Publié par : Yvonne Langford | 23 avril 2021

Comme un oiseau face au vent

Ce jour-là, il pleuvait et il ventait fort. À travers le gros temps, je l’ai vu, ce goéland, les ailes déployées, suspendu, immobile, en vol stationnaire. Comme si, pour lui, l’inertie était la posture la plus adaptée pour affronter la tempête. Il flottait dans le ciel, épousant le vent sans effort apparent, comme le nageur qui fait l’étoile pour surnager, se détendre, se reposer.

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C’est cette posture que j’aurais dû adopter rapidement quand, dans la dernière année, j’ai eu à affronter du gros temps. Dans un premier temps, au contraire, j’ai eu le réflexe de me crisper, de me contracter et de me débattre pour m’en sortir avec toutes les énergies qui me restaient. Comme si une telle attitude allait m’aider à passer au travers.

Alors que c’était plutôt évident, il m’a fallu un peu de temps pour me rendre compte que la solution était dans la voie de la décontraction, du relâchement, de l’apaisement des tensions. Pas dans la résistance. Quand on n’a pas de contrôle sur les choses, on finit par comprendre que, par temps violent, c’est le moment de se placer à basse altitude et, en toute vigilance, comme le goéland dans le vent fort, de se laisser porter. Pas de se raidir.

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Depuis mars 2020, on ne maîtrise pas ce qui nous arrive. Comme si le cours de nos vies était suspendu, en attente d’un retour à « la normale ».

Je crois qu’en ces temps de pandémie, ce qui me fatigue le plus, ce sont ceux et celles qui, sur un mode continu 1) se plaignent de tout et de rien, surtout de leur propre sort, alors qu’objectivement, comparés à bien d’autres, ils n’ont pas vraiment de quoi se plaindre ou 2) grognent, chialent, critiquent et prétendent avoir LES solutions. Comme si cela allait les aider… Ou nous avancer. Comme si la pandémie, c’était la faute aux gouvernements et aux personnes en autorité.

Qu’on se le dise :  la pandémie, c’est la faute… au virus de la Covid-19. Pas aux gens qui travaillent d’arrache-pied à nous aider à passer au travers sans trop de dommages. À nous de nous adapter, de nous ajuster, au jour le jour. Oui, on doit arrêter notre course folle, le temps que ça passe. Oui, depuis, on a l’impression de faire du sur place. Il me semble que, pour beaucoup d’entre nous, ce n’est pas la fin du monde. Surtout ici aux Îles, alors que nous comptons parmi ceux que j’appelle « les privilégiés de la pandémie ».  

Ce qu’il faut faire, n’est-ce pas, comme les goélands, ce que font tant de gens autour de nous ? Prendre sur eux, faire confiance, élever leur sens civique et agir de manière responsable. Penser aux autres, moins chanceux, véritablement touchés, ou qui en ont vraiment plus lourd sur les épaules, pour les comprendre. Relativiser. Et par leur attitude et leur comportement, tendre la main et contribuer positivement à l’ambiance et à l’effort collectif. Ça va mieux ainsi, non ?


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