Des liens entre Genivar, l’industrie pétrolière et le Parti libéral du Québec :
RIEN POUR DONNER CONFIANCE AUX GENS DES ÎLES ET DU GOLFE
Depuis novembre 2011, les gens des Îles et du golfe Saint-Laurent ont été mis au courant de nouvelles qui sont venues éclairer les liens entre la firme de génie-conseil Genivar, l’industrie pétrolière et le Parti libéral du Québec. Rien pour rassurer.
Au début du mois de novembre 2011, les gens des Îles ont été au-delà de cent cinquante à assister à la tournée de « consultation publique » organisée aux Îles par la firme de génie-conseil Genivar responsable de « l’Évaluation environnementale stratégique sur la mise en valeur des hydrocarbures du golfe Saint-Laurent » (EES2). Comme les Gaspésiens et les Nord-Côtiers avant eux, les Madelinots ont alors exprimé leur manque de confiance dans le processus de consultation et dans le rapport préliminaire qui leur a été soumis. Les gens des Îles comme des autres régions côtières se sont aussi montrés fort inquiets des enjeux de l’exploration et de l’exploitation des hydrocarbures du gisement Old Harry.
Un peu avant, la firme avait été mandatée par le gouvernement du Québec pour réaliser cette étude qui revêt une importance cruciale, puisque le gouvernement devrait se baser sur le rapport que lui remettra Genivar à l’automne 2012 pour franchir les prochaines étapes dans ce dossier.
Si nous avions su…
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NOUVELLE |
RÉFLEXION |
| Nous aurions dû savoir depuis le printemps 2011 que Genivar investissait dans l’industrie pétrolière en faisant l’acquisition « d’une entreprise spécialisée dans la conception et la gestion d’installations pétrolières et gazières » (réf. 1).En mars 2012, une autre transaction est venue confirmer cette orientation de l’entreprise (réf. 2). À preuve, une page de son site Internet est désormais consacrée à ce savoir-faire industriel de Genivar dans le pétrole et le gaz. | Amir Khadir, député de Québec Solidaire, avait complètement raison quand il a soulevé le conflit d’intérêts dans lequel ces investissements plaçaient la firme de génie-conseil chargée d’étudier les risques liés à l’exploitation des gisements sous-marins de pétrole (réf. 1). En effet, comment Genivar peut-il à la fois avoir des intérêts dans l’industrie pétrolière et être l’évaluateur des risques environnementaux d’un projet d’exploitation d’hydrocarbures dans le golfe? Que Nathalie Normandeau n’y voit aucun problème (réf. 3) n’a absolument rien pour nous rassurer.Le dossier Old Harry doit être traité en toute indépendance et ne présenter ni conflit d’intérêts ni apparence de conflit d’intérêts. Genivar ne doit tout simplement pas être impliqué dans le dossier. |
| En mai 2012, en pleine crise étudiante, nous avons appris qu’en avril 2009, deux vice-présidents chez Genivar avaient organisé, à titre personnel nous dit-on, une activité-bénéfice pour le Parti libéral du Québec. Ce petit déjeuner réunissait entre 15 et 20 participants, dont le mafioso Domenico Arcuri (réf. 4) et l’invitée-vedette de cette activité de financement : Line Beauchamp, alors ministre de l’Environnement. Prix d’entrée (avant les dons volontaires) : 1000 $ par personne. Résultat : 61 500 $ dans les coffres du PLQ.Un des participants, l’ingénieur André-Martin Bouchard, est aujourd’hui vice-président environnement de l’entreprise Genivar. | Voilà qui illustre de manière fort éloquente les liens entre les firmes et les partis politiques. Les deux y trouvent leur compte.Les dirigeants de Genivar participant généreusement à la caisse électorale de la ministre, l’entreprise, elle-même impliquée dans l’industrie pétrolière, peut espérer obtenir du gouvernement un positionnement fort avantageux. Le gouvernement libéral, quant à lui, met la table pour obtenir les conclusions dont il aura besoin pour aller de l’avant avec l’exploitation des hydrocarbures. N’écoutant que les généreux donateurs à sa caisse électorale, il appuiera sans faillir l’entreprise, même quand le conflit d’intérêts exposé plus haut sera exposé en plein jour (réf. 3). |
| Juin 2012 : dans la foulée de la commission Charbonneau et du témoignage de Jacques Duchesneau , nous avons appris que Genivar figurait dans le top 5 des firmes de génie-conseil dont les employés et les proches avaient été les plus généreux envers les partis politiques, en particulier le Parti libéral du Québec. En dix ans, ses ingénieurs et autres employés ont versé 532 160 $ à la caisse des partis politiques québécois, essentiellement le PLQ et le PQ. Même que proportionnellement à leur nombre, ce sont les employés de Genivar qui, de toutes les firmes de génie-conseil, ont le plus contribué à la caisse du PLQ (réf. 5).Le Parti québécois a aussi profité de la générosité des ingénieurs québécois, récoltant 34 % des contributions liées à des firmes de génie-conseil. | Duchesneau est d’avis que le financement populaire des partis politiques, c’est une grande hypocrisie (réf. 6). C’est que beaucoup de gens font comme si la pratique des prête-noms n’avait pas cours et que c’était un pur hasard si autant d’employés de Genivar donnaient si généreusement au PLQ. Mais personne n’est dupe. Il y a bel et bien convergence d’intérêts. « Tu donnes à mon parti et je serai sensible aux intérêts de ton entreprise. » « Je donne à ton parti et je m’attends à ce que tu aies bien compris ce que je t’ai confié dans le creux de l’oreille. »Ici, ces intérêts privés s‘articulent entre la ministre de l’Environnement et une entreprise à la recherche d’opportunités d’affaires. L’une veut de l’argent pour sa caisse électorale. L’autre veut des contrats et du chiffre d’affaires, en particulier dans l’exploitation des ressources naturelles. Voilà qui devrait pouvoir s’arranger. |
Quelles leçons faut-il tirer de ces événements ?
- À juste titre, ces nouvelles ne font qu’ajouter aux inquiétudes des citoyens sur l’ensemble de l’opération en cours entreprise par le gouvernement du Québec avec l’aide de la firme mandataire visant l’exploitation des hydrocarbures autour des Îles. L’attitude responsable dans les circonstances, c’est de garder une attitude critique et, compte tenu de ce qu’on apprend, de ne pas accorder notre confiance aux gens qui pilotent le dossier.
- Qui aurait cru que même aux Îles, les questions politiques actuelles liées à l’attribution des contrats publics et au financement des partis politiques nous rattraperaient. En tant que Madelinot, on ne peut plus croire que cette proximité d’intérêts entre l’actuel gouvernement du Québec et les entreprises privées impliquées dans l’exploitation de nos ressources ne nous touche pas. Y compris pour des enjeux nous concernant ici aux Îles, l’argent peut acheter l’oreille d’un ministre libéral et du gouvernement dont il fait partie.
- Il ne faut pas se faire d’illusion sur notre capacité comme citoyen, aussi avisés que certains d’entre nous puissent être, d’influencer les Genivar, ministres et autres décideurs et entreprises privées en « faisant leur éducation » pour les amener à se rendre compte des dangers de l’exploitation des hydrocarbures dans le golfe Saint-Laurent. Cette attitude candide fait l’impasse sur les intérêts communs de ces entreprises et du gouvernement en place. Qu’on se le dise : actuellement, ce sont ces intérêts qui priment et qui dictent la conduite du gouvernement. Pour prendre des décisions éclairées quant à ce qu’il convient de faire dans ce dossier, un gouvernement vraiment au service de l’intérêt public, mais aussi les citoyens, ont absolument besoin du savoir scientifique pour éclairer les enjeux de cette éventuelle exploitation des hydrocarbures dans le golfe. C’est pourquoi il faut exiger que toutes les recherches scientifiques nécessaires soient conduites, dirigées par des organismes et des institutions publiques autonomes face au gouvernement et aux entreprises, neutres et sans partis-pris, comme doivent l’être les scientifiques dignes de ce nom. C’est à ce prix que les citoyens pourront regagner un peu de confiance. C’est pour ça qu’il faut continuer d’exiger un BAPE véritable où les citoyens pourront questionner la recherche scientifique.
- À un niveau encore plus politique, lors de la prochaine élection, faisons tout ce que nous pouvons pour décourager nos parents et amis de voter libéral, ce parti qui confond ses intérêts et les intérêts des entreprises privées qui le financent, et ce, au détriment de l’intérêt public. Et encourageons les partis politiques qui se mettent au service de l’ensemble de la population, qui se portent à la défense du bien commun et de la qualité de l’environnement et qui appuient leurs positions et leurs actes sur des avis émis par des institutions neutres et indépendantes. Pour moi, le parti qui incarne le mieux cet idéal politique, c’est Québec Solidaire. Pourquoi cela ne peut-il pas être le Parti québécois ? Parce qu’historiquement, le PQ fait plus partie du problème que de la solution. N’est-ce pas le PQ qui, drastiquement, a préparé la situation dans laquelle le Québec est englué en dégarnissant les institutions publiques et les ministères de leur expertise et en ouvrant très largement les portes du gouvernement aux ruineux consultants de tout acabit ? N’a-t-il pas profité lui-même, même si c’est dans une mesure moins importante, de la pratique des prête-noms pour contourner les règles et se financer à même les entreprises privées, alors qu’il aurait pu agir pour resserrer la loi sur le financement des partis ? Il faut changer les choses plus loin que l’alternance.
Références
- « Genivar est en conflit d’intérêts selon Amir Khadir », communiqué de Québec Solidaire, 20 avril 2011, adresse web : http://www.quebecsolidaire.net/genivar_est_en_conflit_d%E2%80%99interets_selon_amir_khadir
- PC, « Genivar achète GRB engireering », Le Devoir, 2 mars 2012, adresse web : http://www.ledevoir.com/economie/actualites-economiques/344048/en-bref-genivar-achete-grb-engineering
- SHIELDS, Alexandre, « Contrat d’évaluation environnementale – Pas de conflit d’intérêts chez Genivar, assure Nathalie Normandeau », Le Devoir, 20 avril 2011, adresse web : http://www.ledevoir.com/politique/quebec/321552/contrat-d-evalutation-environnementale-pas-de-conflit-d-interets-chez-genivar-assure-nathalie-normandeau
- NOËL, André, « Un invité embarrassant », La Presse, 2 mai 2012, adresse web : http://www.lapresse.ca/actualites/quebec-canada/politique-quebecoise/201205/01/01-4520935-un-invite-embarrassant.php
- « Financement des partis : des ingénieurs généreux », Radio-Canada, 21 juin 2012, adresse web : http://m.radio-canada.ca/nouvelles/Politique/2012/06/21/002-firmesgenie-financement-partis.shtml
- « Le financement public des partis politiques est une grande hypocrisie, dit Duchesneau », Radio-Canada, 19 juin 2012, adresse web : http://www.radio-canada.ca/nouvelles/societe/2012/06/19/002-commission-charbonneau-mardi.shtml
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