Publié par : Yvonne Langford | 18 novembre 2011

Aux Îles, contre la hausse des frais de scolarité.

Le 10 novembre dernier, ça m’a fait chaud au coeur de voir les étudiants du Québec faire grève et manifester contre la décision du gouvernement libéral de hausser drastiquement les frais de scolarité facturés aux étudiants universitaires. De toute évidence, ces moyens de pression n’étaient pas suffisants, mais ils étaient nécessaires. Espérons que ce n’était là que le début d’une mobilisation plus large, plus forte, pour gagner cette bataille de l’accessibilité aux études.

Une décision injuste – Les étudiants sont mécontents. Moi aussi. En soi, cette décision est inacceptable. Quand le gouvernement Charest décide de faire payer la note aux étudiants, il va dans le sens contraire de l’accessibilité aux études. Quand ce même gouvernement explique que les étudiants sont de futurs gros salariés et, donc, qu’ils peuvent très bien payer plus cher pour leurs études, il oublie que si la fiscalité québécoise était vraiment progressive, ces futurs salariés feraient leur « juste part » en remboursant au centuple le coût de leurs études universitaires par le versement d’impôts à l’État québécois tout au long de leur vie professionnelle. Par ailleurs, on ne peut réduire les études universitaires à un choix individuel dans le seul intérêt de l’étudiant. Un jeune qui étudie enrichit toute la société.

Pire encore pour les Îles – Pour les jeunes étudiants madelinots, cette hausse est encore plus injuste. Avant même les frais de scolarité, il en coûte une fortune aux étudiants – et à leurs parents – d’étudier à l’extérieur.  C’est vrai pour l’université, mais aussi pour le cégep et les écoles professionnelles, lorsque ces maisons d’enseignement ne sont pas situées aux Îles. Imaginez un seul instant ce que ça coûte de moins à un étudiant de Montréal ou de Québec, par exemple, de fréquenter l’université dans sa ville de résidence (en supposant qu’il habite chez ses parents). Au Campus des Îles, en ne comptant pas les dépenses que l’étudiant occasionnerait en restant chez ses parents (ex. :  nourriture, transport local, activités, matériel scolaire…), on estime à environ 7 500 $ ce qu’il en coûte de plus à un étudiant des Îles pour une année d’étude loin de chez lui (pour les frais de transport de et vers les Îles, d’installation, de logement, etc.). Méchante différence ! Conclusion :  les jeunes Madelinots sont largement perdants en ce qui a trait à l’accessibilité aux études. Si on ajoute à ces dépenses la hausse de frais de scolarité de 75 % imposée par le gouvernement, évidemment, les études universitaires sont encore moins accessibles aux jeunes Madelinots. Qui peut prétendre le contraire ? L’Association du Parti libéral aux Îles ? Le député Chevarie ?

Les perdants de cette situation, ce sont les étudiants madelinots, leurs familles et toute la société madelinienne. C’est pour ça qu’aux Îles et dans les régions, plus qu’ailleurs, nous devons encourager les étudiants à s’engager et être à leurs côtés dans cette bataille.

2005, une grève historique – Le gouvernement nous dit qu’il octroiera plus d’aide financière, sous forme de prêts et bourses, aux jeunes qui en auront besoin pour leur garantir l’accès à l’université. Tout le monde le sait :  pas besoin d’être riche pour ne pas avoir droit à une aide financière aux études sous forme de prêt ou, plus encore, de bourse. Cet argument, c’est une piètre manière de cacher le fait que la hausse des frais de scolarité appauvrira à peu près tout le monde, à commencer par les étudiants bénéficiaires de l’aide financière aux études de l’État. Comme encouragement aux études, on a déjà vu mieux.

Rappelons-nous qu’en 2005, les étudiants des Îles avaient été parmi les premiers sur la ligne de piquetage pour se battre contre des coupes dans le programme des prêts et bourses. Je revois bien des visages, mais en particulier ceux d’Andréane Boudreau et d’Anne-Christine Boudreau, les instigatrices et leaders du mouvement. Après cinq semaines d’une grève historique, avec un large appui de la population, guidés par la recherche du bien commun, les étudiants québécois avaient réussi à faire reculer le gouvernement Charest dans sa décision de réduire les prêts et bourses aux étudiants.

Pour des études accessibles – Au lieu de hausser les barrières aux études, le gouvernement doit les abaisser. Rendre les études universitaires plus accessibles, quel beau choix de société ! Engageons-nous pour que l’éducation demeure accessible à tous les étudiants du Québec, à commencer pour ceux des Îles et des régions. C’est important.


Réponses

  1. Avatar de Véronique Chiasson

    Ayant moi-même été étudiante dans un passé pas si lointain et participante aux pressions faites sur le gouvernement en 2005, contre les coupures dans les prêts et bourse, je suis à 100% d’accord avec cet article. La mobilisation vaut le coût, ça c’est certain, et plusieurs, pourtant, tenteront de décourager les étudiants de le faire en disant: « qu’est-ce que ça donne de toute façon! ».

    Quand on est aux études, on ne réalise pas le fardeau que l’endettement va créer sur notre situation future. On est optimiste, on croit qu’on aura l’emploi désiré. Tant mieux, si c’est comme ça que ça se passe, mais de toute façon moins on est endetté et plus nos projets peuvent se réaliser rapidement!

    Véronique

    • Avatar de Yvonne Langford

      Merci pour ce premier commentaire sur mon blogue, Véronique.

  2. Avatar de Raphael Poirier

    Bel article qui place la hausse des frais de scolarité sous une perspective sociale et madelinienne.
    La connaissance devient pour l’individu, de par cette augmentation des frais qui y sont associés, économiquement moins intéressante car les avantages futurs découlant des études universitaires ne changent pas pour autant.
    Or, quoi que difficilement mesurable, les études universitaires ont potentiellement une très grande valeur aux yeux d’une collectivité. Il serait donc rationnel pour cette société de s’assurer d’avoir à la fois un grand nombre d’étudiants et une bonne qualité d’enseignement.
    J’en vient à me demander si le gouvernement a l’intention de maintenir le financement actuel accordé par étudiant aux université?

  3. Avatar de Yvonne Langford

    (Ici, je me permets de reproduire le commentaire que Catherine Chevrier-Turbide a laissé sur un autre article « À bientôt pour mon premier blogue ». Voici ce qu’écrivait Catherine.

    Belle réflexion, Yvonne.

    Je renchérirais en disant qu’il est inacceptable que les jeunes professionnels des cohortes universitaires et collégiales entrent sur le marché du travail avec comme souci principal, non pas de contribuer au bien-être de la société québécoise, mais de rembourser le plus rapidement possible leurs multiples prêts étudiants (marge de crédits, prêts personnels et prêts gouvernementaux) pour diminuer leur endettement.

    Pour envisager comment contribuer au monde dans lequel on évolue ensemble, il est essentiel d’y être disposé, et ceci passe par s’affranchir du lourd fardeau que constituent les dettes d’études.

    • Avatar de Yvonne Langford

      Catherine, tu apportes un point de vue intéressant : le point de vue des jeunes qui se retrouvent, une fois les études terminées, avec le lourd fardeau de leur dette d’études.

      En 2010, la moyenne de la dette des étudiants québécois était de 14 000 $ (source : une entrevue intéressante avec un prof en économie du Cégep de Sept-Îles ). C’est beaucoup ! Mais c’est moins qu’ailleurs en Amérique du Nord, grâce aux prêts et bourses (que le gouvernement libéral aurait diminués en 2005, n’eût été la résistance des étudiants) et aux frais de scolarité (pour le moment peu élevés par rapport aux autres États du continent). La tendance de cet endettement était déjà à la hausse. C’est facile d’imaginer qu’une hausse importante des frais de scolarité augmentera de presque autant l’endettement étudiant. En effet, selon l’Iris, « L’aide financière aux études ne compensera pas pour la hausse » des frais de scolarité ».

      Les ex-étudiants madelinots en connaissent un chapitre supplémentaire sur la question de l’endettement. En effet, comme leurs confrères et consoeurs des autres régions éloignées, ils connaissent un endettement bien plus élevé que les étudiants québécois. Une fois leurs études terminées, ils sont coincés avec cette dette pendant de longues années. Alors, ils peuvent plus difficilement envisager d’acquérir une maison, de fonder une famille, d’investir dans une entreprise… Si, comme tu le suggères dans ton commentaire, on réfléchissait aux conséquences de cet endettement sur l’entrée des ex-étudiants dans leur vie professionnelle et privée, on se rendrait compte que la voie choisie par le gouvernement libéral n’est pas la bonne. C’est tellement un beau choix que de rendre les études accessibles aux jeunes !

  4. Avatar de annechristineboudreau

    Ça m’aura pris du temps à lire ton blogue ! (et c’est un peu étrange que je prenne le temps d’écrire, mais que je ne lise pas celui des autres, allez savoir pourquoi…).

    Je me rappelle très bien 2005 et je continue de penser qu’il est légitime et essentiel d’encourager la poursuite des études professionnelles, que ce soit un DEP, une technique ou des études universitaires. Un peuple éduqué, est un peuple qui se donne les moyens de son futur, c’est le pilier même de toute cette nouvelle mode de développement « durable ». Ce n’est pas juste la connaissance, c’est cette capacité de réfléchir, de créer, d’inventer, de théoriser, d’appliquer, de bâtir…

    J’ai peu suivi le débat sur la hausse des frais de scolarité, mais j’ai 2 points à mentionner:

    1- Que l’on fasse porté aux étudiants le fardeau de leur éducation est une chose. (J’ai tendance à être partagée sur ce point. Je suis moi-même endettée, mais sans regret. Aurais-je été à l’université avec une hausse plus grande et pas de compensation du système d’aide financière ? Probablement que non…). Mais le problème c’est qu’on détourne le vrai débat: pourquoi les universités ont besoin d’une cafétéria aux allures d’un bar branché de Montréal ? Pourquoi les coûts de marketing et de pubs des universités sont aussi élevées alors que les dépenses en recherches et les payes des chargés de cours sont en déroutent ? Pourquoi on investit dans le « paraitre » pour attirer des étudiants, au lieu d’investir dans des livres, des ressources, des chercheurs, des projets terrains… ?

    2- Aux Territoires du Nord-Ouest, « c’est pas pareil » (comme aux Îles, d’ailleurs). Le gouvernement octroie de l’aide financière aux étudiants qui doivent quitter le territoire pour suivre des formations universitaires (il n’y a pas d’université ici). Lorsqu’ils reviennent pour une certaine période de temps ici, leur dette est « effacée » au fur et à mesure qu’ils travaillent dans les TNO. Une idée à songer pour les régions éloignées du Québec ?

    • Avatar de Yvonne Langford

      Chère Anne-Christine,

      Merci pour ton commentaire. « What a » bonne idée que vous avez, aux TNO, par rapport à l’aide aux étudiants et à son remboursement… ou pas.

      Je lis ton blogue assez souvent et je t’avoue que, quelque part, tu m’auras un peu inspirée pour que je me lance moi-même dans l’aventure. D’une blogueuse à l’autre, salut. Que l’année 2012 te soit bonne !

  5. Avatar de Yvonne Langford

    Je suis tout à fait d’accord avec ce commentaire d’un étudiant : http://www.ledevoir.com/societe/education/341128/lettres-les-etudes-un-investissement . Il va dans le sens de plusieurs des commentaires formulés suite à mon papier sur ce blogue, qui ont de manière très juste mis en lumière la situation difficile des jeunes après leurs études, freinée par le poids de l’endettement étudiant. Il faut changer les choses !


Laisser un commentaire

Catégories