Publié par : Yvonne Langford | 12 avril 2012

Le gouvernement Charest face au mouvement de grève étudiante : UN ABUS DE POUVOIR HISTORIQUE

Au-delà des enjeux en cause dans ce mouvement de grève étudiante – les frais de scolarité universitaires –, la manière dont le premier ministre Charest traite cette crise sociale révèle la véritable nature de ce gouvernement sans morale politique et démocratique.

En cela aussi, cette grève est historique.

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On l’a dit et redit :  la grève étudiante est historique à plusieurs égards :  sa durée, son ampleur, les enjeux qu’elle soulève, l’imagination sans bornes des jeunes… Mais elle est aussi historique par le traitement bassement électoraliste qu’en a fait le gouvernement Charest.

En effet, on n’aura jamais vu un gouvernement ignorer à ce point les appels criants de sa jeunesse. Que ni l’ampleur ni la durée du mouvement n’ait abouti à ce que le gouvernement Charest daigne seulement s’asseoir pour parler avec les représentants de ce mouvement, c’est tout simplement ahurissant. Et insultant, comme le disait justement Martine Desjardins, présidente de la FEUQ.

Au lieu de traiter ces jeunes comme les interlocuteurs légitimes, responsables et sensés qu’ils sont, le gouvernement Charest a tout fait pour les réprimer, à coup de matraques, d’amendes salées, de gaz lacrymogènes, d’arrestations…

Il a aussi tout fait pour discréditer leur discours pourtant beaucoup plus solide que la pitoyable rhétorique libérale. Pour arriver à leurs fins, la ministre Beauchamp et son gouvernement ne dédaignent pas triturer les faits. Des exemples. Il n’y a pas de gel de frais de scolarité depuis 2007. Le mouvement actuel ne réclame pas la gratuité, mais le retrait de la hausse de 75 % décrétée par ce gouvernement. Les étudiants qui ont voté contre la grève ne sont pas nécessairement pour la hausse des frais de scolarité, loin s’en faut. Et en tentant d’amener les Québécois dans une logique de calcul individualiste, le gouvernement libéral a voulu nous faire croire que les étudiants se comportaient de manière égoïste (la « juste part »), alors que leur lutte est solidaire.

Nos gouvernants sont même allés jusqu’à mettre en doute le caractère démocratique des décisions des étudiants. De la part d’un gouvernement qui fait l’objet d’une enquête pour corruption et pour financement occulte, faut le faire !

Ces piètres politiciens ont eux-mêmes mis en scène la contrepartie, soutenant et n’écoutant qu’un mouvement – le mal nommé Mouvement des étudiants socialement responsables du Québec, d’abord formé de jeunes libéraux, puis de quelques milliers d’étudiants frustrés – créé de toutes pièces pour faire croire qu’un mouvement valait l’autre. Ensuite, leurs exécuteurs de basses œuvres ont encouragé les étudiants à ne pas respecter les décisions prises démocratiquement en assemblée et à entamer des recours judiciaires. Belle leçon de démocratie servie par des politiciens cyniques et indignes de leur fonction.

Finalement, ces jours-ci, le gouvernement essaie de forcer un retour en classe en faisant pression sur les directions de collèges, celles-là mêmes qui non seulement reçoivent annuellement de ce gouvernement leur « bonus à la performance », mais aussi qui, pour maintenir en vie les institutions qu’elles représentent, sont forcées de mendier des fonds pour contrer les coupures dramatiques opérées dans les cégeps année après année. Dernière stratégie :  la ministre essaie de renverser la pression en la mettant sur les directions d’établissements et les enseignants, allant jusqu’à exiger que les directions passent outre les lignes de piquetage et que les profs donnent leurs cours, peu importe que les étudiants y assistent ou pas. Édifiant comme discours de la ministre de l’Éducation! Encore heureux que les enseignants aient une conscience pédagogique un peu plus élevée que la ministre elle-même.

Depuis le début, le gouvernement Charest n’a fait preuve d’aucune écoute ni d’aucun respect à l’égard des étudiants. Que du paternalisme, de l’ignorance et du mépris. Pourtant, face à toute cette hargne exprimée par le gouvernement du Québec, les étudiants continuent.

En cela aussi, cette grève est historique.

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Depuis le début, à aucun moment ce gouvernement n’aura démontré une réelle préoccupation pour la paix sociale, le respect de la démocratie ou les impératifs éducatifs, des devoirs pourtant élémentaires de la part de tout gouvernement digne de ce nom. À la fois juge et partie dans ce conflit, n’écoutant que les sondages et ceux qui s’en prennent aux étudiants grévistes, il n’en a que pour son calcul électoraliste visant à se donner l’image d’un gouvernement déterminé. Sourd à toute tentative de médiation ou des propositions de solutions qui sont venues de toutes parts, il a du même coup abandonné ses responsabilités de fiduciaire de l’État. Indifférent aux conséquences à long terme de ses gestes et à leur teneur morale et ne dédaignant pas de recourir à des stratégies bas de gamme, il analyse et agit à courte vue et s’assoit sur son pouvoir pour gagner à tout prix ce bras de fer avec les étudiants.

En cela aussi, cette grève est historique.

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Dans la vie en général – et c’est encore plus vrai en éducation -, ce qui compte, c’est non seulement ce qu’on fait, mais la manière dont on le fait. Et la manière dont le gouvernement Charest « gère » ce conflit, c’est de l’abus de pouvoir. Pour moi, ce gouvernement dirigé par un conservateur ne vaut pas mieux que le gouvernement Harper en matière d’éthique démocratique, se comportant comme si être élu lui donnait tous les droits et tous les pouvoirs. Faisons en sorte que le Parti libéral du Québec, ce champion fossoyeur d’espoir, ce parti sans scrupule, sans éthique, sans sens de l’honneur, quitte définitivement la scène politique québécoise dans les mois qui viennent.

Peu importe l’issue du conflit, les étudiants se sont montrés infiniment plus dignes du pouvoir qu’ils se sont donné, plus riches et convaincants dans leur discours, plus intelligents dans leurs stratégies et plus éthiques dans leurs gestes. En tout, ils ont fait preuve d’une compréhension bien plus élevée de la chose politique et d’une vision bien plus inspirante de la société québécoise. Il est là, l’espoir.

En cela aussi, cette grève aura été historique.


Réponses

  1. Avatar de David Thériault

    Monsieur Charest et madame Beauchamps ont a maintes reprises tenté de minimiser l’importance de l’actuel mouvement étudiant sous prétexte qu’il ne représente pas le point de vue de la majorité des étudiants. Merci Yvonne de souligner que de nombreux étudiants qui ne sont pas en grève sont aussi contre cette hausse des frais de scolarité imposée par le gouvernement.

    Et en passant, si on veut jouer avec les chiffres, rappelons que ce gouvernement a été élu en 2008 ave 42% des voix…

    • Avatar de Yvonne Langford

      … et que les frais de scolarité ont été haussés de 30 % depuis 2007 (avant la hausse supplémentaire de 75 % décrétée par le gouvernement Charest).


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