d’enfants blessés à accueillir et rassurer… Accueillir les élèves dans un espace sécurisé et rendre le collège fonctionnel et accessible aux élèves le plus vite possible, c’est le souci exprimé par Jean-François Printemps, le directeur, qui m’a écrit ceci il y a quelques heures : « Dans un environnement aussi bouleversé, aider les jeunes et les enfants du Collège à retrouver au plus vite le chemin de l’école aura pour ces derniers et pour le personnel un effet curatif. Cela nous permettra, en effet, de mieux les accompagner et de planifier des activités psychosociales leur permettant de dépasser les traumatismes liés aux derniers événements (insécurité, séisme et tempêtes tropicales). Face à cette urgence, toute aide nous permettant d’intervenir vite et bien sera la bienvenue et nous rendra pleinement reconnaissants. « 

***

Ami, parent, collègue, concitoyen,

Merci infiniment d’ouvrir votre coeur en faveur des élèves du Collège Saint-Jean des Cayes, en Haïti. Soyez certain que chaque montant, si modeste soit-il, fera une différence. Vous le savez comme moi, aider pour une bonne cause, ça nous fait du bien à nous aussi. Et c’est en mettant ensemble nos moyens que nous aiderons le collège de manière significative.

Pour faire votre don :

  • Sur la plate-forme de sociofinancement GoFundMe : https://gofund.me/e9c0101b . Facile, même avec son téléphone cellulaire. (Merci de vous assurer que vous allez jusqu’au bout de la procédure et que vous concluez la transaction.)
  • Grâce à un virement Interac ou en me contactant directement :
    • Sur mon cellulaire : 418 937 6190
    • Par courriel : yvlangford@gmail.com
    • Via Messenger (la messagerie de Facebook)
  • M’apporter votre don, soit à la maison (168, chemin du Cap-Rouge, à Havre-aux-Maisons) ou au Cégep – Campus des Îles, en la confiant à Sandra Jomphe, à l’accueil. N’hésitez pas non plus à m’arrêter si vous me voyez quelque part, marcher, magasiner… Je peux aussi me rendre chercher votre don chez-vous.

Tout l’argent récolté sera envoyé intégralement et directement au Collège Saint-Jean. Je fais une pleine et entière confiance à M. Jean-François Printemps, son directeur, avec qui j’entretiens depuis plusieurs années un contact régulier, pour en faire un bon usage, dédié entièrement à la sécurité, à l’éducation et au bien-être des écoliers.

Un immense merci !!!

Yvonne Langford,

Îles-de-la-Madeleine

P. S. : Sans faute, je vous reviendrai pour vous donner les résultats de cette levée de fonds et pour faire état des réalisations que notre don collectif aura rendues possibles.

Publié par : Yvonne Langford | 2 Mai 2021

Au milieu de l’hiver, l’invincible été

« Au milieu de l’hiver, j’ai découvert en moi un invincible été. »

Albert Camus

*

J’aime cette phrase, qui donne beaucoup à réfléchir.

La sagesse habituelle veut que le beau temps succède au mauvais temps, la joie aux moments de souffrance.

Camus offre une autre perspective. Il parle de ces moments, au milieu même de l’hiver, où surgit une dimension forte, profonde, belle comme l’été. Comme lorsque, accompagnant quelqu’un dans ses dernières heures, on est irradié d’amour et de paix.

Camus nous met au défi de découvrir ou de reconnaître l’invincible été qui réside en notre être, qui ne nous fera plus jamais défaut, qui, sans faire disparaître l’hiver, demeure là, en nous, comme un trésor. Il est fait de la mémoire de tout ce qu’on a appris de la vie, de tout l’amour que les autres nous ont donné. C’est quelque chose qui fait partie de nous et que personne ne peut nous enlever. Notre invincible été nous aide à vivre, comme un ami vers qui on se tourne dans les moments plus difficiles de notre vie. C’est notre force intérieure.

*

Ce texte s’inspire largement de la chronique de Fabrice Midal intitulée « 3 minutes de philosophie pour devenir humain » de Fabrice Midal, diffusée sur France Culture le 2 juillet 2019. Pour l’écouter : https://www.franceculture.fr/emissions/3-minutes-de-philosophie-pour-redevenir-humain/deja-essaye-deja-echoue-peu-importe-essaie-encore-echoue-encore-echoue-mieux-resolution-de-samuel

Publié par : Yvonne Langford | 23 avril 2021

Comme un oiseau face au vent

Ce jour-là, il pleuvait et il ventait fort. À travers le gros temps, je l’ai vu, ce goéland, les ailes déployées, suspendu, immobile, en vol stationnaire. Comme si, pour lui, l’inertie était la posture la plus adaptée pour affronter la tempête. Il flottait dans le ciel, épousant le vent sans effort apparent, comme le nageur qui fait l’étoile pour surnager, se détendre, se reposer.

*

C’est cette posture que j’aurais dû adopter rapidement quand, dans la dernière année, j’ai eu à affronter du gros temps. Dans un premier temps, au contraire, j’ai eu le réflexe de me crisper, de me contracter et de me débattre pour m’en sortir avec toutes les énergies qui me restaient. Comme si une telle attitude allait m’aider à passer au travers.

Alors que c’était plutôt évident, il m’a fallu un peu de temps pour me rendre compte que la solution était dans la voie de la décontraction, du relâchement, de l’apaisement des tensions. Pas dans la résistance. Quand on n’a pas de contrôle sur les choses, on finit par comprendre que, par temps violent, c’est le moment de se placer à basse altitude et, en toute vigilance, comme le goéland dans le vent fort, de se laisser porter. Pas de se raidir.

*

Depuis mars 2020, on ne maîtrise pas ce qui nous arrive. Comme si le cours de nos vies était suspendu, en attente d’un retour à « la normale ».

Je crois qu’en ces temps de pandémie, ce qui me fatigue le plus, ce sont ceux et celles qui, sur un mode continu 1) se plaignent de tout et de rien, surtout de leur propre sort, alors qu’objectivement, comparés à bien d’autres, ils n’ont pas vraiment de quoi se plaindre ou 2) grognent, chialent, critiquent et prétendent avoir LES solutions. Comme si cela allait les aider… Ou nous avancer. Comme si la pandémie, c’était la faute aux gouvernements et aux personnes en autorité.

Qu’on se le dise :  la pandémie, c’est la faute… au virus de la Covid-19. Pas aux gens qui travaillent d’arrache-pied à nous aider à passer au travers sans trop de dommages. À nous de nous adapter, de nous ajuster, au jour le jour. Oui, on doit arrêter notre course folle, le temps que ça passe. Oui, depuis, on a l’impression de faire du sur place. Il me semble que, pour beaucoup d’entre nous, ce n’est pas la fin du monde. Surtout ici aux Îles, alors que nous comptons parmi ceux que j’appelle « les privilégiés de la pandémie ».  

Ce qu’il faut faire, n’est-ce pas, comme les goélands, ce que font tant de gens autour de nous ? Prendre sur eux, faire confiance, élever leur sens civique et agir de manière responsable. Penser aux autres, moins chanceux, véritablement touchés, ou qui en ont vraiment plus lourd sur les épaules, pour les comprendre. Relativiser. Et par leur attitude et leur comportement, tendre la main et contribuer positivement à l’ambiance et à l’effort collectif. Ça va mieux ainsi, non ?

Publié par : Yvonne Langford | 22 mars 2021

Nous irons sur l’eau

Ce dimanche-là, il fera le plus beau temps de la vie. Alors qu’on se préparera pour un après-midi à la plage, on nous appellera pour aller sur l’eau. Ça ne se refuse pas.

Une excitation intérieure nous gagnera, comme des enfants à qui on permet de camper dans le salon. Aller sur l’eau un beau dimanche d’été, on fait ça depuis l’enfance.

En vitesse, on préparera un lunch, ce qu’on a de mieux sous la main pour partager avec les autres. À la course, on rapaillera nos affaires, surtout une veste de sauvetage pour chacun. On se précipitera pour arriver au quai à l’heure dite. 

Juste de se retrouver sur le quai, on sera content. On y restera un peu avant d’embarquer. On aimera le brouhaha des bateaux et des familles s’apprêtant à aller sur l’eau eux aussi.

Le démarrage du moteur nous promettra que cette excursion aura bel et bien lieu. Ce sera le temps d’embarquer si on ne veut pas rester à terre. On enjambera le quai pour tendre nos affaires et descendre dans le bateau. On s’assoira sur le carreau du boat chauffé par le soleil.

Les amarres larguées, le bateau filera le parfait bonheur. La mer va faire son effet, elle le fait toujours.

On sera content de retrouver les gens qu’on aime et qui nous auront manqué. On rencontrera enfin les bébés qu’on ne connait qu’emmitouflés dans leur poussette. On s’installera confortablement pour déguster les plaisirs de la conversation sans écran et sans machine intermédiaire. On jasera un bon moment avec une belle amie de la Pointe-aux-Loups qu’on aura pas vue depuis trop longtemps. On se promettra de se voir plus souvent.

Du large, on trouvera notre île vraiment belle. On se verra comme dans un miroir dans un autre bateau croisé sur notre chemin, plein d’une autre belle gang ; leur musique se taira, le temps de laisser notre jasette et nos blagues se rendre d’un bateau à l’autre. Ils auront pris du maquereau eux aussi.

On admirera les jeunes qui nagent comme des poissons et qui plongent comme des phoques. Ces jeunes qu’on aura oubliés parce qu’escarrés sur l’avant du bateau tout l’après-midi. 

Le pain, la bière, les fraises, les chips… tout goûtera meilleur que d’habitude. Le soleil sur l’eau, la mer ondulante, presque calme, le clapotis, le goût de l’eau salée, le cri des goélands s’arrachant les restes, même le bruit du moteur et l’odeur du tuyau d’exhaust, tout sera merveilleusement bon.

Le soleil tombant, un frisson gagnera notre peau rougie. 

On reviendra au quai à la nuit. On remerciera le capitaine comme on le pourra, au moment où il amarrera le bateau. En mettant le pied à terre, on sera saisi de toute la beauté de cette journée-là. On rentrera à la maison heureux, fatigués et crottés de soleil, de sable, de mer, de poisson et d’air du large.

***

“ Pour vous, qu’est-ce que le bonheur ? ” Aller sur l’eau avec des gens qu’on aime par un beau dimanche d’été ?

Un jour, nous irons sur l’eau.

Publié par : Yvonne Langford | 9 janvier 2021

On est ensemble

« La mémoire fait comme un port, dans la tempête de vivre. »

(André Comte-Sponville)

Il s’agit de la reproduction intégrale d’un texte publié par le journal Le Devoir, dans sa section « Idées », du 31 décembre 2020.
Lien : https://www.ledevoir.com/opinion/idees/592562/on-est-ensemble

« Glo-o-o-o-o-o-o-o-riain excelsis Deo… »Dans mon enfance, immanquablement, pendant des heures, dans le grand salon trop petit pour l’occasion, nous chantions Noël et la nouvelle année. Il y avait de la place pour tout le monde, réguliers comme de passage, tous unis dans ce temps suspendu.

« Les verts sapins de la vallée, ce soir, sont habillés de blanc… » Il n’y avait pas, comme trop souvent aujourd’hui, les spectateurs écoutant les « performeurs » qui se donneraient en spectacle, non. Plutôt, dans cet unisson des voix et des cœurs, chacun et chacune se laissant aller à ce qui se passe, à la fois y participant et écoutant le résultat, si beau. Nul besoin de se tracasser de tomber en panne des paroles ou d’une idée pour la chanson suivante. À la gang, il y avait toujours quelqu’un qui savait comment commence le couplet suivant ou qui avait une idée pour la prochaine chanson, et c’est à peine si on s’en rendait compte, et nous voilà repartis : « Noël à Jérusalem, les pieds nus aux portes des mosquées… » Loin de jouer les vedettes, les musiciens n’avaient d’autre choix que d’être bons, suivant les chanteurs déjà partis sur le ton qui leur chante. Les égos étaient effacés, absorbés dans cet ensemble vocal improvisé.

Dans ce temps-là, chanter ensemble, c’est ainsi que nous célébrions ou, qu’au quotidien, nous passions le temps, des après-midi entiers, alors que nous cueillions des fraises ou des bleuets, en marchant vers l’école ou pour aller chercher le lait, en bateau, par un bel après-midi d’été, le soir, après souper, le temps de faire la vaisselle… Les chansons nous font réfléchir et voyager. À tout coup, leur poésie et leur musique nous révèlent une vérité de la vie, nous émeuvent et nous élargissent le cœur.

Ce moment de mémoire m’est joie. Je ne demande pas qu’il revienne. Je suis reconnaissante qu’il ait été, pour les gens de mon temps, une vérité qui nous fait aujourd’hui tels que nous sommes.

Au diapason

Cette capacité à vibrer au diapason des autres, je l’ai sentie tout de suite dans les sociétés du Sud. Ce qui m’émeut chez elles, c’est leur force de vivre tranquille, en dépit des problèmes qui les affligent. Je suis certaine que cette force a à voir avec cette communion aux autres, à travers tout ce qui fait le quotidien et la vie. Au jour le jour, leur vie durant, chez elles, le « nous » domine le « je ».

Encore aujourd’hui, tout Sénégalais qui se respecte fond ses intérêts individuels dans ceux de sa famille, de son groupe, et place ses responsabilités bien au-delà de sa personne. « Nio far ! On est ensemble ! » me disent-ils chaque jour. Chaque fois à propos, leur « Nio far » illustre les multiples occurrences où notre conscience collective est plus fondamentale et plus forte que nos consciences individuelles, notre défi collectif plus grand et plus déterminant que nos défis individuels, et nos réussites, tellement plus belles et plus réjouissantes lorsque réalisées en équipe.

Je suis toujours émue de voir mes amis haïtiens, à leur façon, vouer leur vie à aider leurs frères et sœurs bien plus mal pris qu’eux. Ils ont comme seconde nature une conscience sociale en action. Au quotidien, ils sont absorbés dans le présent et par les autres ; c’est le sens de leur vie.

Si ce constat me frappe aussi fort à chaque visite et plus encore à chaque retour au pays, c’est que leur sens du « nous » contraste admirablement avec le « je » prédominant chez nous.

Le « nous » existe, je l’ai vécu

Aujourd’hui encore, lorsqu’ils se rencontrent, les gens des Îles chantent. Pas pour se donner en spectacle, plutôt pour célébrer un moment de vie commune. Chanter avec les autres, c’est déjà une bonne manière de sentir ce « nous ». En résonnant avec la voix des autres, on partage le sentiment d’être, ensemble, quelque chose de plus que la somme de nos « je ».

Cette société du « nous », je l’ai vécue tous les jours, alors que j’ai grandi dans une famille nombreuse des Îles-de-la-Madeleine dans les années 1960, pas seulement lorsqu’on chantait dans les grandes occasions ou en ramassant les patates à l’automne. Je comprends que nos sociétés ont changé. Mais savoir, pour l’avoir vécu, que le « nous » existe, que ça se peut, je suis certaine que ça aide à vivre. Oui, le « nous », souvent, ça gosse, c’est vrai. Mais ça tient chaud dans les moments difficiles, ça donne du sens à la vie, à sa propre vie, une vie qui nous dépasse, que nous partageons forcément avec les autres, quoiqu’on en pense.

Je ne renie pas mon plaisir d’avoir eu enfin ma première chambre à moi, de pouvoir être individuelle, unique, différente et reconnue comme telle, d’avoir gagné en autonomie, de m’appartenir et de vivre ma vie. Chaque jour, cette liberté m’est chère et indispensable. En même temps, je suis encore et toujours de la famille et de la communauté auxquelles j’appartiens, plus grande avec elles que toute seule dans mon coin. Dans ce « nous », je me sens chez moi. J’y puise une bonne partie de mon identité. Et je sais que j’y ai ma place. Comme une occasion de voir tout ce que je dois aux autres et de me demander ce que je peux apporter à l’édifice commun.

C’est vrai qu’en 2020, dans nos sociétés de compétition des « je », le « nous » ne se vit plus comme avant. Au-delà de certaines ressemblances, d’un partage des particularités qui nous distinguent, je ne sais pas toujours ce que ça veut dire, comment je pourrais le vivre davantage. Bien tristement, la solidarité ne se vit plus au quotidien, mais un enjeu à la fois, au gré des batailles pour l’attention collective. Comme si nos gestes et nos émotions n’avaient de sens que rendus publics, pour s’acheter une bonne image ou une bonne conscience sur les miroirs déformants des réseaux sociaux. Alors, expérimenter ce « nous », d’autant plus qu’il est rare, c’est une grâce toujours prête à nous livrer sa félicité. Et une fois qu’on y a touché, qu’on sait qu’il existe, on pourra aller dans sa direction et l’éprouver à nouveau, encore et encore, sachant qu’il apportera joie et bienfaits.

En nous privant de rencontrer nos semblables, la pandémie nous offre une bonne occasion de réfléchir à notre rapport aux autres. Au-delà du lot d’angoisse que génère ce repli sur soi, nous devons y déceler le grand danger de la société des égos et des narcisses dans laquelle nous vivons depuis trop longtemps, qui pousse vers toujours plus d’individualisme et d’autopromotion. Maintenant et pour les temps à venir, souhaitons qu’à travers cet océan de solitudes, nous retrouvions le goût du « nous », cet apaisement joyeux qu’on ressent dès qu’on chante avec les autres, ce bonheur et cette grâce d’appartenir à un tout plus grand que soi, d’être en résonance avec les autres et le monde. Envisageons la solitude comme un moyen d’être d’abord en lien avec soi-même pour ensuite mieux vivre avec les autres. Et, ensemble, à nouveau, tâchons d’en faire quelque chose de bien.

Publié par : Yvonne Langford | 8 août 2020

Bleu outre-mer

De mon île, je vois autant de mer qu’il peut s’en voir

C’est pourquoi ma petite île est aussi grande que tout autre lieu

Et que je suis dans la dimension de ce que je vois

Et non dans la dimension de ma propre taille

***

Recomposition* à partir de vers d’Alberto Caeiro, dans Le gardeur de troupeaux, rappelés par Fernando Pessoa

(*c’est-à-dire que je garde une partie du texte d’origine et que j’en change d’autres parties, selon ce que le texte d’origine m’inspire)

Jusqu’à tout récemment, je n’avais pas d’avis sur le déconfinement dans le contexte des Îles. Aujourd’hui, je n’en ai pas encore vraiment, du moins pas sur le détail des mesures à privilégier. Mes connaissances sur le sujet sont limitées. J’ai plutôt tendance à faire confiance à ceux à qui ils incombent de décider et d’agir pour la collectivité, persuadée que leurs motivations sont bonnes, que leur tâche n’est pas facile et qu’ils ne ménagent aucun effort pour agir dans l’intérêt supérieur des Îles. S’ils doivent plus que jamais jongler avec une bonne part d’imprévisible, contrairement à la plupart d’entre nous, ils ont en main toutes les données à jour disponibles à prendre en compte dans le contexte particulier des Îles. Et surtout, je me méfie des gens qui, plutôt que de poser des questions ou de faire des propositions, présentent tout comme des évidences et des certitudes.

Je comprends aussi que la situation exacerbe les intérêts et provoque certaines tensions. Ce n’est pas une raison pour s’autoriser des dérapages dans notre manière de mener le débat public. Ici, je dénonce clairement et simplement la démagogie dans laquelle versent certains Madelinots sur les réseaux sociaux. J’en veux pour preuve un citoyen qui suggère au maire Jonathan Lapierre qu’à partir du moment où il entre dans un plan de déconfinement, il aura les futures victimes madeliniennes de la Covid-19 sur la conscience. Rien de moins ! Haro aux propos de ceux qui suggèrent de profiler les candidats à une entrée prochaine aux Îles sur la base de leur origine. Autre exemple odieux :  ceux qui, hier encore, mettaient comme point de départ à la participation des partisans du déconfinement à une discussion sur Info-Madelinot qu’ils publient le nom de deux personnes de leur entourage qu’ils sont prêts à sacrifier au virus. Ayoye ! Tiens, en voici unCapture d’écran, le 2020-05-15 à 13.23.24 autre :

Extrait d’un message envoyé à Jonathan Lapierre, maire des Îles-de-la-Madeleine, sur un réseau social le 15 mai 2020

Que les auteurs de ces commentaires en soient conscients ou pas, voilà des déclarations carrément malhonnêtes. Dans un contexte où un peu tout le monde est plus à fleur de peau, je regrette profondément le sentiment de culpabilité et de panique que suscite ce genre d’intervention, un ingrédient carrément toxique dans un débat par ailleurs légitime. Comment ces personnes qui exigent des autres un comportement respectueux en ces temps de Covid peuvent-ils tenir des propos aussi irrespectueux vis-à-vis du maire ou de citoyens madelinots ou d’ailleurs, simplement parce qu’ils ne sont pas de leur avis ? Tous méritent le respect. Leur seule excuse :  la peur, qui leur fait perdre le sens des proportions et des réalités.

***

Cela étant dit, le débat est légitime.

Je comprends que, pour toutes sortes de raisons toutes aussi valables les unes que les autres, certaines personnes aient peur du virus. Moi aussi, bien bien portante, ce coronavirus me fait peur. Je comprends que les gens des Îles se questionnent sur l’éventualité de nouveaux cas de Covid favorisés par une réouverture de nos portes d’entrée. Comme à peu près tout le monde, j’ai à coeur la santé et la sécurité de mes parents hébergés en résidence pour personnes âgées et d’amis que leur état de santé rend plus vulnérables. Et je comprends qu’on craigne une saturation rapide de nos petites infrastructures locales de santé, si la pandémie faisait des victimes aux Îles. Encore là, plutôt que de s’opposer purement et simplement, il me semble plus constructif de bien mesurer la capacité des services de santé locaux et nationaux de garantir la mise en place de solutions pour un dégagement rapide d’éventuels malades madelinots. N’est-ce pas le plan des autorités locales de la santé ?

Je constate aussi que, pour justifier une poursuite du confinement, on oppose la santé et l’économie. Faux débat. La santé et l’économie ne s’opposent pas ; au contraire, ils vont de pair. Si, aux premières heures de l’arrivée du virus au pays, on a eu raison de se confiner, de faire un pas de recul pour mieux s’en protéger dans l’immédiat, c’est une attitude dans laquelle les Madelinots, comme les Québécois, les Canadiens et les gens de partout dans le monde, ne peuvent pas rester indéfiniment. Aucune société avec le moindre sens des réalités, des responsabilités et de la solidarité ne peut se le permettre. Au contraire, au-delà d’une courte période déjà pas mal jouée, on doit se préparer à faire face en mettant en place des mesures de protection favorisant une reprise progressive de nos activités. Donc, on doit apprendre à travailler et à vivre tout en se protégeant du virus. C’est ce que n’ont jamais cessé de faire tous ceux qui sont aux premières lignes, dans nos services de santé, dans nos épiceries et nos pharmacies, sur le bateau, dans les services entourant nos personnes âgées en résidences…

Il n’est absolument pas question de choisir entre protéger des Madelinots de la Covid ou, comme… favoriser « des gens qui s’en mettront plein les poches avec les étrangers », comme l’expriment certains, de manière outrageusement simplificatrice, sur Facebook. Comme partout ailleurs, les Îles ont besoin d’une économie qui fonctionne. Refuser de se déconfiner tant que le virus n’est pas disparu ou qu’un vaccin n’est pas trouvé, à fortiori alors que les sociétés autour de nous le font, c’est risquer de causer des dommages irréparables à notre économie locale et annoncer des heures sombres pour bien des familles des Îles dans les années à venir. Plus rapidement on remettra nos activités en marche, de manière sécuritaire et contrôlée, dans le respect des directives de la Santé publique, mieux nos entreprises, notre économie et notre société s’en porteront. Et nous aussi.

Le déconfinement repose évidemment sur les gestes posées par nos institutions, mais plus encore sur le sens des responsabilités de chaque citoyen. Gardons-nous de faire reposer toute la situation sur les autorités. Chacun, nous portons notre part de responsabilité. Comme le disait justement Paul Thériault dans sa chronique « Plogueuil ou homard » du 7 mai dernier sur les ondes de CFIM, lui-même fragilisé par son état de santé, si j’ai peur, si je suis plus à risque, c’est un choix plus que légitime de me confiner moi-même. Mais je ne peux demander à toute la population des Îles, du Québec, de se confiner indéfiniment.

Jusqu’à maintenant, on doit se compter « chanceux » de vivre cette pandémie aux Îles. Mais si on est réaliste, on sait que le virus va probablement finir par arriver ici. Profitons donc de la période actuelle pour s’y préparer. Pour cela, on a du chemin à faire. Comme d’autres, je vois bien qu’actuellement, comme partout ailleurs, tous les gens ne suivent pas à la lettre les mesures pourtant maintes fois répétées. Plusieurs se soulagent probablement la conscience du fait que les Îles n’ont actuellement pas de cas actifs de Covid. Ce n’est pas une bonne excuse. Il faut apprendre à bien se comporter en contexte de pandémie. Moi-même, je me suis fait remettre à l’ordre dans un commerce de Cap-aux-Meules, à raison (j’avais gardé mes gants) ; j’apprends. C’est ce qu’il faut :  faire preuve de civisme en apprenant à se comporter de manière à se protéger et à protéger les autres. Pourquoi pas une brigade sanitaire qui se promène dans les lieux publics pour faire l’éducation des citoyens et corriger les comportements fautifs ? Et mettons en place des mesures encore plus strictes et les services nécessaires à la protection des personnes les plus vulnérables, au premier chef les personnes âgées ou immuno-déprimées.

En même temps que notre géographie insulaire nous expose à certains risques, elle nous donne un peu plus de temps pour nous préparer et un peu plus chances d’exercer un certain contrôle sur la situation au fur et à mesure qu’elle évoluera. Pour le moment, la voie du déconfinement ayant été décidée par le gouvernement du Québec, il me semble que la stratégie de l’ouverture progressive et contrôlée mise en oeuvre par les autorités locales est celle qui s’impose. Jusqu’à preuve du contraire, chaque secteur (municipal, santé, transport, commerces, éducation…) paraît jouer correctement sa partition. À chacun de s’assurer de mettre en place les mesures nécessaires, dans son secteur, pour s’assurer que les Îles pourront sortir de leur cloche de verre avant que le risque soit complètement disparu.

Au final, je parie que notre capacité à bien nous déconfiner nous conférera collectivement une force qui jouera pour nous, pas contre nous.

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