Publié par : Yvonne Langford | 2 janvier 2013

Non à l’animalisme à Québec solidaire

Lors de son Conseil national tenu du 30 novembre au 2 décembre 2012, j’ai été soulagée que Québec solidaire (QS) ait eu le bon jugement de refuser la création d’un collectif animaliste[1]. Je vois mal comment j’aurais pu concilier mon adhésion à ce parti et plus encore ma candidature sous cette bannière avec l’existence d’un tel collectif dans ses rangs.

Le mouvement animaliste attaque la communauté des Îles-de-la-Madeleine depuis environ une quarantaine d’années.  Au fil des années, à notre détriment, les Madelinots et les Madeliniennes dont je suis ont appris à connaître ce mouvement, sa philosophie, ses valeurs, ses actions et ses comportements. Et je ne vois rien dans ce mouvement qui pourrait être cohérent avec QS.

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Le mouvement animaliste que nous connaissons aux Îles-de-la-Madeleine repose sur une vision dogmatique selon laquelle les animaux devraient avoir des droits, non seulement en tant qu’espèces, mais en tant qu’individus. En vertu de ces droits, comme les esclaves – parallèle plus que douteux, parce que réducteur et insultant pour tous ceux et celles qui ont donné leur vie pour leur libération -, les animaux seraient actuellement victimes de discrimination, notamment en regard de toute activité qui entre dans une optique d’exploitation. On peut penser à toutes les situations où les animaux sont capturés, possédés, gardés captifs, vendus, tués ou que leurs produits sont consommés. On devine rapidement que la pensée et l’activité des groupes animalistes heurtent de plein fouet une panoplie d’activités inscrites au cœur même de la vie de l’espèce humaine depuis son apparition sur la Terre, y compris la chasse, la pêche et l’agriculture, activités qui occupent des centaines de milliers de Québécois encore aujourd’hui.

Le mouvement animaliste que nous connaissons fait fi des connaissances et des avancées scientifiques sur le bien-être, la santé et l’équilibre des populations animales prises dans leur ensemble. Cette approche scientifique ne les intéresse pas. Leur vision est autre qu’écologiste ;  elle est ailleurs. Ainsi, malgré ce que souhaitent les animalistes eux-mêmes lorsqu’ils utilisent les arguments des écologistes, on fait erreur lorsqu’on amalgame leur approche à celle des écologistes, qui se soucient notamment du respect et de la conservation de la nature, de la préservation des espèces et de la diversité biologique, tout en respectant les lois de la nature, comme la prédation de la gazelle par le lion, de la morue par le phoque ou de la souris par le chat.

Le mouvement animaliste que nous connaissons agit en lutte contre des populations humaines. De leur point de vue, il y a eux et les animaux qu’ils disent défendre d’un côté ;  de l’autre côté adverse, il y a les populations qui vivent du prélèvement de la nature, les chasseurs par exemple. Sur la banquise entourant les Îles-de-la-Madeleine, année après année, les animalistes ont provoqué les chasseurs de phoque. Dans les médias et sur des forums de discussion, des animalistes sont allés jusqu’à se réjouir de la mort de quatre pêcheurs-chasseurs dans le naufrage de l’Acadien II lors de la campagne de chasse de 2008 après que le tristement réputé Paul Watson ait déclaré que la chasse au phoque constituait une tragédie beaucoup plus grave que la mort des quatre chasseurs qui ont péri dans ce naufrage[2]. Voilà qui est tout à fait démonstratif de ce courant de pensée qui place ici l’animal avant l’humain.

Le mouvement animaliste que nous connaissons fait l’objet de vives controverses. Plus encore, il crée de toutes pièces des conflits qui prennent parfois les couleurs de la guerre.  Aux Îles-de-la-Madeleine, il y a des décennies que cela dure. Les animalistes créent délibérément des incidents pour mousser leur propagande médiatique. Ils nuisent délibérément au travail des chasseurs, un travail de doigté et de précision qui se déroule avec des armes à feu et des embarcations soumises au mouvement des glaces et de la mer… Avec leurs hélicoptères, les animalistes volent à basse altitude de manière à apeurer les phoques pour qu’ils se jettent à l’eau et échappent ainsi aux chasseurs. Souvent au mépris des règles encadrant l’émission de leurs permis d’observateurs, les animalistes harcèlent les chasseurs dans le but de prendre des images qui leur permettront de les dépeindre à la face du monde comme des barbares assoiffés de sang, ce qui leur vaudra par la même occasion de remplir les coffres de leurs organisations. Nous redoutons le jour où des altercations entre ces animalistes et nos chasseurs provoqueront des événements plus regrettables encore.

Par les procédés qu’ils emploient et les arguments qu’ils invoquent, les animalistes que nous connaissons nous font penser aux militants du mouvement pro-vie. C’est particulièrement vrai lorsqu’ils argumentent pour la défense d’êtres sensibles dits sans droits et lorsqu’ils prétendent parler au nom de ces êtres vivants incapables de s’exprimer pour eux-mêmes.

Rien, dans le mouvement que nous connaissons, ne nous permet de comprendre que la mouvance animaliste aurait à voir avec les idées de gauche. Au contraire, des animalistes que nous connaissons sont franchement à droite. Par exemple, ils comptent dans leurs rangs des gens comme Brigitte Bardot, proche du Front national de Jean-Marie et Marine Le Pen.

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S’appuyant sur l’ouverture qui fait la réputation de QS, certaines personnes ont trouvé incongru que le Conseil national refuse la création de ce collectif. Pour moi, la question d’accepter ou non ce collectif n’en est pas une de degré, mais de cohérence. Les collectifs existant à Québec solidaire me semblent bien cohabiter avec la « nébuleuse » de la gauche et du progressisme. Il en est tout autrement ici. Je ne vois pas du tout comment un collectif animaliste correspondrait aux valeurs de QS. Où place-t-on la limite ? Accepterait-on un collectif pro-vie ? Un collectif contre l’existence d’un État palestinien ? Un collectif cléricaliste ? Nous ne croyons pas que, sous prétexte d’ouverture, il appartienne à QS d’abriter toutes les chapelles.

De mon point de vue, accepter un collectif animaliste dans nos rangs aurait atteint sérieusement la relation de QS avec les populations de ce qu’on appelle les « régions ressources » (expression mal choisie s’il en est une). Aussi, elle aurait nourri la perception d’un trop grand nombre de Québécois qui jugent ce parti comme trop seulement montréalais et trop facilement farfelu et excentrique.

Un parti politique, ce n’est pas un club où on réfléchit à tout et à rien, mais un lieu où on adhère à quelque chose. À QS, si on crée un collectif, c’est qu’on accepte de réfléchir sur un objet précis dans une perspective politique. En quoi les réflexions d’un collectif animaliste s’inscriraient-elles dans les réflexions du parti politique de gauche qu’est QS ? Le parti est-il prêt à remettre en question la relation homme-animal au-delà des perspectives éthique, économique, écologiste et de santé publique ? Que veulent les militants-tes qui ont proposé un collectif animaliste ? Est-ce que la doctrine animaliste exprime bien ce qu’ils et elles recherchent ? Si oui, je les inviterais à s’organiser ailleurs qu’à QS, puisque leurs objectifs sont carrément incompatibles avec ce que je comprends de QS. Sinon, peut-être recherchent-ils autre chose et qu’un autre terme ou d’autres moyens qu’un collectif correspondraient mieux à leurs objectifs. En effet, qu’il puisse y avoir dans le parti des réflexions sur la condition animale, notamment sur la cruauté envers les animaux, l’élevage industriel ou l’utilisation de la production animale en agriculture, cela ne vaut certainement pas la création d’un collectif appelé animaliste.

Je me réjouis que les membres de QS aient pris la bonne décision.

 


[1] Les statuts de QS prévoient que le parti peut reconnaître l’existence de collectifs « de courants de pensée différents et complémentaires » (article 14.1 des statuts de QS). Un collectif est constitué par un ensemble de membres en règle du parti (au moins dix) qui se regroupent sur la base d’un thème ou d’une affinité politique particulière tout en s’engageant à respecter les valeurs, les statuts et le programme du parti. Même s’ils ne jouissent pas d’une représentation particulière, ces collectifs sont reconnus par les instances du parti et peuvent promouvoir leurs idées et leurs activités lors des rencontres du parti, essentiellement grâce à des tables d’informations mises à leur disposition.

[2] « Chasse et naufrage :  des propos controversés », Radio-Canada Est-du-Québec, vendredi 4 avril 2008, adresse :  http://www.radio-canada.ca/regions/est-quebec/2008/04/04/004-watson-propos-controverse.asp.


Réponses

  1. Avatar de Sharon Lax

    Quand vous parlez d’utliser les animaux, vous parlez de la culture – d’une culture d’abus. Plusieurs des idées ici sont completement ignares. Effectivement, Bardot ne représente pas tous les personnes dans le mouvement animaliste et ceux qui veulent un monde sans abus des autres. Pourquoi avons-nous besoin de chasser, d’utliser, de detruire et causer la souffrance des autres? Pour continuer avec des pratiques culturelles?????? Il y a des guerres qui sont se sont produites à cause de la culture, des points de vue differents. Fini avec cette sorte de culture. Seulement dans un monde sans abus aurions nous une occasion de vivre avec respect de l’environnment.


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