Publié par : Yvonne Langford | 18 novembre 2012

Une histoire de Bonheur, entre Port-au-Prince, les Îles et Montréal

Il est de ces histoires qui vous prennent par le cœur. C’est ce qui est arrivé lors de ma rencontre avec une famille haïtienne, celle de Jean Nickson Bonheur – eh! oui,  Bonheur, ça ne s’invente pas, c’est bel et bien son nom de famille – et ses deux filles, Queenee, 8 ans, et Akeesha, 2 ans, bientôt 3. Laissez-moi vous raconter leur petite histoire entre Port-au-Prince, les Îles et Montréal.

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J’ai rencontré M. Bonheur dans le cadre de mon travail. Tout de suite, j’ai fait la connaissance d’un homme intelligent, capable de s’occuper de ses affaires et de sa famille et de mener sa vie. Mais j’ai aussi bien vu que quelque chose n’allait pas.

Jean Nickson Bonheur est arrivé aux Îles-de-la-Madeleine en septembre 2012. Venu tout droit de Port-au-Prince, M. Bonheur est d’abord arrivé à Montréal avec ses deux filles pour rejoindre sa nouvelle épouse canadienne. Quelques jours plus tard, ils sont venus s’installer dans leur domicile aux Îles. Malheureusement, après seulement quelques semaines de vie commune, il s’est avéré que ce mariage ne durerait pas. C’est ainsi que M. Bonheur et ses deux enfants se sont retrouvés devant rien. Mettez-vous à leur place un instant.

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Akeesha, Jean Nickson et Queenee Bonheur

Jean Nickson Bonheur est un homme dans la jeune trentaine. Quennee, sa plus vieille, est une petite fille curieuse, sage et brillante, qui dévore tous les livres qui lui passent sous la main et qui adore écrire. Elle est aussi confiante et affectueuse. Il fallait la voir insister auprès de son père pour passer l’Halloween sur le chemin Grande-Allée, à Cap-aux-Meules. L’école lui a permis de plonger dans sa nouvelle société d’adoption, de s’intégrer rapidement. Jean Nickson l’appelle « notre petite Québécoise ». Sa sœur Akeesha, selon son père, c’est la miraculée de la famille. Elle est née prématurée. Elle est petite, mais elle en a dedans, comme on dit ici. Elle sait ce qu’elle veut et ce qu’elle ne veut pas. Elle parle surtout créole, mais comprend bien le français. Elle fait bien rire son père et sa sœur.

Ceux et celles que je connais qui ont connu la famille Bonheur ont senti un lien très fort entre le père et ses deux filles. À tout moment, on a vu un père aimant ses enfants, soucieux de leur bien-être et intervenant auprès d’elles en parent responsable.  On a vu des filles qui ont besoin de leur père et un père qui est là pour ses filles. Une famille tricotée serrée, pourrions-nous dire.

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Le 12 janvier 2010, la terre a tremblé à Haïti. La maison où vivait la famille de Jean Nickson Bonheur s’est effondrée sur ses occupants. Jean Nickson était au travail. Ce sont les pleurs d’Akeesha, son tout jeune bébé d’un mois et demi qui ont permis aux gens du quartier de savoir que des êtres vivants gisaient sous les décombres. Ils ont vite réalisé qu’ils ne pouvaient pas laisser périr une petite innocente sans avoir essayé. Ils ont sorti Akeesha vivante des décombres. Comme le dit si justement son père :  « Cette petite, elle est née pour vivre. »  Édeline, sa femme, a eu le temps de pousser sa fille Queenee, âgée de cinq ans, sous un meuble, ce qui lui a sauvé la vie. Les deux enfants étaient saufs. Mais dans ce terrible tremblement de terre, le jeune homme a perdu Édeline, sa femme, la mère de ses enfants, l’amour de sa vie, celle avec qui il avait fait un serment :  «Vivre, réussir ou échouer, ensemble. Ensemble, nous n’échouerons pas. »

Depuis ce jour, Jean Nickson Bonheur a vécu des heures difficiles. Il a des moments de découragement, mais la vie lui a appris à ne jamais abondonner. Il a décidé d’accorder sa priorité à ses deux enfants. S’accrochant au serment qu’il a fait avec Édeline, il tente de se construire une nouvelle vie pour ses filles et lui. Et il demande à Dieu de leur donner la lumière.

Les prochains mois ne seront pas faciles, mais je sais qu’il y parviendra, un pas à la fois.

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Après le constat d’échec de son nouveau mariage, M. Bonheur  s’est retrouvé avec ses deux filles là où se retrouvent parfois les gens dans ce genre de situation : à la Maison à Damas. Une chance qu’un organisme comme celui-là existe aux Îles, je peux vous le dire. Mais, malgré la chaleur de l’accueil et le grand cœur du personnel de la maison, ce ne pouvait être qu’une situation temporaire, très temporaire. Qu’allait-il leur arriver, à lui et aux filles ? Je sentais bien qu’il aurait voulu rester aux Îles, mais comment ? En faisant quoi ? Retourner à Montréal, oui, mais comment ? Et qu’est-ce qui l’attendait là-bas ? Finalement, avec un bon coup de pouce des gens qui les ont côtoyés, au début de novembre, les Bonheur sont repartis à Montréal.

Depuis qu’il est en ville, Jean Nickson Bonheur a installé sa famille dans un petit appartement. Ses priorités :  envoyer Queenee à l’école – Queenee elle-même a très hâte d’y retourner-, trouver une garderie pour Akeesha et un travail qui lui permettra d’assurer les besoins de base de sa famille, s’intégrer.

* * * * *

La route de M. Bonheur et de ses enfants a croisé la nôtre, aux Îles-de-la-Madeleine. Les choses ne s’étant pas déroulées comme prévu, tout est à faire pour qu’ils se bâtissent une nouvelle vie à Montréal. Pour ça, nous pouvons les aider.

Pourquoi ai-je été touchée par leur histoire ? Parce que des enfants sont impliqués, des enfants auxquels des gens des Îles qui les ont connus se sont attachés. Parce que M. Bonheur est un bon père pour ses enfants ;  des enfants heureux avec leur père, cela ne ment pas. Parce que je suis sensible à la situation difficile du peuple haïtien. Parce que je comprends  M. Bonheur de vouloir une meilleure vie pour ses enfants et lui. Parce que personne ne mérite de se retrouver à la rue. Parce que je les ai connus et aimés, spontanément.

Je sais que Jean Nickson a aussi été touché par les gens des Îles. À quelqu’un qui l’a aidé, il a écrit : « J’ai l’impression que vous m’avez tout donné : l’espoir, l’amour et surtout le courage de continuer sans relâche à m’acquitter de cette noble responsabilité que me confie le ciel, à savoir guider mes filles sur le chemin de l’amour, sans fin ! »

* * * * *

Avec moi et les autres qui les ont déjà épaulés, êtes-vous prêts à les aider un peu ? Au cours des prochaines semaines, je vais recueillir l’argent que vous voudrez bien me confier pour eux. Je m’engage à remettre intégralement à M. Bonheur l’argent que vous m’aurez donné pour lui et les filles. L’argent amassé lui permettra-t-il de payer un mois de loyer ? Quelques factures d’épicerie ? Quelques semaines de frais de garde ? Des frais scolaires ? Peu importe le montant, ce sera déjà ça.

J’aimerais bien que nous soyons plusieurs à leur venir en aide pour que leur vie au Québec parte sur de bonnes bases. Un genre de « Donnez au suivant ».

Si vous avez des questions ou si vous pouvez et voulez me donner quelque chose pour eux, n’hésitez pas à me joindre par courriel, par Facebook, par téléphone (mon numéro est dans l’annuaire) ou à venir me voir à la maison.

Vous pouvez aussi aider la famille Bonheur en faisant connaître son histoire aux gens autour de vous.

Merci.


Responses

  1. Madame Langford, êtes-vous bien certaine d’avoir toutes les informations pertinentes pour lancer une cueillette de fonds pour cet homme ? Est-il vraiment celui que vous décrivez ? Avez-vous vérifié ?

    • À madame Lebel et à tous ceux et celles qui ont lu son commentaire,

      Dans cet article de mon blogue, je ne suis pas juge. Je ne condamne personne pour la situation. Je n’accuse personne de rien. Je ne fais de procès à personne.

      Dans cette intervention, je suis un témoin. J’ai constaté des faits. Pour moi, M. Bonheur est celui que j’ai vu, avec ses enfants, avec les autres, avec moi. Il est tel que je le décris dans mon texte. D’autres personnes ont vu le même homme, la même famille et la même situation que moi.

      Un homme avec deux jeunes enfants, sans moyens, sans rien devant lui. Cela motive amplement que des gens qui le veulent bien lui viennent en aide. J’ai d’ailleurs beaucoup aimé la réaction spontanée de mon conjoint et de mon entourage lorsque je leur ai raconté cette histoire. Nous n’allions pas laisser tomber quelqu’un qui croisait ainsi notre chemin et qui était dans le besoin (sans même nous demander de l’argent, soit dit en passant).

      Je dis à ceux et celles qui donneront sur une base volontaire que je n’ai aucun doute que l’argent qu’ils me confieront pour eux servira des besoins de base, prioritairement ceux des enfants.

      Dans cette intervention, je ne suis ni travailleuse sociale, ni psychologue, ni intervenante, ni policière. C’est mon travail en éducation qui m’a amenée à rencontrer la famille Bonheur, mais j’aurais pu être plombier, commis dans un dépanneur, chauffeur d’autobus ou je ne sais quoi encore… J’aurais vu la même situation et j’aurais voulu, avec d’autres, leur tendre la main. À partir de là, c’est l’histoire d’une rencontre entre une citoyenne et un citoyen, en dehors de toute référence professionnelle.

      Pour moi, traiter M. Bonheur dignement, le traiter en ami, c’est lui faire confiance. Il est hors de question que je fasse enquête sur lui. Nous sommes ailleurs.

      Je suis toujours en contact avec Jean Nickson, Queenee et Akeesha. Ils vont plutôt bien.

  2. Tout ce qui brille n’est pas or, madame Langford.
    Bien évidemment, je crois bien superflu et inutile de préciser que mon commentaire ci-haut est personnel, et nullement relié à ma vie professionnelle. Car si c’était le cas, il me serait totalement interdit d’émettre toute opinion ou commentaire sur un individu en raison de mon devoir de confidentialité, et je commettrais une faute grave. J’imagine que vous ne pensiez pas autrement, et que votre réponse ne voulait pas insinuer que j’avais eu un rôle quelconque d’intervenante dans cette situation. Car ce n’est pas le cas.
    Je suis comme vous, une femme qui côtoie des gens, et qui est bien étonnée de votre position, que vous choisissez d’exposer publiquement.
    Je suis aussi une femme qui me positionne, par solidarité.
    Et je ne crois pas que cet homme soit sans moyens comme vous l’affirmez. Ses actions ont prouvées le contraire. Je ne crois pas non plus qu’il soit devant rien à Montréal; il est allé y rejoindre sa famille élargie et des amis avec lesquels il voulait être dès son arrivée au Québec.
    Inutile pour vous de mener une enquête, je ne crois pas que ce soit votre rôle. Simplement, il y a plusieurs facettes à cette histoire, et vous choisissez de n’en considérer qu’une seule et de solliciter les gens à partir d’une partie de la réalité seulement, et pour moi, cela est questionnant.

    • Madame Lebel,

      Dans votre premier commentaire, en étant indulgente, je pouvais penser que vous posiez des questions générales soulevant des doutes sur le genre de cas représenté par ma démarche. Dans votre deuxième commentaire, vous allez franchement trop loin en mettant en doute mon jugement et mon intégrité et l’honnêteté de M. Bonheur.

      Je ne demande pas à M. Bonheur de me montrer une indigence complète et totale pour me montrer solidaire de lui et de ses enfants.

      Que, dans la situation difficile dans laquelle il se trouve, M. Bonheur croise des gens autres que moi et d’autres aux Îles qui pourront l’aider, nous ne pouvons que nous en réjouir. J’en suis même soulagée et cela me semble évident que tous ceux et celles qui veulent son bien et son bonheur devraient aussi en être soulagés. Que M. Bonheur trouve des moyens autres que ceux que moi et d’autres nous lui offrons, que ce soit à la Maison d’Haïti, à Jeunesse au Soleil, auprès d’Églises compatissant avec des gens dans le besoin ou de connaissances qu’il a à Montréal, c’est tant mieux. Je sais que M. Bonheur a quelque contact à Montréal et j’en suis vraiment très heureuse. Il me serait lourd et plus difficilement supportable de savoir que seuls des gens des Îles leur viennent en aide.

      Aux Îles, j’ai côtoyé M. Bonheur et ses filles. Je l’ai accompagné dans la compréhension de sa situation toute particulière et dans la recherche de solutions. Depuis qu’il est à Montréal, je suis en contact régulier avec lui et les enfants. Je sais que ce nous pourrons lui donner lui sera d’une aide essentielle. Je le sais. De toute évidence, je n’arriverai jamais à vous en convaincre.

      Aux Îles, M. Bonheur s’est retrouvé devant rien. Qu’il ne soit pas devant absolument rien à Montréal, c’est ce que je souhaite du plus profond de mon cœur et je sais que c’est ce que souhaitent tous les gens désireux de lui venir en aide. C’est justement ce que nous espérions en le voyant quitter les Îles avec ses filles, sachant qu’il trouverait à Montréal de meilleures solutions à leurs problèmes immédiats et des avenues plus prometteuses pour leur vie future. Que la situation de la famille Bonheur s’améliore, il me semble que tout le monde devrait s’en réjouir.

      C’est vrai que cette démarche repose sur la confiance. Je fais confiance à M. Bonheur. Des gens me font confiance. De toute évidence, vous n’en faites pas partie. Je ne vous demande rien.

      Par ailleurs, je ne vous permettrai plus d’utiliser mon blogue pour vous en prendre à M. Bonheur ou à moi et pour nuire délibérément à mes efforts visant à aider la famille Bonheur. Et si vous le faites en d’autres lieux, je vous conseille de faire bien attention de ne pas franchir la ligne de la diffamation.


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